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AFRIQUE
Tiré du n° 05 - 2003

Une intervention de don Matteo Galloni, fondateur de la communauté Amore e libertà

On ouvrira à qui frappe à la porte



par don Matteo Galloni


Il pourrait y avoir 40 000 enfants de la rue à kinshasa. Il s’agit de garçons et  de  filles de tous Âges en rupture plus ou moins totale avec leur famille d’origine qui, souvent, les éloigne en les accusant de sorcellerie. Il faut leur ajouter les anciens enfants-soldats, arrachés vers 7-8 ans aux bancs de l’école et envoyés immédiatement faire la guerre

Il pourrait y avoir 40 000 enfants de la rue à kinshasa. Il s’agit de garçons et de filles de tous Âges en rupture plus ou moins totale avec leur famille d’origine qui, souvent, les éloigne en les accusant de sorcellerie. Il faut leur ajouter les anciens enfants-soldats, arrachés vers 7-8 ans aux bancs de l’école et envoyés immédiatement faire la guerre

Notre communauté veut servir le Seigneur et les plus pauvres. En Italie, nous sommes nés en 1988 pour donner une maison aux enfants qui n’en n’avaient pas. Nous avons fait la même chose, il y a six ans, au Congo, où nous avons construit une première maison d’accueil dans la banlieue sinistrée de Kinshasa. Nous nous sommes occupés des mineurs et, peu à peu, dans la zone qui nous avait été assignée par le cardinal Etsou, nous avons cherché avec deux de nos prêtres congolais, à assurer le service pastoral et religieux. Il y a quelque temps, le cardinal nous a dit que lorsque l’église serait construite dans notre zone, il l’érigerait en paroisse. Pour nous qui pensions n’avoir à nous occuper que des enfants de notre maison, cela signifie que tout le monde, adultes, égarés, personnes âgées, pourront frapper à notre porte. Nous devrons ouvrir notre cœur et nos bras. Cela fait désormais des années que je passe mon temps à aller et venir entre le Congo et l’Italie; j’ai vu ce qu’ont fait les autres missionnaires avant nous, et j’ai cherché à comprendre l’âme et la culture des Africains, à comprendre aussi en quoi notre petite communauté pouvait vraiment être utile, vu l’exiguïté de nos forces. La réponse, comme toujours, est venue sans tarder, toute seule, pendant que nous faisions le tour habituel de notre “quartier”. Il n’y avait pas une seule école. La plus grande partie des enfants des pauvres n’ont ni n’auront d’instruction, leur occupation est de trouver à manger une fois par jour et un petit quelque chose qui leur donnera un instant de bonheur. Ils grandissent comme ils le peuvent, sans que personne ne leur enseigne quoi que ce soit. C’est pourquoi nous avons ouvert, il y a quatre ans, une école primaire qui, selon le modèle belge en vigueur au Congo, dure six ans. Il est beau de voir les enfants grandir et étudier. Mais je me suis ensuite demandé en regardant les plus grands ce qu’ils allaient devenir à la fin du primaire. Ils allaient certainement reprendre leur vie précédente. Ainsi, la dernière fois que je suis allé à Kinshasa, nous avons décidé d’ouvrir une école secondaire avec de grandes salles de cours. Et nous avons pensé aussi ouvrir une nouvelle maison d’accueil pour les enfants, plus grande que la maison actuelle. Nous pensons transformer cette dernière en atelier où l’on organisera des cours et des travaux pratique de menuiserie, de coupe et de couture et d’utilisation de l’ordinateur. Pour ceux qui manifesteront des dons pour les études, nous essaierons de trouver des bourses leur permettant d’aller à l’Université, même si ce sont des enfants de pauvres.
La troisième nouveauté est liée à la décision du cardinal Etsou, dont j’ai parlé, de nous constituer en paroisse. Il est habituel chez nous que quelqu’un qui a faim ou qui n’a rien à rapporter chez lui, frappe à la porte pour demander la charité. Pour les curés et les missions de là-bas c’est une occupation quotidienne et ce le sera toujours plus pour notre communauté, lorsqu’elle aura été érigée en paroisse.
Le salaire moyen d’un Congolais correspond à environ quatre-vingt-dix euros par mois: c’est peu mais cela suffit pour nourrir une famille. À ceux qui nous demandent de l’aide nous avons commencé par donner l’équivalent d’une journée de travail, trois euros, en leur demandant en échange, quand c’était possible, un petit travail (nettoyer le pré, déplacer des récipients d’eau, faire les gardiens…). C’est pour cela que nos visiteurs à Kinshasa trouvent toujours un bon nombre de personnes accomplissant les travaux les plus divers (dont certains sont évidemment fictifs…). Nous pensons que c’est mieux ainsi, que la charité, c’est aussi de faire en sorte que les gens soient contents à la fin de la journée de recevoir un salaire et de ne pas se sentir assistés un instant puis abandonnés à eux-mêmes. Mais notre paroisse comprend soixante-dix mille âmes. Nous aurons beau inventer des travaux, nous n’arriverons jamais à occuper tout le monde; et puis que faire des personnes âgées, des enfants? Le morceau de terrain où nous habitons se trouve entre l’aéroport et le bidonville. Il nous a été vendu expressément pour que les gens ne puissent pas y faire, à l’arrière des pistes, de constructions abusives et dangereuses pour le trafic aérien. Au-delà de l’aéroport et le long du fleuve Congo, j’ai repéré un très vaste terrain fertile et j’ai entrepris des pourparlers pour l’acheter pour notre mission, si tant est que je trouve l’argent nécessaire. Je suis aussi en train de faire envoyer d’Italie un container de pioches et de semences et je cherche un moyen de transport pour conduire les travailleurs au champ. J’espère que je réussirai dans mon entreprise. Nous voudrions offrir du travail et donner tous les jours à chacun une paie. Les produits du champ serviraient à l’approvisionnement de la mission et de ses hôtes, parmi lesquels il y a, et il y aura toujours plus, des handicapés et des personnes âgées. Il y a quelque temps, un prêtre m’a conduit dans une cabane dans laquelle nous avons trouvé une vieille femme, seule et dans un état d’épuisement extrême: ses enfants étaient partis chercher du travail, ils n’avaient plus donné ni aide ni nouvelles et leur mère n’avait pas mangé depuis Dieu sait quand. Chez nous, la vie est souvent comme cela. J’explique tout dans le détail à ceux qui ont la possibilité d’aider cette œuvre, j’explique que quatre-vingt-dix euros valent la vie d’une famille pendant un mois, que la terre, l’eau et les bras ne manquent pas, qu’il peut être vraiment important et utile (ne serait-ce que pour freiner l’émigration provoquée par le désespoir ou pour faire revenir ceux qui sont partis) de réaliser un projet agricole innovateur de ce genre. En un mot, nous voudrions “adopter” des pères de famille qui aient la même charité missionnaire que celle que notre communauté a eue avec les enfants, en Italie d’abord et à Kinshasa maintenant.
C’est une proposition. Elle plaît à certains et cela nous réconforte, mais il arrive parfois que la bureaucratie nous mette douloureusement des bâtons dans les roues. Patience, pourvu du moins que cela ne retombe pas sur ceux qui ont faim. Nous ne voulons ni fanfares ni honneurs, nous travaillons pour le Seigneur et pour les pauvres. q


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