ITALIE. Rencontre avec le nouveau président de la CEI
«Quand le Pape appelle, on répond…»
L’archevêque de Gênes, Angelo Bagnasco, raconte aux lecteurs de 30Jours son histoire de prêtre. Il a été nommé, en l’espace de quelques mois, pasteur de l’Église de sa ville et président de tout l’épiscopat italien. Interview
Interview d’Angelo Bagnasco par Gianni Cardinale

L’archevêque Angelo Bagnasco
La nomination de Bagnasco est arrivée quinze jours après que ce dernier avait diffusé, pour le Carême, en tant qu’archevêque de Gênes, sa première lettre pastorale intitulée Persévérer dans la prière. «Sans la prière», écrit Bagnasco dans sa lettre, «nous nous agitons, mais avec quelle efficacité? C’est comme si nous voulions agir seuls, sans Lui qui fait croître ce que nous semons».
Et l’on ne peut certes pas dire que Mgr Bagnasco se soit “agité” pour être le successeur – à Gênes et à la CEI – de deux grandes personnalités de l’Église italienne. Mais le Pape l’a choisi et, comme Bagnasco l’a souvent répété, «quand le Pape appelle, on répond…».
30Jours a demandé à l’archevêque Bagnasco une entrevue pour qu’il présente aux lecteurs son histoire de prêtre génois et raconte comment, en l’espace de quelques mois, il est devenu pasteur de l’Église de sa ville et président de tout l’épiscopat italien.
Excellence, vous êtes un Génois doc, mais vous n’êtes pas né à l’ombre de la Lanterne [phare historique de Gênes]…
ANGELO BAGNASCO: En effet, je suis né en 1947, à une époque où ma famille avait été se réfugier dans le village de ma mère et donc de mes grands-parents, Robecco d’Oglio, dans la province de Crémone. Mais ma mère m’a mis au monde dans l’hôpital le plus proche, à Pontevico, qui n’est qu’à deux kilomètres du village mais qui fait déjà partie de la province de Brescia. J’ai été baptisé là, mais tout de suite après on m’a emmené à Gênes avec ma sœur Anna, qui a trois ans et demi de plus que moi.
Quand avez-vous eu la vocation au sacerdoce?
BAGNASCO: J’ai commencé à être enfant de chœur dans ma paroisse du centre de Gênes, place Sarzano, quand j’avais six ans. Il y avait là un vieux curé qui était l’abbé Giovanni Battista Gazzolo, remplacé ensuite par Mgr Carlo Viacava, qui avait pour vicaire don Gianni Zamiti – ils sont tous les deux encore vivants et sont très heureux que leur petit enfant de chœur soit devenu leur archevêque! –, lequel nous suivait, l’après-midi, dans le cercle paroissial où nous allions jouer. Et le désir de me faire prêtre m’est venu quand j’étais à l’école primaire. Mais je ne ne l’ai dit à personne. Après j’ai fait ma 6e et ma 5e dans une école mixte, et j’avais toujours dans mon cœur ce désir…

L’archevêque Angelo Bagnasco avec Benoît XVI
BAGNASCO: Après la 4e, le moment était venu de choisir la section dans laquelle je voulais poursuivre ma scolarité. Ma famille pensait que je devais faire les études qui me mèneraient à être comptable, entre autres parce que le proviseur avait promis une aide pour l’achat des livres, vu que ma famille était loin d’être aisée. Mon père, Alfredo, était ouvrier pâtissier et il a travaillé à l’usine jusqu’à 78 ans, ma mère était femme au foyer. Mes parents étaient très contents à l’idée d’avoir un fils comptable, mais après les grandes vacances j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai parlé à ma mère de mon désir, qui était devenu désormais une décision, d’entrer au séminaire.
Quelle a été sa réaction?
BAGNASCO: Une grande surprise et un peu de perplexité. Mes parents craignaient aussi que je ne supporte pas la vie au séminaire, qui, à l’époque, semblait très dure. Mais ensuite, avec l’aide de mon curé et de son vicaire, ils se sont rassurés et c’est ainsi que je suis entré au petit séminaire de Gênes, au Chiappeto. À la fin de la seconde, je suis entré dans le vieux grand séminaire de via Porta d’Archi, dans le cœur de Gênes, où j’ai terminé mes études secondaires dans la section lettres classiques. Des années très dures mais aussi très belles, pleines de gaieté, d’enthousiasme, de confiance. Une fois que j’ai eu passé et réussi l’examen final (qui portait sur le programme de toutes les matières des trois dernières années), j’ai commencé à fréquenter les cours de Théologie. Il y a eu ensuite mon ordination sacerdotale, le 29 juin 1966, par le cardinal Giuseppe Siri.
Quels souvenirs avez-vous de vos professeurs de l’époque?
BAGNASCO: Au lycée, il y avait des professeurs particulièrement sévères, comme celui de sciences naturelles, Mgr Rebora, ou celui de latin, Mgr Gazzo. Mais nous savions y faire pour les amadouer. Puis, pour nos études de Théologie, nous avons eu des professeurs très compétents qui nous ont profondément marqués, comme le professeur de Dogmatique – Mgr Giulio Adamini, un grand maître qui vit toujours – et celui d’Écriture sainte – Mgr Alessandro Piazza, qui est devenu par la suite, et est resté pendant vingt-cinq ans, évêque d’Albenga-Imperia –, et puis Mgr Pesce, un des secrétaires de Siri, qui nous enseignait l’Histoire de l’art. Mais ce ne sont que quelques noms parmi tous ceux que je pourrais citer.
Et le recteur, qui était-ce?
BAGNASCO: C’était Mgr Luigi Roba qui, par sa simplicité et sa profondeur sacerdotale, a marqué de façon particulière notre formation. Un homme très obéissant à l’Église, d’une grande foi, qui a été vraiment un bon exemple.
Quel souvenir avez-vous du cardinal Siri?
BAGNASCO: Le cardinal Siri a accompagné ma, notre formation, parce que, régulièrement, toutes les semaines, il venait au séminaire pour faire ce que l’on appelait le “cercle”. Il arrivait, réunissait les séminaristes et répondait à leurs questions. Il n’y avait pas de sujet préparé. Le cercle avait lieu toutes les semaines, le mercredi. Le cardinal était aussi présent à toutes les grandes fêtes du séminaire. Et je me rends compte, mais tous mes camarades de séminaire s’en rendent compte aussi, de combien sa présence régulière a influé positivement sur notre formation.

L’archevêque Angelo Bagnasco avec le cardinal Tarcisio Bertone, à Gênes
BAGNASCO: J’ai toujours fait une chose, une autre et une autre encore… Le cardinal m’a envoyé comme vicaire à San Pietro et Santa Teresa del Bambino Gesù, une paroisse de ville, et en même temps il m’a fait étudier la philosophie à l’Université d’État de Gênes. Après mon doctorat, j’ai commencé à enseigner. J’ai été professeur pendant vingt-cinq ans à la Faculté de Théologie et pendant sept ans dans les dernières classes du secondaire au séminaire. Tout en continuant à être vicaire, naturellement.
Qu’avez-vous enseigné?
BAGNASCO: Aux séminaristes, l’italien. À la Faculté de Théologie j’ai enseigné de 1980 à 1998 Métaphysique et Athéisme contemporain. Cette longue période d’enseignement m’a beaucoup aidé à affronter les thèmes culturels de l’actualité la plus brûlante. Sans compter le fait positif et stimulant d’être toujours en contact avec les jeunes.
Vous avez eu aussi à faire avec la FUCI [Fédération universitaire catholique italienne] et les scouts.
BAGNASCO: En effet, et cela venait en plus des autres charges, à partir de 1980, j’ai été pendant quinze ans, sur nomination du cardinal Siri, assistant de la FUCI. Et pendant vingt-cinq ans j’ai suivi les scouts de ma paroisse. Une très grande expérience car la méthode scoute est une méthode d’éducation – pour les grands et les petits – très belle, très incisive.
Que vous conseilleriez aujourd’hui encore?
BAGNASCO: Tout à fait, avec une attention à la formation chrétienne qu’il faut toujours avoir. Mais globalement, c’est une méthode que je conseille aux adolescents d’aujourd’hui.
Avez-vous continué à avoir par la suite des rapports avec la FUCI?
BAGNASCO: Non car je suis devenu évêque. Mais maintenant que je suis revenu à Gênes, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de jeunes universitaires de l’époque, qui ont presque tous aujourd’hui une famille et des enfants.
En 1985, le cardinal Siri vous nomme aussi directeur du Bureau catéchistique diocésain. Quelque chose a-t-il changé dans votre mission avec l’arrivée du nouvel archevêque Giovanni Canestri, en 1987?
BAGNASCO: En 1985, Siri m’a aussi confié la tâche de fonder – en collaboration avec le Saint-Siège –, l’Institut supérieur de Sciences religieuses, organisme né à la suite de la révision du Concordat de 1984. Cet Institut avait pour but de donner une formation appropriée aux professeurs de religion dans les écoles. Canestri m’a confirmé dans toutes les charges que m’avait conférées Siri et a ajouté en plus, à partir de 1990, celle de responsable du Bureau de formation permanente des professeurs de religion catholique et aussi, dans les trois dernières années de son séjour à Gênes, celle de directeur de l’Apostolat liturgique. Une gloire, celle-là, de l’Église de Gênes, une Église qui a vu éclore de grandes personnalités – comme Mgr Moglia, Mgr Cavalleri, le cardinal Giacomo Lercaro, le cardinal Siri lui-même – qui avaient, d’une certaine façon, senti le besoin d’un renouveau liturgique dès avant le Concile Vatican II.
Avec malgré tout des façon de voir différentes.
BAGNASCO: C’est vrai, mais ils avaient tous l’idée qu’une plus grande conscience et une plus grande participation du peuple à la sainte liturgie était nécessaire.
En 1995 arrive à la tête de l’archidiocèse de Gênes l’archevêque Dionigi Tettamanzi.
BAGNASCO: Peu après son arrivée il m’a nommé vicaire épiscopal et père spirituel du séminaire en me libérant de mes autres charges. J’ai donc quitté la paroisse, j’ai laissé les bureaux de la curie et la FUCI et suis allé habiter de façon stable au séminaire en gardant l’enseignement que j’assurais. Cela jusqu’en 1998.

Mgr Bagnasco, ordinaire militaire, administre la confirmation à un militaire à Nassiriya, pendant la messe de Noël 2005
BAGNASCO: Oui, il y a eu des interventions qui ont fait grand bruit dans les media, mais, par ailleurs, la situation exigeait que j’intervienne. Sur la question de l’avortement, l’Église, les catholiques – et pas seulement eux – ne peuvent absolument pas se taire. La vie conçue a tous les droits de la vie humaine et on ne peut absolument pas s’habituer à l’idée qu’elle puisse être annulée. C’est le Concile Vatican II, au numéro 51 de la constitution pastorale Gaudium et spes, qui rappelle que «abortus necnon infanticidium nefanda sunt crimina».
En novembre 2002 vous avez eu aussi des mots très durs contre la mode de Halloween…
BAGNASCO: C’était tout au début, au moment où cette mode commençait à apparaître en concomitance avec la Toussaint et la fête des morts. C’était et c’est une mode clairement nordique, païenne, issue des fables, qui ne fait pas partie de notre culture et dont on ne ressent pas vraiment le besoin. Il est vrai que nous ne devons ni ne voulons nous fermer à de nouveaux apports, mais ces apports doivent enrichir et non appauvrir notre société. Dans le cas de Halloween, il me semble qu’il ne s’agit pas d’une ouverture mais d’une façon de céder à des modes plus commerciales que proprement culturelles. C’est pourquoi il est opportun de dire un mot d’avertissement, sans pour autant vouloir lancer des croisades. Le problème de notre identité culturelle, qui a pour nous clairement des racines religieuses et chrétiennes, est certainement une question très importante aujourd’hui. Et cela devient de plus en plus évident.
Dans l’entre-temps, vous êtes devenu, en 2001, président du Conseil d’administration du quotidien Avvenire.
BAGNASCO: Oui, j’ai été nommé sur indication de la présidence de la CEI. Cela a été, et est encore, sans aucun doute une belle expérience, une expérience intéressante et enrichissante parce qu’elle m’a plongé de façon plus directe dans le monde du papier imprimé, de la bonne presse. Et puis le Conseil d’administration est composé de personnes de très haut niveau.
Vous recevez le 20 juin 2003 votre nomination à la charge d’ordinaire militaire.
BAGNASCO: La nomination a été improvisée. Tout s’est déroulé en l’espace de quelques jours. Et cela a été pour moi une nomination totalement inattendue, que j’ai accueillie avec surprise et un peu de crainte. Avant tout parce que le monde militaire était une réalité totalement inconnue de moi et parce qu’il s’agissait d’un diocèse étendu qui couvrait tout le territoire national et même au-delà avec nos soldats en mission à l’étranger. Sans compter ensuite que l’ordinariat a plus de deux cents prêtres épars eux aussi en Italie et dans le monde.
Avez-vous eu aussi des perplexités et des réserves de nature pacifiste?
BAGNASCO: Pas du tout. Ne serait-ce que parce que je ne suis pas belliciste, et je pense qu’en Italie personne ne l’est. Et ensuite parce que les militaires sont les premiers à ne pas vouloir la guerre.
Votre nomination est arrivée un peu avant le massacre de soldats italiens dans le sud de l’Irak.
BAGNASCO: J’ai commencé en juin et en novembre il y a eu la tragédie de Nassiriya qui m’a mis d’une façon directe, crue et dramatique devant la réalité du terrorisme, lequel a frappé et continue à frapper de manière traître et vile, sans distinction, comme nous l’avons vu ces dernières années.

L’archevêque Bagnasco devant la cathédrale San Lorenzo, à Gênes
BAGNASCO: C’est vrai. Malheureusement j’ai dû, après Nassiriya, célébrer encore un bon nombre d’enterrements. Et je dois dire que, quoique dans la souffrance, dans la douleur des parents, des collègues et des amis, j’ai découvert une réalité, celle du monde des forces armées, qui est d’une humanité, d’une bonté et d’une générosité extrêmes et d’un grand esprit de sacrifice dans sa façon d’accomplir son devoir avec humilité et discrétion. C’est un monde qui a un grand sens religieux et une grande foi. Je dois vraiment le dire: nos soldats italiens, qui, à 97%, sont du Centre-sud du pays, ont un grand sens de la famille et un grand sens religieux. Ce dernier parfois, n’est peut-être pas pleinement pratiqué ni vécu, mais cela fait partie de la nature humaine.
Par chance, donc, vous n’avez pas dû célébrer seulement des enterrements.
BAGNASCO: Grâce à Dieu, non. Le cardinal Tettamanzi disait que personne ne célébrait autant de confirmations que moi, pas même lui qui, pourtant, est à la tête du plus grand archidiocèse d’Europe. Et je les ai célébrées en Italie mais aussi à l’étranger: à Nassiriya, à Kaboul, à Sarajevo, au Kosovo, en Albanie. Et cela a été une grande grâce. Parce que ces jeunes sentent, au contact de leur aumônier militaire et dans un contexte militaire qui est la caserne, la base ou le navire, refleurir en eux la foi et demandent à recevoir le sacrement de la confirmation. Ces célébrations deviennent un moment très important pour eux-mêmes et pour toute la communauté militaire. Elles deviennent une grande occasion d’évangélisation. En trois ans j’ai aussi célébré quarante-cinq baptêmes de jeunes adultes entre vingt et trente ans!
Le 29 août 2005 vous êtes nommé archevêque de Gênes. Cette nomination n’a peut-être pas été aussi inattendue que celle qui vous faisait ordinaire militaire.
BAGNASCO: Les journaux écrivent beaucoup de choses, mais il n’est pas dit qu’elles soient toutes vraies. Toujours est-il que j’ai reçu la lettre de la nonciature apostolique en Italie le 22 août, sept jours avant l’annonce officielle. Et, au-delà des bruits, journalistiques ou autres qui couraient sur ma personne, le fait de revenir dans ma ville de Gênes comme archevêque a été pour moi un fait totalement inattendu.
Avec vous, Gênes retrouve pour la première fois, depuis la démission du cardinal Siri, un archevêque génois.
BAGNASCO: Oui, c’est vrai.
C’est une des raisons pour lesquelles vous avez été accueilli de façon généralement positive. Les problèmes n’ont cependant pas manqués. Le 24 septembre, en effet, vous avez pris possession du diocèse. Et quelques semaines plus tard, vers le milieu d’octobre, vous avez dû affronter le problème de la mosquée…
BAGNASCO: L’idée de construire une mosquée dans le cœur du quartier populaire de Cornigliano était née du temps de mon prédécesseur, mais rien n’avait été fait. Puis les frères capucins du “Sorriso francescano” ont proposé à la communauté musulmane d’échanger leur terrain avec un autre, moins central. Cela semblait une solution acceptable par tous, mais est arrivée là-dessus la nouvelle que, derrière la communauté musulmane qui voulait construire la mosquée, il y avait l’UCOII, [Union des communautés et organisations islamiques en Italie], notoirement accusée d’avoir des tendances fondamentalistes et dures. Alors, on n’a plus rien fait.
Et puis, à la fin d’octobre, à l’occasion du Festival de la science, les mass media ont dit que vous refusiez d’y participer parce que l’orientation de ce Festival était trop laïciste et scientiste.
BAGNASCO: Je n’y suis pas allé parce que mon agenda ne me le permettait pas. Et mon absence a été interprétée comme un refus idéologique, polémique. Certainement j’ai souhaité que le Festival de la science, qui est un événement culturel très intéressant, puisse avoir une perspective plus ouverte, qu’il comprenne ce que peut apporter le dialogue avec la pensée religieuse, chrétienne, catholique. J’ai ensuite rencontré les organisateurs et je dois dire qu’ils étaient d’accord avec mes observations.
Puis, par surprise, à la mi-janvier de cette année, un représentant de la Curie est entré dans le Conseil d’administration de l’importante Caisse d’épargne de Gênes. Un fait plutôt inusuel…
BAGNASCO: La Fondation de la Carige devait renouveler le C.d.a. et toutes les composantes du Conseil d’orientation – qui est nommé par vingt administrations locales de Gênes et du Ponente ligure – m’ont demandé d’entrer dans le C.d.a. en tant que personne au-dessus des parties et en signe de gratitude à l’égard de l’Église de Gênes. J’ai bien pesé la proposition et vu que la demande venait de toutes les parties politiques et sociales, j’ai accepté. De toute façon, évidemment, je ne pouvais pas entrer moi-même dans le Conseil et j’ai alors désigné à ma place Mgr Giorgio Noli, vicaire épiscopal pour le service et le témoignage dans la charité.

Bagnasco au milieu des ouvriers de l’Ilva, à Gênes
BAGNASCO: Pas trop. La Fondation est un organisme qui, à travers des donations importantes, réalise des œuvres de bienfaisance dans le domaine culturel, social, et dans celui de l’assistance. Et dans ces domaines, l’Église a toujours eu et a toujours un rôle de premier plan.
Vous avez séjourné à Rome du 29 janvier au 3 février pour la visite ad limina de la Conférence épiscopale de Ligurie. Vous êtes-vous rendu compte qu’était en préparation votre nomination comme président de la CEI?
BAGNASCO: Pas du tout. Dans les journaux et ailleurs d’autres bruits couraient.
Et pourtant, le 19 février, dans les milieux journalistiques on considérait votre nomination comme décidée. Et le Secolo XIX du 21 février rapportait que vous aviez annulé le 13 février toutes les rencontres et les visites prévues pour les deux jours suivants en raison d’un voyage imprévu à Rome…
BAGNASCO: Bien sûr, durant ces jours, il s’est passé quelque chose. Et comme je l’ai déjà dit, quand le Pape appelle, on répond…
Le 7 mars, la Salle de presse du Vatican a finalement annoncé votre nomination comme président de la CEI pour le prochain quinquennat.
BAGNASCO: Et ainsi l’ébullition médiatique s’est finalement calmée.
En fait pas tant que cela. Votre nomination est arrivée dans un moment délicat du débat politique et culturel de notre pays: le projet de loi sur ce que l’on appelle les Dico [Pacs], l’hypothèse d’une Note “contraignante” pour les hommes politiques, le “Family Day”…
BAGNASCO: Comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, le besoin d’une loi comme celle sur les Dico ne se faisait pas sentir: les problèmes auxquels elle est censée répondre peuvent très bien se résoudre dans le cadre du droit privé. Et puis, la présenter comme une façon chrétienne de légiférer est un peu ridicule. Quant à la “Note” contraignante, on en discutera dans le prochain Conseil permanent de la CEI [l’interview a été réalisée avant le Conseil épiscopal permanent du 26-29 mars 2007]. En ce qui concerne le “Family Day”, si les laïcs catholiques décident de façon unitaire et d’un commun accord de le promouvoir et de l’organiser et s’ils prennent soin de le faire de manière respectueuse et de sorte que des propositions positives en sortent, ce ne seront certainement pas les évêques qui les en empêcheront. Ils ont tout notre accord et notre soutien.