L’organisme international qui réunit les parlementaires de 143 pays du monde
Le dialogue n’est jamais inutile
Interview de Pier Ferdinando Casini qui préside l’UIP depuis quelques mois: «Cette assemblée est un instrument d’une réelle utilité, y compris pour résoudre les crises internationales, parce qu’elle représente tous les citoyens, alors que les gouvernements sont plutôt l’expression des majorités. Malheureusement, l’UIP a souffert pendant de nombreuses années d’un manque de visibilité»
Interview de Pier Ferdinando Casini par Roberto Rotondo
L’Union interparlementaire (UIP) est l’organisme international
le plus ancien. Elle a 117 années d’existence et regroupe 40
000 parlementaires de 143 pays. Rares sont ceux qui la connaissent, et elle
peut apparaître comme la cendrillon des organismes internationaux. Et
pourtant, l’UIP a toujours été un lieu
privilégié de dialogue, y compris entre des pays qui ne
s’entendent pas ou qui ont entre eux de graves contentieux. Son
principe de base, selon lequel le dialogue n’est jamais inutile, a
permis, par exemple, que les pays du bloc soviétique y participent
au temps de la guerre froide, ou que des pays où le Parlement
n’a qu’une fonction consultative, comme l’Arabie
saoudite, y soient acceptés. Enfin, le fait que les groupes
nationaux soient formés de parlementaires issus à la fois de
la majorité gouvernementale et de l’opposition est une
garantie de l’effective représentation des instances, des
problématiques et des contributions venant du pays tout entier et
pas seulement du groupe qui le gouverne pendant une période
donnée.

Le 19 octobre 2005, Pier Ferdinando Casini a
été élu, à une large majorité,
président de l’Union interparlementaire. Avec lui, qui est
à la fois président de la Chambre des députés
italienne et de l’UIP, nous avons fait le point sur le rôle de
cet organisme international et sur les questions qui seront abordées
pendant son mandat triennal.
Comment est née l’idée d’une candidature italienne?
PIER FERDINANDO CASINI: Mon élection prouve que les Italiens, quand ils le veulent, peuvent obtenir d’excellents résultats. Mais il faut pour cela qu’ils serrent les rangs. En effet, ma candidature a bénéficié du soutien actif de toutes les forces politiques italiennes, de sorte qu’elle a conquis plus des deux tiers des voix de l’Interparlementaire et la bienveillance de collègues de toute provenance géographique, politique, religieuse et culturelle: des Israéliens aux Palestiniens, des Sud-américains aux Africains, des Asiatiques aux Arabes. Je dois remercier des parlementaires comme Giulio Andreotti qui dirigeait la délégation italienne à Genève et qui a chaudement soutenu le “rajeunissement” de l’UIP, et pas seulement sur le plan de l’état civil. C’est lui qui nous a demandé d’abandonner le jargon des actes notariés et d’adopter un langage plus proche des citoyens en présentant de vrais documents politiques ouverts à tous. Et moi, lorsque j’ai pris mes fonctions, il y a trois mois, j’ai souhaité, comme premier point de mon programme, que l’UIP acquière une autorité politique plus grande, une bureaucratie plus légère, une visibilité accrue, et un poids conforme à la représentation féminine. La tradition démocratique de l’Italie a été, au cours de ces années, un exemple pour beaucoup de nouvelles démocraties dans des pays qui avaient des liens historiques avec nous. Je suis persuadé que mon expérience de président de la Chambre italienne, une charge de garantie pour l’opposition comme pour la majorité, a beaucoup joué en faveur de mon élection. Je n’ai pas été à la botte du gouvernement en Italie et je ne serai à la botte de personne à l’UIP.
Votre rapport avec l’UIP a-t-il commencé lorsque vous êtes devenu président de la Chambre ou existait-il déjà auparavant?
CASINI: Mon prédécesseur avait déjà augmenté très efficacement le rôle international du président de la Chambre. Celui-ci s’est encore accru sous ma présidence. En cinq ans, j’ai participé à plus de 700 rencontres à caractère international. J’ai eu pour interlocuteurs non seulement les présidents des Parlements nationaux, mes homologues directs, mais aussi des chefs d’État et de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères, des responsables d’organismes internationaux, des personnalités mondiales de la politique et de la culture. J’ai visité des centres d’assistance et de coopération, des lieux de culte, des communautés italiennes à l’étranger. J’ai été guidé d’un côté par l’intérêt national, de l’autre par un système de valeurs que, d’après moi, les Parlements peuvent représenter plus efficacement que tout autre organisme, au-delà des appartenances politiques et nationales. Je me réfère à des valeurs comme la solidarité, la liberté, la paix, le dialogue entre les religions, le droit et ses instruments, le multilatéralisme, la lutte contre le terrorisme, l’égalité des chances dans la recherche du bien-être, la famille et le droit à la vie. Tout cela faisait déjà partie du patrimoine de valeurs de mon militantisme politique et de mon engagement de catholique, et aujourd’hui, je le mets aussi au service de mes collègues parlementaires du monde entier.
Quels ont été les moments les plus significatifs de votre engagement dans l’UIP?
CASINI: J’ai participé avec passion à tous les engagements institutionnels de l’Union Interparlementaire de ces dernières années dans le cadre de la délégation italienne. Je pense, entre autres, à Marrakech en mars 2002, à Genève et à New York en 2004 et en 2005, aux Conférences des présidents des Parlements européens à La Haye, à Budapest, à Strasbourg, mais aussi au séminaire parlementaire italo-somalien de février 2005 et à la rencontre avec l’Union parlementaire africaine à Alger, en novembre 2004. Plus généralement, de nombreuses missions qui ont les buts et les thèmes les plus divers font partie de l’activité internationale du président de la Chambre: la réunification de l’Europe, l’entente retrouvée avec l’ex-Union Soviétique, la contribution italienne au rapprochement transatlantique, après les incompréhensions avec une partie de l’Europe dues à l’intervention en Iraq, le lien renouvelé avec l’Amérique latine et avec nos communautés à l’étranger, le dialogue avec l’islam entretenu par de nombreuses missions dans les pays arabes et islamiques, le culte de la mémoire et la défense des droits de l’homme avec les visites aux camps d’extermination nazis et au musée de la Shoah “Yad Vashem”, et aussi la rencontre avec les mères de la Plaza de Majo, le soutien à nos soldats engagés dans différentes missions de paix dans le monde, les initiatives en faveur de l’Afrique et contre la faim dans le monde, comme la participation à l’assemblée de la FAO en 2002. Je tiens particulièrement à rappeler les missions accomplies sur les lieux qui sont devenus des symboles des frontières ou des divisions dépassées ou à dépasser: à Chypre, dans les Territoires palestiniens, à Berlin, mais aussi au Ground Zero, tout de suite après le 11 septembre.
L’Union interparlementaire n’a jamais interrompu ses rencontres, même dans des périodes de crises internationales graves ou pendant la guerre froide. Elle a donc constitué un forum privilégié de concertation parlementaire et de dialogue. Est-elle encore utile aujourd’hui ou risque-t-elle d’être une superstructure de pure façade?
CASINI: Je dirais que c’est exactement le contraire. L’Union interparlementaire est un instrument d’une réelle utilité. Un instrument potentiellement très fort parce qu’il représente tous les citoyens, alors que les gouvernements sont eux l’expression des majorités; malheureusement, l’Union a souffert pendant de longues années d’un manque de visibilité, d’une image qui n’était pas à la hauteur de son importance. L’UIP n’a pas assez su se faire écouter. Sa voix a été trop faible, trop timide. Mon premier objectif à long terme est de transformer l’UIP en un authentique forum de dialogue et, en tant qu’expression des Parlements, en interface de l’Assemblée générale de l’ONU qui elle, représente les gouvernements.

Quelles sont les lignes directrices qui guideront
l’Union interparlementaire dans les trois prochaines années?
CASINI: L’Union interparlementaire doit avant tout soutenir les processus de formation et de consolidation de la démocratie dans de nombreux pays, favoriser l’élaboration de règles et de procédures parlementaires, répandre le langage de la démocratie et de la liberté. Ceci signifie aussi favoriser la formation continue des fonctionnaires et fournir une assistance technique. Notre Chambre des députés le fait depuis des années en collaboration avec d’autres Parlements européens et non européens. Une expérience qu’il faut exploiter dans l’intérêt de tous les peuples, de la sécurité et de la coexistence. À Tunis, je viens de lancer avec les Nations unies un centre pour l’“Information and Communication Technology” qui a pour but de mettre les Parlements en réseau, de favoriser l’échange d’informations, de faciliter l’accès des citoyens et l’acquisition de l’équipement nécessaire. Le principe qui inspirera mes trois ans de présidence de l’UIP est que la politique internationale ne se fait pas seulement à travers les relations entre États, et donc entre gouvernements, mais aussi à travers les organismes parlementaires, qui sont le reflet de toutes les instances de la société. La diplomatie parlementaire peut être un instrument très utile, y compris sur le front du terrorisme et de la sécurité.
L’Union interparlementaire peut-elle coopérer à la recherche de solution pour des crises internationales comme celle de l’Irak? Et de quelle manière? Quelles sont les autres crises sur lesquelles elle peut intervenir?
CASINI: Je vous citerai deux exemples: l’Iran et le Moyen-Orient. Au plus fort de la crise des relations de l’Iran avec le reste du monde, provoquée par les paroles inacceptables prononcées par Ahmadinejad à propos d’Israël, un vif débat s’est ouvert au sein de l’Union interparlementaire et j’ai écrit une lettre au président du Parlement iranien pour qu’il éclaircisse la question et pour qu’il prenne ses distances par rapport à ces déclarations menaçantes. Mais en même temps, et grâce aussi à l’UIP, est resté ouvert un canal de dialogue, lequel est indispensable pour que puissent reprendre des relations normales. Quant au Moyen-Orient, il est significatif que les Israéliens et les Palestiniens aient été d’accord pour soutenir ma candidature. J’ai d’excellentes relations avec les uns et avec les autres, et, dans le cadre de l’UIP, la collaboration est assurée. L’espérance concrète de paix et la réalisation d’initiatives communes ne peuvent exister qu’à condition que le dialogue soit possible.
Quelles sont les plus grands obstacles rencontrés par l’Union interparlementaire?
CASINI: Ce sont ceux que j’ai mis en lumière, dès mes premières missions comme président de l’UIP, à New York et ensuite à Washington. D’abord à l’ONU, parce que c’est le siège dans lequel l’UIP doit le plus se faire entendre, pour les raisons que je viens de dire: parce que l’Union interparlementaire est l’organisme le plus représentatif du monde en tant qu’expression des Parlements et donc des peuples; or ce rôle n’est pas encore reconnu comme il devrait l’être et je me suis personnellement engagé à ce qu’il le soit. J’espère et je crois l’avoir déjà renforcé dans les premiers mois de ma présidence. Ensuite à Washington, parce qu’il est fondamental, pour le prestige et la force de l’organisation que je préside, que les États-Unis recommencent à prendre pleinement part aux travaux de l’UIP, après avoir interrompu leur participation il y a quelques années.
L’Union interparlementaire accepte aussi en son sein des pays dont le système démocratique ne correspond pas à notre idée de la démocratie et dans lesquels les Parlements sont parfois de simples organes consultatifs. Elle a même accepté par le passé les pays de l’Est communiste. Quels fruits a donné ce choix qui naît du désir de n’exclure personne?
CASINI: Le principe d’exclusion n’est pas un bon guide en matière de politique internationale. Je crois que le mouvement vers la démocratie globale est un mouvement ininterrompu, mais, pour arriver à ce but, il faut du temps, de la constance, de la passion. La démocratie elle-même, qui est une valeur fondamentale, peut prendre des aspects différents dans différents pays, selon l’histoire, les traditions et la sensibilité de chacun d’eux. Et pourtant, on arrive toujours, entre parlementaires, à trouver un terrain de dialogue, un langage partagé. Même là où la démocratie est incomplète ou lorsqu’elle vient de naître, le Parlement reste le moteur du processus démocratique. C’est là notre espoir, et ce sera ma tâche quotidienne. Les fruits? Tout le monde les voit. Des Parlements en ont aidé d’autres à se former et à grandir. Je pense à l’Afghanistan, qui sort d’une période sombre et qui évolue vers la pleine démocratie. Nous sommes sur la bonne voie, comme le montrent le merveilleux spectacle de millions d’hommes et de femmes qui vont voter en défiant la menace persistante du terrorisme et l’expérience que nous avons faite, nous autres Italiens, en aidant le nouveau Parlement de Kaboul à se constituer. Ceci vaut aussi pour l’Irak où, à l’inverse de ce que pensaient beaucoup de gens et en dépit de l’horreur des kamikazes et des attentats, a débuté et progresse à grands pas le processus de formation d’une nouvelle et jeune démocratie à laquelle des secteurs de plus en plus importants de la société se décident petit à petit à participer. J’ajoute que, justement dans ce pays, le rôle des femmes est décisif. Les femmes constituent pour nous tous un exemple de détermination et de courage. Elles sont porteuses d’une formidable sensibilité humaine, politique, institutionnelle. Les femmes, et aussi les jeunes. Nous tous, les parlementaires, nous devons savoir nous adresser de plus en plus aux jeunes générations, les impliquer de plus en plus dans une saine activité politique. C’est la première chose que j’ai dite après mon élection à Genève, en octobre dernier: si les jeunes ne nous comprennent pas, c’est de notre faute. Nous devons apprendre à nous adresser avant tout à eux.

Casini parmi des délégués de l’UIP, pendant les travaux de l’Assemblée qui s’est déroulée à Genève, en octobre 2005
Comment est née l’idée d’une candidature italienne?
PIER FERDINANDO CASINI: Mon élection prouve que les Italiens, quand ils le veulent, peuvent obtenir d’excellents résultats. Mais il faut pour cela qu’ils serrent les rangs. En effet, ma candidature a bénéficié du soutien actif de toutes les forces politiques italiennes, de sorte qu’elle a conquis plus des deux tiers des voix de l’Interparlementaire et la bienveillance de collègues de toute provenance géographique, politique, religieuse et culturelle: des Israéliens aux Palestiniens, des Sud-américains aux Africains, des Asiatiques aux Arabes. Je dois remercier des parlementaires comme Giulio Andreotti qui dirigeait la délégation italienne à Genève et qui a chaudement soutenu le “rajeunissement” de l’UIP, et pas seulement sur le plan de l’état civil. C’est lui qui nous a demandé d’abandonner le jargon des actes notariés et d’adopter un langage plus proche des citoyens en présentant de vrais documents politiques ouverts à tous. Et moi, lorsque j’ai pris mes fonctions, il y a trois mois, j’ai souhaité, comme premier point de mon programme, que l’UIP acquière une autorité politique plus grande, une bureaucratie plus légère, une visibilité accrue, et un poids conforme à la représentation féminine. La tradition démocratique de l’Italie a été, au cours de ces années, un exemple pour beaucoup de nouvelles démocraties dans des pays qui avaient des liens historiques avec nous. Je suis persuadé que mon expérience de président de la Chambre italienne, une charge de garantie pour l’opposition comme pour la majorité, a beaucoup joué en faveur de mon élection. Je n’ai pas été à la botte du gouvernement en Italie et je ne serai à la botte de personne à l’UIP.
Votre rapport avec l’UIP a-t-il commencé lorsque vous êtes devenu président de la Chambre ou existait-il déjà auparavant?
CASINI: Mon prédécesseur avait déjà augmenté très efficacement le rôle international du président de la Chambre. Celui-ci s’est encore accru sous ma présidence. En cinq ans, j’ai participé à plus de 700 rencontres à caractère international. J’ai eu pour interlocuteurs non seulement les présidents des Parlements nationaux, mes homologues directs, mais aussi des chefs d’État et de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères, des responsables d’organismes internationaux, des personnalités mondiales de la politique et de la culture. J’ai visité des centres d’assistance et de coopération, des lieux de culte, des communautés italiennes à l’étranger. J’ai été guidé d’un côté par l’intérêt national, de l’autre par un système de valeurs que, d’après moi, les Parlements peuvent représenter plus efficacement que tout autre organisme, au-delà des appartenances politiques et nationales. Je me réfère à des valeurs comme la solidarité, la liberté, la paix, le dialogue entre les religions, le droit et ses instruments, le multilatéralisme, la lutte contre le terrorisme, l’égalité des chances dans la recherche du bien-être, la famille et le droit à la vie. Tout cela faisait déjà partie du patrimoine de valeurs de mon militantisme politique et de mon engagement de catholique, et aujourd’hui, je le mets aussi au service de mes collègues parlementaires du monde entier.
Quels ont été les moments les plus significatifs de votre engagement dans l’UIP?
CASINI: J’ai participé avec passion à tous les engagements institutionnels de l’Union Interparlementaire de ces dernières années dans le cadre de la délégation italienne. Je pense, entre autres, à Marrakech en mars 2002, à Genève et à New York en 2004 et en 2005, aux Conférences des présidents des Parlements européens à La Haye, à Budapest, à Strasbourg, mais aussi au séminaire parlementaire italo-somalien de février 2005 et à la rencontre avec l’Union parlementaire africaine à Alger, en novembre 2004. Plus généralement, de nombreuses missions qui ont les buts et les thèmes les plus divers font partie de l’activité internationale du président de la Chambre: la réunification de l’Europe, l’entente retrouvée avec l’ex-Union Soviétique, la contribution italienne au rapprochement transatlantique, après les incompréhensions avec une partie de l’Europe dues à l’intervention en Iraq, le lien renouvelé avec l’Amérique latine et avec nos communautés à l’étranger, le dialogue avec l’islam entretenu par de nombreuses missions dans les pays arabes et islamiques, le culte de la mémoire et la défense des droits de l’homme avec les visites aux camps d’extermination nazis et au musée de la Shoah “Yad Vashem”, et aussi la rencontre avec les mères de la Plaza de Majo, le soutien à nos soldats engagés dans différentes missions de paix dans le monde, les initiatives en faveur de l’Afrique et contre la faim dans le monde, comme la participation à l’assemblée de la FAO en 2002. Je tiens particulièrement à rappeler les missions accomplies sur les lieux qui sont devenus des symboles des frontières ou des divisions dépassées ou à dépasser: à Chypre, dans les Territoires palestiniens, à Berlin, mais aussi au Ground Zero, tout de suite après le 11 septembre.
L’Union interparlementaire n’a jamais interrompu ses rencontres, même dans des périodes de crises internationales graves ou pendant la guerre froide. Elle a donc constitué un forum privilégié de concertation parlementaire et de dialogue. Est-elle encore utile aujourd’hui ou risque-t-elle d’être une superstructure de pure façade?
CASINI: Je dirais que c’est exactement le contraire. L’Union interparlementaire est un instrument d’une réelle utilité. Un instrument potentiellement très fort parce qu’il représente tous les citoyens, alors que les gouvernements sont eux l’expression des majorités; malheureusement, l’Union a souffert pendant de longues années d’un manque de visibilité, d’une image qui n’était pas à la hauteur de son importance. L’UIP n’a pas assez su se faire écouter. Sa voix a été trop faible, trop timide. Mon premier objectif à long terme est de transformer l’UIP en un authentique forum de dialogue et, en tant qu’expression des Parlements, en interface de l’Assemblée générale de l’ONU qui elle, représente les gouvernements.

Pier Ferdinando Casini avec Giulio Andreotti, à Genève
CASINI: L’Union interparlementaire doit avant tout soutenir les processus de formation et de consolidation de la démocratie dans de nombreux pays, favoriser l’élaboration de règles et de procédures parlementaires, répandre le langage de la démocratie et de la liberté. Ceci signifie aussi favoriser la formation continue des fonctionnaires et fournir une assistance technique. Notre Chambre des députés le fait depuis des années en collaboration avec d’autres Parlements européens et non européens. Une expérience qu’il faut exploiter dans l’intérêt de tous les peuples, de la sécurité et de la coexistence. À Tunis, je viens de lancer avec les Nations unies un centre pour l’“Information and Communication Technology” qui a pour but de mettre les Parlements en réseau, de favoriser l’échange d’informations, de faciliter l’accès des citoyens et l’acquisition de l’équipement nécessaire. Le principe qui inspirera mes trois ans de présidence de l’UIP est que la politique internationale ne se fait pas seulement à travers les relations entre États, et donc entre gouvernements, mais aussi à travers les organismes parlementaires, qui sont le reflet de toutes les instances de la société. La diplomatie parlementaire peut être un instrument très utile, y compris sur le front du terrorisme et de la sécurité.
L’Union interparlementaire peut-elle coopérer à la recherche de solution pour des crises internationales comme celle de l’Irak? Et de quelle manière? Quelles sont les autres crises sur lesquelles elle peut intervenir?
CASINI: Je vous citerai deux exemples: l’Iran et le Moyen-Orient. Au plus fort de la crise des relations de l’Iran avec le reste du monde, provoquée par les paroles inacceptables prononcées par Ahmadinejad à propos d’Israël, un vif débat s’est ouvert au sein de l’Union interparlementaire et j’ai écrit une lettre au président du Parlement iranien pour qu’il éclaircisse la question et pour qu’il prenne ses distances par rapport à ces déclarations menaçantes. Mais en même temps, et grâce aussi à l’UIP, est resté ouvert un canal de dialogue, lequel est indispensable pour que puissent reprendre des relations normales. Quant au Moyen-Orient, il est significatif que les Israéliens et les Palestiniens aient été d’accord pour soutenir ma candidature. J’ai d’excellentes relations avec les uns et avec les autres, et, dans le cadre de l’UIP, la collaboration est assurée. L’espérance concrète de paix et la réalisation d’initiatives communes ne peuvent exister qu’à condition que le dialogue soit possible.
Quelles sont les plus grands obstacles rencontrés par l’Union interparlementaire?
CASINI: Ce sont ceux que j’ai mis en lumière, dès mes premières missions comme président de l’UIP, à New York et ensuite à Washington. D’abord à l’ONU, parce que c’est le siège dans lequel l’UIP doit le plus se faire entendre, pour les raisons que je viens de dire: parce que l’Union interparlementaire est l’organisme le plus représentatif du monde en tant qu’expression des Parlements et donc des peuples; or ce rôle n’est pas encore reconnu comme il devrait l’être et je me suis personnellement engagé à ce qu’il le soit. J’espère et je crois l’avoir déjà renforcé dans les premiers mois de ma présidence. Ensuite à Washington, parce qu’il est fondamental, pour le prestige et la force de l’organisation que je préside, que les États-Unis recommencent à prendre pleinement part aux travaux de l’UIP, après avoir interrompu leur participation il y a quelques années.
L’Union interparlementaire accepte aussi en son sein des pays dont le système démocratique ne correspond pas à notre idée de la démocratie et dans lesquels les Parlements sont parfois de simples organes consultatifs. Elle a même accepté par le passé les pays de l’Est communiste. Quels fruits a donné ce choix qui naît du désir de n’exclure personne?
CASINI: Le principe d’exclusion n’est pas un bon guide en matière de politique internationale. Je crois que le mouvement vers la démocratie globale est un mouvement ininterrompu, mais, pour arriver à ce but, il faut du temps, de la constance, de la passion. La démocratie elle-même, qui est une valeur fondamentale, peut prendre des aspects différents dans différents pays, selon l’histoire, les traditions et la sensibilité de chacun d’eux. Et pourtant, on arrive toujours, entre parlementaires, à trouver un terrain de dialogue, un langage partagé. Même là où la démocratie est incomplète ou lorsqu’elle vient de naître, le Parlement reste le moteur du processus démocratique. C’est là notre espoir, et ce sera ma tâche quotidienne. Les fruits? Tout le monde les voit. Des Parlements en ont aidé d’autres à se former et à grandir. Je pense à l’Afghanistan, qui sort d’une période sombre et qui évolue vers la pleine démocratie. Nous sommes sur la bonne voie, comme le montrent le merveilleux spectacle de millions d’hommes et de femmes qui vont voter en défiant la menace persistante du terrorisme et l’expérience que nous avons faite, nous autres Italiens, en aidant le nouveau Parlement de Kaboul à se constituer. Ceci vaut aussi pour l’Irak où, à l’inverse de ce que pensaient beaucoup de gens et en dépit de l’horreur des kamikazes et des attentats, a débuté et progresse à grands pas le processus de formation d’une nouvelle et jeune démocratie à laquelle des secteurs de plus en plus importants de la société se décident petit à petit à participer. J’ajoute que, justement dans ce pays, le rôle des femmes est décisif. Les femmes constituent pour nous tous un exemple de détermination et de courage. Elles sont porteuses d’une formidable sensibilité humaine, politique, institutionnelle. Les femmes, et aussi les jeunes. Nous tous, les parlementaires, nous devons savoir nous adresser de plus en plus aux jeunes générations, les impliquer de plus en plus dans une saine activité politique. C’est la première chose que j’ai dite après mon élection à Genève, en octobre dernier: si les jeunes ne nous comprennent pas, c’est de notre faute. Nous devons apprendre à nous adresser avant tout à eux.