ÉTATS-UNIS ET SAINT-SIÈGE. Interview de Francis Rooney
«Piano piano, comme vous dites en Italie...»
Entre certitudes et prudences, la longue route des relations diplomatiques entre Washington et le Vatican vue par l’ambassadeur américain près le Saint-Siège
Interview de Francis Rooney par Giovanni Cubeddu
«J’ai été ébloui par
l’étendue des connaissances des personnes qui travaillent au
Vatican et je n’ai trouvé là aucun
“anti-Américain”. C’est peut-être
l’expectative d’un Américain, ou c’est tout
simplement le plaisir que j’ai d’être ici à Rome,
près de l’Église, ce qui m’arrivait certainement
moins souvent en Amérique».
Francis Rooney a été élevé dans une famille catholique, et il lui est arrivé de fréquenter l’école des pères augustins, une période à laquelle il a sûrement pensé lorsque, le 13 octobre 2005, il a prêté serment devant le Sénat des États-Unis comme septième ambassadeur américain près le Saint-Siège. Son curriculum de businessman est vraiment trop long pour être cité ici, mais lors de la cérémonie des lettres de créance, c’est par des mots tout simples, et de bon augure, qu’il s’est présenté au Saint-Père comme «le premier ambassadeur de son pontificat». À la différence de son prédécesseur Jim Nicholson – qui avait présenté ses lettres de créance à peine deux jours après le 11 septembre 2001 –, Rooney a pour cadre d’action une époque qui oscille entre le désir de donner plus d’espace à la politique et à la reconstruction (pour mettre fin, par exemple, à la tragédie irakienne) et la crainte de ne pas arriver à un accord sur le dossier nucléaire (Iran et Corée du Nord).
S’il en est ainsi, comment réinterpréter aujourd’hui les trois grandes lignes directrices des relations entre Washington et le Vatican («instaurer la paix, encourager la démocratie et vaincre le terrorisme») que Rooneey avait présentées au cours de sa première rencontre avec le Pape, le 12 novembre 2005?
Quoiqu’il en soit, l’actuel ambassadeur américain a fait comprendre dès les premiers jours de son mandat qu’il voulait être prudent, qu’il préférait les petits pas, et qu’il désirait trouver la bonne voie «piano piano», comme il nous le dira à la fin de cet entretien. Il est sûr que cette approche prudente l’aidera à orienter les prochaines années de son mandat, à la lumière du succès des démocrates aux élections américaines de midterm, qu’il n’a pas voulu commenter.

Monsieur l’Ambassadeur, au bout d’un an de
mandat, avez-vous eu la possibilité de comprendre quels sont les
dossiers sur lesquels il est plus facile de travailler avec le
Saint-Siège, et quels sont au contraire les domaines dans lesquels
vos positions respectives sont plus éloignées? Estimez-vous
avoir atteint quelques-uns des buts prioritaires que vous vous étiez
fixés?
FRANCIS ROONEY: Il peut y avoir eu des désaccords dans un passé récent, et personne n’ignore que la guerre en Irak a constitué un point de friction. Mais aujourd’hui, avec toutes les pressions auxquelles l’agenda international nous soumet, les objectifs et les aspirations des États-Unis et du Saint-Siège sont beaucoup plus proches. Ils s’accordent en premier lieu, pour citer deux exemples importants, sur la nécessité d’éliminer la pauvreté en Afrique et de venir à bout du sida. Et puis, si nous parlons d’aides aux pays en voie de développement, permettez-moi de dire que les États-Unis est le pays dont la contribution est la plus importante en chiffres absolus...
Le Saint-Siège et les États-Unis font des choix communs en matière de défense de la vie et de bioéthique, mais un peu moins en ce qui concerne certaines instances de la doctrine sociale de l’Église, auxquelles Washington ne semble pas prêter la même attention. Citons notamment les besoins des pays les moins développés, par exemple dans le cadre des négociations de l’OMC.
ROONEY: Le Saint-Siège a compris que la globalisation est désormais un fait acquis, qu’elle fait partie de notre vie quotidienne, et a exprimé publiquement sa position selon laquelle, s’il est impossible de revenir en arrière, il est néanmoins nécessaire d’atténuer les aspects les plus âpres de la globalisation et d’éloigner le danger de voir marginalisés des peuples entiers, dont le seul espoir est l’immigration clandestine. Mais nous sommes aussi d’accord sur ce point.
À propos d’immigration, on voit se poursuivre aux États-Unis un débat pour une approche bipartisan d’une question brûlante pour votre pays...
ROONEY: L’immigration touche l’identité même du pays, le débat existe et le consensus augmente. Le président Bush a été en première ligne pour proposer un programme pour les travailleurs qui trouvent l’hospitalité dans notre pays, pour créer un nouvel organisme compétent en matière de nationalité et de promotion de la connaissance des droits et des responsabilités des citoyens, pour stimuler de nouvelles modalités afin qu’il y ait en Amérique une immigration cohérente et juste, en mesure de fonctionner et d’aider les gens à faire pleinement partie de notre pays...
Mais?
ROONEY: Les États-Unis sont une nation fondée à la fois sur les immigrés et sur les lois. Nous devons maintenir ces deux traditions. Nous devons savoir qui entre dans notre pays et pourquoi. Le président Bush comprend que les États-Unis ont la responsabilité de rendre effectives leurs propres frontières et en même temps de favoriser le développement d’un système d’immigration qui reflète nos valeurs. Notre pays sait que des vies réelles seront influencées par nos débats et nos décisions, et que chaque être humain a sa dignité et sa valeur.
Il y a des millions d’immigrés en Amérique, et l’Église catholique elle-même a demandé au gouvernement d’avoir une politique avisée et compréhensive envers ces pauvres gens.
ROONEY: Mais il est juste que notre gouvernement sache aussi le nom de ceux qui entrent dans notre pays et qu’il garantisse la sécurité de tous les citoyens. À Los Angeles, par exemple, le cardinal Mahoney, loin de demander de renoncer à la sécurité, a invoqué, en reprenant les mots du président Bush, un «processus d’immigration et de travail aux États-Unis sûr, raisonnable, légal, pour des personnes qui viennent répondre à un besoin économique de notre pays».
Il y a eu quelques moments délicats dans les rapports entre le Saint-Siège et Pékin au cours de la première année de votre mandat. Comment les avez-vous vécus?
ROONEY: Au lendemain de la création du cardinal Zen, il y a eu une sorte de suspension du jugement pour voir comment la Chine allait réagir. Il y avait une certaine inquiétude et toutes les hypothèses étaient possibles. J’ai récemment appris de source chinoise qu’a eu lieu une conférence où les leaders catholiques se sont réunis pour discuter de la manière d’édifier une société harmonieuse, et je crois que l’Église contribue de manière très positive et constructive à cette mosaïque qu’est la Chine contemporaine. Quoiqu’il en soit, nous jugeons que ce que fait le Saint-Siège de ses cardinaux et de ses évêques est légitime, parce que cela fait partie de ses compétences. Mais, quant à nous, en tant qu’État souverain, nous sommes favorables à la liberté de religion; notre président et notre secrétaire d’État l’ont tous les deux déclaré publiquement au cours de leurs voyages en Chine. En ce qui concerne la dynamique des deux Églises chinoises – patriotique et clandestine –, je n’ai pas à faire de commentaires.
Parlons du Moyen-Orient. Maintenant que Saddam Hussein est tombé, les minorités religieuses en Irak (y compris les chrétiens) peuvent aujourd’hui être jugées selon la charia, conformément à la nouvelle Constitution. En tant qu’ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège, vous occupez-vous de ce problème? Ce fruit de l’exportation de la démocratie est un peu paradoxal...
ROONEY: La situation de l’Irak est compliquée. La Constitution fait mention à la fois de la charia et de la Déclaration des droits de l’homme de l’ONU comme sources du droit. Les États-Unis et le Saint-Siège ont tous deux l’objectif de favoriser, plus qu’à l’époque de Saddam, le développement des institutions civiles irakiennes qui garantissent la démocratie, la liberté et la tolérance, mais il n’y a aucun doute que la situation actuelle est difficile. Je pense qu’il serait beaucoup mieux que tous ensemble, en tant que communauté internationale, nous travaillions dans ce but, avec toutes les factions représentées à Bagdad, pour développer des institutions qui respectent les minorités.
Vous avez récemment rencontré la délégation juive de l’ADL, l’Anti defamation league, qui se trouvait en visite en Italie et au Vatican pour rencontrer le Pape. Je suppose que vous avez évoqué avec eux la question des relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège...
ROONEY: Oui, nous en avons parlé, et je crois que l’ADL est elle aussi de l’avis que l’Accord fondamental [le traité, signé en 1993, qui jette les bases des relations entre Israël et le Saint-Siège mais n’est pas encore tout à fait complet, notamment en ce qui concerne ses aspects économiques], est une question importante, et que les deux parties auraient intérêt à résoudre les questions restées en souffrance.
ROONEY: Je répète qu’il est dans l’intérêt de tous que l’Accord fondamental soit appliqué; nous avons énergiquement plaidé cette cause à différents niveaux. J’en parle toujours lorsque je suis interrogé sur les relations entre Israël et le Vatican. Avec l’application de cet Accord, les rapports entre les deux parties continueraient à se renforcer, et ce serait une bonne chose non seulement pour eux, mais pour le Moyen-Orient. Les chrétiens ont une part importante dans l’héritage de la région, et ils peuvent souvent apporter une influence modératrice dans le cadre de l’instabilité actuelle. Des progrès en ce sens pourraient avoir une influence décisive pour permettre à la communauté chrétienne de continuer à vivre dans toute la région.
Que pensez-vous du débat qui a suivi la conférence du Pape à Ratisbonne?
ROONEY: Le Pape a été et est parfaitement clair en disant que la violence au nom de Dieu n’est pas tolérable. En ce qui concerne Ratisbonne, il ne s’est pas excusé d’avoir utilisé la citation en question, même s’il a manifesté son regret de voir que ses paroles avaient été mal interprétées, et il a précisé que cette citation ne reflète pas son opinion personnelle. Il a répété ces propos au cours d’une rencontre à laquelle il a invité plus de vingt ambassadeurs de pays islamiques à Castel Gandolfo, le 25 septembre dernier. Sur ce point, les deux parties – christianisme et islam – ont encore besoin d’un dialogue franc et sincère, et le Pape a précisé que ce dialogue exige qu’on recourre à la raison et au principe de réciprocité. Ce qui ressort de cette affaire de Ratisbonne, c’est que le monde entier accorde de l’importance à ce que dit le Pape.
Les États-Unis réclament depuis toujours avec force que soient reconnus les droits à la liberté religieuse, en particulier celle des chrétiens dans les monde islamique. Votre première année de travail à Rome vous a-t-elle aidé à préciser votre point de vue sur cette question à la fois délicate et symbolique?
ROONEY: Le Pape essaie de jeter des ponts vers l’islam, qu’il s’agisse de questions non doctrinales, comme le contrôle des naissances, ou de la compréhension mutuelle au niveau doctrinal. Il le fait aussi en reprenant la question de la violence au nom de Dieu, qui est injustifiée et sur laquelle s’est ouvert un débat entre les différentes âmes de l’islam, quand elles s’appprêtent à interpréter le Coran. La réciprocité est un problème délicat, et il me semble que, sur ce point, tout le monde procède un peu par tâtonnements. Nous nous ne pouvons pas liquider la question en disant simplement: “une mosquée ici, une église là”... Et puis il faut considérer toute la série des démocraties émergentes. C’est pour cela que l’expérience irakienne est si importante.
En somme “piano piano”, comme vous dites en Italie...
Francis Rooney a été élevé dans une famille catholique, et il lui est arrivé de fréquenter l’école des pères augustins, une période à laquelle il a sûrement pensé lorsque, le 13 octobre 2005, il a prêté serment devant le Sénat des États-Unis comme septième ambassadeur américain près le Saint-Siège. Son curriculum de businessman est vraiment trop long pour être cité ici, mais lors de la cérémonie des lettres de créance, c’est par des mots tout simples, et de bon augure, qu’il s’est présenté au Saint-Père comme «le premier ambassadeur de son pontificat». À la différence de son prédécesseur Jim Nicholson – qui avait présenté ses lettres de créance à peine deux jours après le 11 septembre 2001 –, Rooney a pour cadre d’action une époque qui oscille entre le désir de donner plus d’espace à la politique et à la reconstruction (pour mettre fin, par exemple, à la tragédie irakienne) et la crainte de ne pas arriver à un accord sur le dossier nucléaire (Iran et Corée du Nord).
S’il en est ainsi, comment réinterpréter aujourd’hui les trois grandes lignes directrices des relations entre Washington et le Vatican («instaurer la paix, encourager la démocratie et vaincre le terrorisme») que Rooneey avait présentées au cours de sa première rencontre avec le Pape, le 12 novembre 2005?
Quoiqu’il en soit, l’actuel ambassadeur américain a fait comprendre dès les premiers jours de son mandat qu’il voulait être prudent, qu’il préférait les petits pas, et qu’il désirait trouver la bonne voie «piano piano», comme il nous le dira à la fin de cet entretien. Il est sûr que cette approche prudente l’aidera à orienter les prochaines années de son mandat, à la lumière du succès des démocrates aux élections américaines de midterm, qu’il n’a pas voulu commenter.

L’ambassadeur Francis Rooney présente ses lettres de créance à Benoît XVI le 12 novembre 2005
FRANCIS ROONEY: Il peut y avoir eu des désaccords dans un passé récent, et personne n’ignore que la guerre en Irak a constitué un point de friction. Mais aujourd’hui, avec toutes les pressions auxquelles l’agenda international nous soumet, les objectifs et les aspirations des États-Unis et du Saint-Siège sont beaucoup plus proches. Ils s’accordent en premier lieu, pour citer deux exemples importants, sur la nécessité d’éliminer la pauvreté en Afrique et de venir à bout du sida. Et puis, si nous parlons d’aides aux pays en voie de développement, permettez-moi de dire que les États-Unis est le pays dont la contribution est la plus importante en chiffres absolus...
Le Saint-Siège et les États-Unis font des choix communs en matière de défense de la vie et de bioéthique, mais un peu moins en ce qui concerne certaines instances de la doctrine sociale de l’Église, auxquelles Washington ne semble pas prêter la même attention. Citons notamment les besoins des pays les moins développés, par exemple dans le cadre des négociations de l’OMC.
ROONEY: Le Saint-Siège a compris que la globalisation est désormais un fait acquis, qu’elle fait partie de notre vie quotidienne, et a exprimé publiquement sa position selon laquelle, s’il est impossible de revenir en arrière, il est néanmoins nécessaire d’atténuer les aspects les plus âpres de la globalisation et d’éloigner le danger de voir marginalisés des peuples entiers, dont le seul espoir est l’immigration clandestine. Mais nous sommes aussi d’accord sur ce point.
À propos d’immigration, on voit se poursuivre aux États-Unis un débat pour une approche bipartisan d’une question brûlante pour votre pays...
ROONEY: L’immigration touche l’identité même du pays, le débat existe et le consensus augmente. Le président Bush a été en première ligne pour proposer un programme pour les travailleurs qui trouvent l’hospitalité dans notre pays, pour créer un nouvel organisme compétent en matière de nationalité et de promotion de la connaissance des droits et des responsabilités des citoyens, pour stimuler de nouvelles modalités afin qu’il y ait en Amérique une immigration cohérente et juste, en mesure de fonctionner et d’aider les gens à faire pleinement partie de notre pays...
Mais?
ROONEY: Les États-Unis sont une nation fondée à la fois sur les immigrés et sur les lois. Nous devons maintenir ces deux traditions. Nous devons savoir qui entre dans notre pays et pourquoi. Le président Bush comprend que les États-Unis ont la responsabilité de rendre effectives leurs propres frontières et en même temps de favoriser le développement d’un système d’immigration qui reflète nos valeurs. Notre pays sait que des vies réelles seront influencées par nos débats et nos décisions, et que chaque être humain a sa dignité et sa valeur.
Il y a des millions d’immigrés en Amérique, et l’Église catholique elle-même a demandé au gouvernement d’avoir une politique avisée et compréhensive envers ces pauvres gens.
ROONEY: Mais il est juste que notre gouvernement sache aussi le nom de ceux qui entrent dans notre pays et qu’il garantisse la sécurité de tous les citoyens. À Los Angeles, par exemple, le cardinal Mahoney, loin de demander de renoncer à la sécurité, a invoqué, en reprenant les mots du président Bush, un «processus d’immigration et de travail aux États-Unis sûr, raisonnable, légal, pour des personnes qui viennent répondre à un besoin économique de notre pays».
Il y a eu quelques moments délicats dans les rapports entre le Saint-Siège et Pékin au cours de la première année de votre mandat. Comment les avez-vous vécus?
ROONEY: Au lendemain de la création du cardinal Zen, il y a eu une sorte de suspension du jugement pour voir comment la Chine allait réagir. Il y avait une certaine inquiétude et toutes les hypothèses étaient possibles. J’ai récemment appris de source chinoise qu’a eu lieu une conférence où les leaders catholiques se sont réunis pour discuter de la manière d’édifier une société harmonieuse, et je crois que l’Église contribue de manière très positive et constructive à cette mosaïque qu’est la Chine contemporaine. Quoiqu’il en soit, nous jugeons que ce que fait le Saint-Siège de ses cardinaux et de ses évêques est légitime, parce que cela fait partie de ses compétences. Mais, quant à nous, en tant qu’État souverain, nous sommes favorables à la liberté de religion; notre président et notre secrétaire d’État l’ont tous les deux déclaré publiquement au cours de leurs voyages en Chine. En ce qui concerne la dynamique des deux Églises chinoises – patriotique et clandestine –, je n’ai pas à faire de commentaires.
Parlons du Moyen-Orient. Maintenant que Saddam Hussein est tombé, les minorités religieuses en Irak (y compris les chrétiens) peuvent aujourd’hui être jugées selon la charia, conformément à la nouvelle Constitution. En tant qu’ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège, vous occupez-vous de ce problème? Ce fruit de l’exportation de la démocratie est un peu paradoxal...
ROONEY: La situation de l’Irak est compliquée. La Constitution fait mention à la fois de la charia et de la Déclaration des droits de l’homme de l’ONU comme sources du droit. Les États-Unis et le Saint-Siège ont tous deux l’objectif de favoriser, plus qu’à l’époque de Saddam, le développement des institutions civiles irakiennes qui garantissent la démocratie, la liberté et la tolérance, mais il n’y a aucun doute que la situation actuelle est difficile. Je pense qu’il serait beaucoup mieux que tous ensemble, en tant que communauté internationale, nous travaillions dans ce but, avec toutes les factions représentées à Bagdad, pour développer des institutions qui respectent les minorités.
Vous avez récemment rencontré la délégation juive de l’ADL, l’Anti defamation league, qui se trouvait en visite en Italie et au Vatican pour rencontrer le Pape. Je suppose que vous avez évoqué avec eux la question des relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège...
ROONEY: Oui, nous en avons parlé, et je crois que l’ADL est elle aussi de l’avis que l’Accord fondamental [le traité, signé en 1993, qui jette les bases des relations entre Israël et le Saint-Siège mais n’est pas encore tout à fait complet, notamment en ce qui concerne ses aspects économiques], est une question importante, et que les deux parties auraient intérêt à résoudre les questions restées en souffrance.
«La réciprocité est un problème délicat, et il me semble que, sur ce point, tout le monde procède un peu par tâtonnements. Nous ne pouvons pas liquider la question en disant simplement: “une mosquée ici, une église là”...»
Plusieurs organes de presse soutiennent que les
États-Unis se sont intéressés à diverses
reprises aux négociations entre le Saint-Siège et
Israël, amenant même ce pays à les reprendre, alors
qu’il les avait abandonnées en 2003. Quelle est la situation
actuelle? Les États-Unis continuent-ils à vouloir accompagner
ce processus de négociations? Et surtout, comment pourraient-ils le
faire mieux?
ROONEY: Je répète qu’il est dans l’intérêt de tous que l’Accord fondamental soit appliqué; nous avons énergiquement plaidé cette cause à différents niveaux. J’en parle toujours lorsque je suis interrogé sur les relations entre Israël et le Vatican. Avec l’application de cet Accord, les rapports entre les deux parties continueraient à se renforcer, et ce serait une bonne chose non seulement pour eux, mais pour le Moyen-Orient. Les chrétiens ont une part importante dans l’héritage de la région, et ils peuvent souvent apporter une influence modératrice dans le cadre de l’instabilité actuelle. Des progrès en ce sens pourraient avoir une influence décisive pour permettre à la communauté chrétienne de continuer à vivre dans toute la région.
Que pensez-vous du débat qui a suivi la conférence du Pape à Ratisbonne?
ROONEY: Le Pape a été et est parfaitement clair en disant que la violence au nom de Dieu n’est pas tolérable. En ce qui concerne Ratisbonne, il ne s’est pas excusé d’avoir utilisé la citation en question, même s’il a manifesté son regret de voir que ses paroles avaient été mal interprétées, et il a précisé que cette citation ne reflète pas son opinion personnelle. Il a répété ces propos au cours d’une rencontre à laquelle il a invité plus de vingt ambassadeurs de pays islamiques à Castel Gandolfo, le 25 septembre dernier. Sur ce point, les deux parties – christianisme et islam – ont encore besoin d’un dialogue franc et sincère, et le Pape a précisé que ce dialogue exige qu’on recourre à la raison et au principe de réciprocité. Ce qui ressort de cette affaire de Ratisbonne, c’est que le monde entier accorde de l’importance à ce que dit le Pape.
Les États-Unis réclament depuis toujours avec force que soient reconnus les droits à la liberté religieuse, en particulier celle des chrétiens dans les monde islamique. Votre première année de travail à Rome vous a-t-elle aidé à préciser votre point de vue sur cette question à la fois délicate et symbolique?
ROONEY: Le Pape essaie de jeter des ponts vers l’islam, qu’il s’agisse de questions non doctrinales, comme le contrôle des naissances, ou de la compréhension mutuelle au niveau doctrinal. Il le fait aussi en reprenant la question de la violence au nom de Dieu, qui est injustifiée et sur laquelle s’est ouvert un débat entre les différentes âmes de l’islam, quand elles s’appprêtent à interpréter le Coran. La réciprocité est un problème délicat, et il me semble que, sur ce point, tout le monde procède un peu par tâtonnements. Nous nous ne pouvons pas liquider la question en disant simplement: “une mosquée ici, une église là”... Et puis il faut considérer toute la série des démocraties émergentes. C’est pour cela que l’expérience irakienne est si importante.
En somme “piano piano”, comme vous dites en Italie...