La Parole de Dieu: un sang versé qui parle
«Si quelqu’un dit: Parole de Dieu, cette formule peut transmettre une idée intellectuelle. Mais si on dit que c’est un sang qui parle, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un discours, d’un raisonnement». Interview du cardinal jésuite Albert Vanhoye
Interview du cardinal Albert Vanhoye par Gianni Valente

Le cardinal Albert Vanhoye
ALBERT VANHOYE: Il y a quinze ans, lorsque j’étais président de la Commission biblique pontificale, nous avons étudié l’interprétation de la Bible dans l’Église. Nous avons passé en revue toutes les méthodes et toutes les approches adoptées pour aborder le texte biblique; mais ce travail a été entièrement fait du point de vue de la science exégétique.
Dans le Synode, la perspective est différente. On aura la possibilité de faire de nombreuses réflexions sur la manière dont la vie et la mission de l’Église trouvent un appui et une nourriture dans la Parole de Dieu.
D’après vous, que peut suggérer un Synode de ce genre à l’Église tout entière?
VANHOYE: L’instrumentum laboris le dit très bien: on ne doit pas identifier la Parole de Dieu avec la Bible. Au temps de saint Paul, rien du Nouveau Testament n’était écrit, mais saint Paul était conscient qu’il prêchait la Parole de Dieu, et il félicitait les Thessaloniciens parce qu’ils avaient reçu le message proclamé par lui non pas comme un discours humain, mais comme Parole de Dieu qui opère en celui qui croit.
La Parole de Dieu est quelque chose de vivant, la Bible est un texte écrit. Elle a une importance spéciale parce que c’est un texte inspiré. Mais notre foi n’est pas une religion du Livre, elle n’est pas la religion biblique. Notre foi est une religion de la Parole de Dieu, vivante, accueillie, qui nous met en relation personnelle avec Jésus Christ, et, par l’intermédiaire du Christ, avec Dieu le Père.
«La Parole de Dieu, ultime et définitive, c’est Jésus-Christ», est-il écrit dans la première partie de l’instrumentum laboris du Synode. On pense à certaines pages de votre confrère Henri de Lubac…
VANHOYE: De Lubac a écrit qu’en Jésus-Christ, Dieu a rendu Sa Parole brève, qu’Il l’a abrégée. Le Verbe s’est abrégé. La Bible n’est pas une collection de traités philosophico-théologiques, elle n’est pas un parcours explicatif ou symbolique pour acquérir une panoplie de vérités religieuses éternelles. La Bible raconte l’initiative de Dieu pour entrer en contact avec les hommes, pour entrer dans notre histoire. C’est pour cela que l’incarnation du Christ est le “résumé” de toute la Parole de Dieu, qui ne rend pas inutiles les autres paroles inspirées, mais qui définit leurs sens précis. La Parole de l’Ancien Testament prend son sens précis grâce à sa relation avec Jésus-Christ. Désormais nous lisons l’Ancien Testament, éclairés par la venue du Christ et par ce qu’Il opère. Comme le dit le Christ lui-même, dans l’Évangile de Jean, «vous scrutez les Écritures en croyant que vous y trouverez la vie éternelle; eh bien, ce sont justement elles qui me rendent témoignage». Ceci se voit dans l’apparition aux disciples d’Emmaüs: Jésus explique tout ce qui concerne sa personne et son mystère dans l’Ancien Testament. L’expression de la Lettre aux Hébreux où il est dit: désormais c’est un sang qui parle «avec une voix plus éloquente que celle d’Abel» est stimulante, elle aussi. La Parole de Dieu s’est faite sang versé, et elle parle d’une offre d’amour qui anéantit tout ce qui fait obstacle à l’amour. Si quelqu’un dit: Parole de Dieu, cette formule peut transmettre une idée intellectuelle, mais si on dit que c’est un sang qui parle, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un discours, d’un raisonnement.
Saint Augustin dit: «C’est du Seigneur que vient l’Écriture. Mais celle-ci n’a aucun intérêt humain, si l’on n’y reconnaît pas le Christ». Il semble en revanche que la lecture de l’Écriture soit en elle-même la source d’où naît la foi. On devient chrétien parce qu’on lit la Bible?
VANHOYE: Il peut arriver que la lecture de la Bible devienne l’occasion à partir de laquelle naît la foi. Je pense à l’Église en Corée, où la foi chrétienne est arrivée à partir de quelques intellectuels qui s’étaient intéressés à la Bible, en suite de quoi ils ont reçu le don de la foi sans l’intervention de missionnaires. Ces hommes ont reçu la foi chrétienne à l’occasion d’un contact avec la Sainte Écriture, puis ils sont allés chercher les missionnaires pour construire l’Église. Mais il est clair qu’à l’origine de la vie de la foi, il n’y a ni la lecture de la Bible, ni l’œuvre des missionnaires: il y a l’action de l’Esprit, qui peut se servir de tout: des missionnaires, de la lecture de la Parole de Dieu, mais aussi d’instruments et d’occasions apparemment plus lointaines et plus fortuites. D’habitude, c’est le témoignage d’une vie qui peut attirer vers la foi, et puis on a besoin de la Parole vivante pour expliquer qui est Celui qui attire à Lui à travers le témoignage.
Ceux qui insistent sur l’importance de la Parole de Dieu semblent souvent tout miser sur la compétence en matière d’Écriture Sainte, comme si l’idéal était que tout le monde devienne exégète ou bibliste.
VANHOYE: L’objectif de l’Église n’est certainement pas de faire de tout chrétien un spécialiste de la Parole. Il est nécessaire que certains se mettent dans cette perspective, parce qu’il faut que la Bible soit étudiée d’une manière suffisamment qualifiée pour être au niveau de la culture du moment. Ce qui peut en revanche être favorisé par le prochain Synode – et j’espère qu’il en sera ainsi – c’est le contact personnel avec les textes bibliques, un contact qui soit le plus possible objectif, et qui ne cède pas à la fantaisie de tout un chacun.
Vous vous êtes formé dans les années au cours desquelles, y compris dans les milieux catholiques, le ressourcement, le retour aux sources bibliques et patristiques inaugurait le parcours d’un renouvellement qui aurait amené au Concile Vatican II. Quels sont vos souvenirs de cette période?
VANHOYE: Pour moi personnellement, le contact direct avec la Bible a été facilité par le fait qu’en tant que jeune religieux, j’ai été professeur de grec classique à haut niveau. Ceci m’a permis d’avoir un contact direct avec le Nouveau Testament, et je me suis tout de suite passionné pour l’Évangile de Jean, qui révèle la personne de Jésus. C’est ce qui a reu pour avoir un contact direct avec le texte original… En somme, la situation est tout à fait différente.

Détails de la fresque de l’abside de l’église Saint Sylvestre à Tivoli, près de Rome. Ci-dessus, sur l’axe central du tambour, apparaît le Verbe incarné dans les bras de la Vierge Marie et, au-dessus, l’Agneau dont l’auréole est marquée d’une croix, versant son sang de son côté à l’image du sacrifice de la croix; sur la gauche, Jean-Baptiste indiquant l’Agneau et, sur la droite, Jean l’Évangéliste qui présente le début du prologue de son Évangile
VANHOYE: Si l’Évangile n’est pas un conte mythique et a quelque chose à voir avec l’histoire, les instruments de l’enquête historique peuvent y être légitimement appliqués. Ils doivent être appliqués. La Bible se présente comme un document ancien, qui doit être étudié avec les instruments scientifiques modernes, et ceci n’est pas seulement légitime, c’est aussi un devoir. Autrement, le contact avec la Bible ne se pose pas au niveau des connaissances et des capacités actuelles. Il est cependant vrai que dans l’usage de la méthode historico-critique, on trouve parfois des tendances qui ont une sorte d’effet “stérilisant” vis-à-vis du texte.
Par exemple?
VANHOYE: En 1988, le cardinal Ratzinger a fait à New York une conférence pour critiquer les présupposés théoriques de Bultmann et de Dibelius, et d’une manière générale la méthode historico-critique dans mesure où elle veut enfermer le texte dans une cage étroite, en l’aplatissant et en en faisant un pur produit des conditions et des circonstances de l’époque. C’est ce que j’entends par “stérilisation”. De même que l’étude des sources, ou plus exactement des “strates” peut devenir stérilisante. Il semble que pour certains chercheurs, l’exégèse consiste à distinguer différentes strates successives: prendre deux versets et les attribuer à une source, en prendre deux autres et les attribuer à une autre source, et ainsi de suite. Ceci peut être utile pour certains textes, mais le plus souvent, au lieu de donner un contact vivant avec le texte, on en fait une sorte de dissection, comme celles qu’on pratique sur les cadavres, et on fait perdre le contact avec le courant de vie qui se manifeste dans le texte. En somme, la méthode historico-critique est nécessaire, mais il ne faut pas la concevoir de manière trop restrictive. Si nous nous trouvons devant un texte, nous devons le prendre et l’interpréter pour ce qu’il est.
La méthode historico-critique n’a-t-elle pas fini par “perdre des points”, même parmi les chercheurs, justement à cause de cette “aridité” latente?
VANHOYE: Les Allemands ont cette tendance à tout considérer du point de vue historique… En réalité, la méthode historico-critique s’est acheminée dans les dernières années dans une direction opposée, en un certain sens, à son orientation principale. La dernière étape est la Wirkungsgeschichte, qui signifie l’“histoire des effets” d’un texte. On ne se limite plus au texte considéré à l’époque de sa production, mais on le considère aussi dans sa connexion avec les effets que ce texte a produits. Par exemple, le rapport qui existe entre certains textes de saint Paul – avec l’insistance sur la justification qui vient de la foi – et la naissance de la Réforme. D’autres textes, comme par exemple le Cantique des Cantiques, ont eu des effets sur la vie mystique et spirituelle. Ceci démontre qu’un texte est en mesure de stimuler la pensée, les émotions, les affects, et que ce texte lui-même est mieux compris à la lumière de ces effets.
Les adversaires de la méthode historico-critique insistent souvent sur le sens spirituel des Écritures. Dans le contexte culturel actuel, ne risque-t-on pas d’“aller au-delà” de la donnèe et de faire de la Bible le grand symbole du parcours religieux de l’humanité?
VANHOYE: On trouve en effet, dans le texte de l’instrumentum laboris lui-même, la constatation de «l’émergence de formes gnostiques et ésotériques dans l’interprétation des Saintes Écritures, et de groupes religieux indépendants au sein de l’Église catholique». On peut craindre le danger de prendre le texte comme un prétexte d’idées, de réflexions, d’émotions, de pensées, sans aucune docilité à la donnée de l’Écriture. Lorsqu’il commençait sa lectio divina, le cardinal Martini expliquait bien que ce qui vient avant tout, c’est une lectio attentive, précise: je lis le texte et je m’en tiens au texte, je ne vais pas au-delà. Cette docilité devant le texte est la seule base pour toutes les méditations, les contemplations, les applications pratiques qui suivent. La Parole de Dieu veut être accueillie comme parole qui fait autorité, qui nous apporte quelque chose, elle n’est pas simplement un prétexte pour des divagations en tout genre.
Dans le sillage du succès commercial du genre Da Vinci Code de Dan Brown, certains ouvrages de vulgarisation ont recommencé à parler du rapport entre le “Jésus historique” et le “Jésus de la foi”. D’après vous, cela a-t-il un sens de chercher à “reconstruire” le Jésus historique en faisant abstraction de la manière dont Jésus se présente dans les Évangiles?
VANHOYE: Il y a quelques jours, j’ai justement vu un autre livre sur Jésus dans lequel l’auteur espagnol déclarait s’en tenir de manière stricte à des données et à des conclusions scientifiques, en évitant tout ce qui a à faire avec la dimension surnaturelle. Il est toujours possible de faire cette distinction: si quelqu’un prétend étudier le phénomène Jésus uniquement du point de vue historique et scientifique, il peut le faire. Du point de vue scientifique, il est toujours possible de partir d’une perspective très limitée, mais il faut savoir dès le départ que les conclusions elles-mêmes seront unilatérales et limitées, parce que le phénomène, la donnée, ne seront pas connus pour ce qu’ils sont. Une telle approche ne devra jamais avoir la prétention d’établir si Jésus est ou n’est pas le Fils de Dieu.
VANHOYE: En France, j’expliquais à mes étudiants que les Évangiles ne nous donnent pas des photographies: ils nous donnent des portraits. La photographie est plus exacte, mais elle ne peut exprimer un esprit d’ensemble comme le fait un portrait. La Bible elle-même nous apprend à ne pas tout interpréter à la lettre: elle nous donne deux versions différentes sur des questions très importantes. Nous avons un exemple impressionnant avec la parole de Jésus à propos du calice. Selon Matthieu et Marc, Jésus a dit en prenant le calice: «Ceci est mon sang de l’alliance, versé pour beaucoup». En revanche, pour Luc et pour saint Paul, il a dit: «Ceci est le calice de la nouvelle alliance dans mon sang, qui est versé pour vous». Ce sont des formules différentes, même s’il y a des éléments communs. Il existe a fortiori des différences entre les Évangiles pour de nombreuses choses moins importantes, qui correspondent à l’orientation de chaque texte. C’est la raison pour laquelle ce serait une erreur de vouloir tirer d’un Évangile ou d’un autre certains éléments pour construire un récit qui serait plus “fidèle” et plus complet. Chaque Évangile a sa propre orientation. Celui de Matthieu est un Évangile ecclésial, qui nous offre de grands discours de Jésus. Celui de Marc est l’Évangile de l’événement, du choc de l’événement. Celui de Luc est l’Évangile du disciple qui voit les choses dans la relation personnelle avec Jésus… Chaque Évangile a sa propre inspiration, qui comporte des différences dans de nombreux détails. C’est une richesse, mais il est clair que du point de vue matériel cela nous met dans l’embarras si nous entrons dans des batailles pour vouloir démontrer, au-delà du moindre doute, le caractère indiscutable, sur le plan historique, de tout ce qui est raconté dans les Évangiles.
Au Concile, dans le débat sur les sources de la Révélation qui a amené à la Constitution conciliaire Dei Verbum, on s’échauffait dans la discussion sur le rapport entre Écriture et Tradition. Que reste-t-il actuellement de ces disputationes?
VANHOYE: Aujourd’hui, on insiste plus sur l’exégèse patristique. L’École biblique de Jérusalem a le grand projet d’une Bible commentée tant scientifiquement que sur le plan de la patristique. On voit que les gens ressentent l’insuffisance de l’approche purement scientifique, et qu’ils pensent que, pour bien assimiler la Bible dans toute sa richesse, il faut s’immerger dans le courant de la Tradition, qui nous libère essentiellement d’unilatéralismes et de fausses dialectiques, comme celles qui opposent sens littéral et sens spirituel. Lire la Bible selon la Tradition, cela nous fait voir que certaines choses qui peuvent apparaître contradictoires sont en réalité complémentaires. Par exemple, la Lettre de saint Jacques semble s’opposer – apparemment – aux Lettres de saint Paul sur la question de la justification. Mais si on lit bien les textes, selon la Tradition, on voit qu’il n’y a pas de contradiction: pour saint Jacques aussi, les œuvres qui justifient sont l’œuvre de la foi. Être docile à la lecture de la Bible dans la Tradition, cela nous aide à acquérir cette sobriété, cette sagesse.
Dans une interview, vous avez dit qu’il est salutaire de fuir la tentation d’“appuyer” sur le texte biblique des assertions auxquelles la Tradition est parvenue par la suite. Pouvez-vous mieux expliquer à quoi vous faisiez allusion?
VANHOYE: Il est toujours bon de distinguer. La Parole de Dieu est vivante, elle appartient à un courant de vie. Mais il est toujours utile de distinguer ce qui est dans le texte dès le début et ce que la Tradition a légitimement ajouté. Prenons la question du sacerdoce ministériel. Dans le Nouveau Testament, aucun apôtre n’est appelé prêtre. Le titre de prêtre n’est donné qu’aux prêtres lévites ou aux prêtres païens. Mais l’Église, dès le IIème siècle, a attribué le titre de sacerdos aux évêques. Ceci n’est pas fondé directement sur la Bible, mais correspond à une nouvelle idée du sacerdoce exprimée justement dans les Lettres de saint Paul. Dans la Lettre aux Romains, saint Paul définit son ministère d’une manière qui correspond à un nouveau concept de sacerdoce. Il dit que son ministère est l’œuvre sacrée de l’annonce, de manière que les Gentils deviennent une offre agréée par Dieu, sanctifiée dans l’Esprit Saint. Cette formule définit le sacerdoce chrétien. Aujourd’hui, on voit grandir une résistance contre l’usage du vocabulaire sacerdotal. On ne veut plus parler d’ordination sacerdotale, on préfère parler d’ordination presbytérale… Il y a là une fidélité matérielle au Nouveau Testament, pas une fidélité d’esprit.

La fresque de l’abside de l’église Saint-Sylvestre, située dans le superbe quartier médiéval de Tivoli, remonte très probablement aux années qui vont de la fin du XIIème au début du XIIIème siècle. Selon de nombreux spécialistes, le sujet de la conque absidale reproduit du point de vue iconographique la mosaïque perdue de l’abside de l’ancienne basilique vaticane. Presque tous les critiques font remonter les fresques de Saint- Sylvestre au même atelier (appelé Primo Maestro ou Maestro dell’Apocalypse) qui a également peint à fresque une bonne partie de la crypte de la cathédrale d’Anagni
VANHOYE: On voit dans tous les Évangiles et dans les Lettres de saint Paul que Pierre a reçu une mission spéciale. Il est vraiment impressionnant, par exemple, de revoir la scène de la vocation de Pierre. Il y a au moins quatre personnes, outre Jésus lui-même, dans cette scène: André et Pierre, Jacques et Jean. Mais Jésus ne s’adresse qu’à Pierre.
Les controverses entre “créationnistes” et “évolutionnistes” aux États-Unis ont relancé la question de l’inerrance des Saintes Écritures. Qu’en pensez-vous?
VANHOYE: L’inerrance a été bien définie dans la Constitution conciliaire Dei Verbum, dans la phrase très nuancée, où il est dit que celle-ci touche toutes les choses que Dieu a voulu révéler pour notre salut. Dieu n’a pas voulu révéler si la terre est plate ou ronde et si elle tourne ou non autour du soleil. La Bible ne fait pas une théorie de la création. Elle affirme que Dieu est créateur, puis elle présente la création par images. Il n’existe pas, dans la Bible, de théorie scientifique sur la création. J’ai toujours été frappé que la constitution Dei Verbum ait utilisé cette formule: «La vérité que Dieu a voulu nous communiquer en vue de notre salut». Le texte aurait pu parler simplement de vérités salvifiques. Mais une telle expression aurait fait penser à une série de formules religieuses. Or les vérités qui nous sont communiquées dans la Sainte Écriture en vue de notre salut sont aussi des faits, comme la naissance de Jésus, la crucifixion et les apparitions du Christ ressuscité.
Vous avez raconté que le cardinal Ratzinger a été très respectueux du travail de la Commission Biblique, même lorsque celle-ci a valorisé, dans le document que vous avez cité, la méthode historico-critique, à propos de laquelle le préfet de l’ancien Saint Office manifestait publiquement ses objections.
VANHOYE: La position des membres de la Commission Biblique était que la méthode historico-critique ne dépendait pas des présupposés théoriques et philosophiques de Bultmann et de Dibelius. Il est inévitable que tout chercheur adopte ses propres présupposés, mais on ne doit pas confondre méthode et présupposés. Les exégètes catholiques peuvent adopter la méthode sans assumer les présupposés naturalistes et historicistes des fondateurs de la méthode.
Aujourd’hui, Ratzinger est devenu Benoît XVI, et il a écrit la première partie d’un livre sur Jésus qui interpelle de près les recherches des biblistes et des exégètes. Quel impact aura cette situation particulière sur le Synode?
VANHOYE: On voit bien que, dans sa formation, le Pape n’était pas à l’aise avec la méthode historico-critique telle qu’elle était pratiquée en Allemagne. Sa perspective est beaucoup plus positive: il veut chercher le courant profond de la Révélation, se concentrer sur la vie de Jésus et ne pas se perdre dans de discussions infinies sur des détails secondaires et des interprétations en conflit entre elles. Il s’agit d’une approche plus “nourrissante” pour la foi et pour la vie chrétienne. Naturellement, il l’a dit lui-même, son infaillibilité n’est pas impliquée dans son livre sur Jésus, qui est l’œuvre d’un professeur devenu pape et ne créera pas de difficultés au Synode. Le Pape est un évêque qui contribue à la vie de l’Église, avec toutes ses capacités intellectuelles et affectives.