INTERVIEW. Noureddine Hached, vice secrétaire de la Ligue des États arabes
«Nous sommes disposés à faire un pas définitif»
La Feuille de Route du président Bush, la stabilisation du Moyen-Orient, le semestre italien de présidence de l’UE, l’action du Vatican. Requêtes et propositions de la Ligue des États arabes
par Giovanni Cubeddu
Noureddine Hached incarne une génération de leaders arabes qui ont à gérer l’un des moments les plus délicats de l’histoire du Moyen-Orient et des relations entre le monde arabe et l’Occident.
Fils de Farhat Hached – l’un des “pères de la patrie”, le fondateur du mouvement syndical qui a travaillé en étroit contact avec le premier président de la Tunisie indépendante Habib Bourghiba – Noureddine a, dans sa carrière, été entrepreneur, gouverneur régional, ministre et plusieurs fois ambassadeur (y compris en Italie). Il a été appelé en 1996 à la Ligue des États arabes pour en être le secrétaire adjoint et il en est depuis 2001 le vice secrétaire général.
Nous l’avons rencontré.
Que pense la Ligue des États arabes de la proposition de reprise du processus de paix contenue dans la Feuille de Route?
NOUREDDINE HACHED: La Feuille de Route présentée par le quartette USA, UE, Fédération russe et Nations Unies, constitue un pas réellement positif vers la paix. Elle a été acceptée sans réserve par l’Autorité palestinienne, soutenue en cela par le monde arabe et par la Ligue des États arabes. Les problèmes viennent des Israéliens, des quatorze réserves qu’ils ont faites sur le texte et de leur volonté de ne pas renoncer à la politique d’exécutions ciblées qui est source de tant de “dommages collatéraux” pour la population. Ce n’est que parce que Bush est intervenu personnellement que l’on peut, au bout de tant de temps, croire à une issue positive du processus de paix. Issue positive en laquelle nous espérons, surtout après la déclaration finale du sommet de Beyrouth dans lequel, pour la première fois, il a été établi que si Israël reconnaît les droits territoriaux du peuple palestinien, du Liban et de la Syrie, tout le monde arabe est prêt, immédiatement, à établir avec lui des relations normales.
Que peut faire concrètement la Ligue des États arabes pour favoriser le processus de paix?
HACHED: La Ligue joue son rôle aux côtés du peuple palestinien, de l’Autorité palestinienne et de la Palestine, laquelle est membre de la Ligue des États arabes. Et cela dans toutes les négociations auxquelles participent les Palestiniens. La Feuille de Route elle-même reconnaît la légitimité d’une initiative arabe en faveur d’une paix que j’appellerais juste et durable, à travers le monde entier.
Colin Powell a récemment réaffirmé que le terrorisme ne peut arrêter les négociations. C’est aussi ce que disait Rabin. Par ailleurs, le monde arabe est-il prêt à signer un traité de paix avec Ariel Sharon?
HACHED: Oui. Nous avons déjà dit que si les droits des Palestiniens sont de nouveau reconnus sur les territoires occupés et si la question des réfugiés est résolue, nous signerons. Avec Sharon ou avec quelqu’un d’autre, il n’y a pas de problème… Nous sommes disposés à faire un pas définitif. Il est absurde que le Moyen-Orient vive au XXe siècle une situation digne du Moyen Âge. Cela suffit avec la politique de la terreur d’État, c’est aussi dans l’intérêt national d’Israël d’y mettre fin. Le président Bush et Colin Powell, deux autorités dans lesquelles nous croyons, l’ont bien fait comprendre aux Israéliens. Ce qui est arrivé dans le monde ces deux dernières années est la conséquence de la situation en Palestine, c’est désormais clair pour tout le monde.
Il y a un nouvel engagement de l’Union européenne dans le processus de paix. Quel rôle assignez-vous à celle-ci?
HACHED: La connaissance que l’Europe a du Moyen-Orient est sans égale dans le monde. Cela tient à des raisons géographiques et aussi à une histoire désormais millénaire. L’Europe sait quelles sont les voies qui peuvent mener à une paix stable. Cette paix, elle en a elle-même besoin pour le développement de son économie, lequel va de pair avec le développement économico-social de la Méditerranée, lui-même gage de la sécurité européenne. L’Union européenne a aussi une longue expérience des négociations bilatérales et multilatérales et a travaillé pendant dix ans dans ce domaine après la Conférence de Madrid de 1991. Un autre point positif, c’est que les États-Unis ont reconnu à l’Europe le rôle de partenaire dans le fameux “quartette”.
L’Europe est donc dans le processus de paix et a un rôle à jouer dans la Conférence internationale prévue par la Feuille de Route pour 2005. Cette Conférence doit fixer définitivement les équilibres de cette aire. Pour ce faire, sont prévues et espérées des négociations avec la Syrie et le Liban.
Malgré l’importance des États-Unis, on ne peut imaginer que l’Europe soit exclue d’un processus de paix qui est chargé de conséquences pour le monde entier et dont elle doit être dans l’avenir le garant. Ce que nous demandons évidemment aux Européens c’est qu’ils ne se dérobent pas à la tâche de faire pression sur Israël et surtout sur Sharon et qu’ils usent de tous les moyens à leur disposition pour les convaincre qu’il n’est pas possible de continuer ainsi, que l’on ne peut plus supporter une situation semblable. Il est temps qu’Israël se mette à table et accepte le processus de paix.
Selon la Ligue des États arabes, quelle est la situation à Bagdad? Quelles sont les perspectives pour l’Iran? Et que pensez-vous de l’attitude de Damas?
HACHED: En Irak, selon le Conseil de Sécurité des Nations Unies, il y a officiellement une occupation. La Ligue des États arabes, comme tout le monde arabe, se demande avec inquiétude comment la situation va être gérée, et ici, la responsabilité retombe bien sûr, au premier chef, sur les forces d’occupation anglo-américaines. Les occupants doivent garantir la naissance d’un gouvernement local autonome, préparer des élections démocratiques qui permettent aux Irakiens de décider par eux-mêmes de qui peut les gouverner et enfin quitter rapidement le pays: n’a-t-on pas dit que la guerre en Irak était une guerre de libération? Dans ce cas, maintenant, il faut laisser les Irakiens libres. La Ligue des États arabes a mis à leur disposition, quelles que soient leurs options politiques, son quartier général à Beyrouth, pour discuter de l’avenir du pays. L’Irak est l’un des pays fondateurs de la Ligue des États arabes depuis 1945, il en est membre actuellement et sa place est avec nous, dans le monde arabe. Nous avons confiance dans ce que les Irakiens décideront en toute autonomie.
Téhéran?
HACHED: L’Iran est un voisin du monde arabe, nous avons besoin réciproquement d’avoir de bonnes relations. Le secrétaire actuel de la Ligue, Amre Moussa, s’est rendu en juin à Téhéran pour des rencontres qui ont été fructueuses. Au sujet des armements nucléaires dont l’Iran est accusé de vouloir se doter – et de toute façon pour toutes les armes de destruction de masse – la position de la Ligue des États arabes est connue depuis dix ans: le Moyen-Orient n’en a pas besoin. Ceci vaut aussi pour Israël qui possède deux cents têtes atomiques. Il faudrait une conférence régionale globale qui fixe tout cela précisément.
Quant aux protestations des étudiants en Iran, c’est un problème intérieur.
La Syrie?
HACHED: Sa position est claire: elle reconnaît que la Feuille de Route est bien acceptée par les Palestiniens et elle respecte leur jugement. Elle estime légitime que les groupes palestiniens aient des bureaux à Damas et elle gère les cas délicats à travers des contacts directs et permanents avec les États-Unis. La Syrie a une attitude sérieuse et responsable, comme toujours. Comme lorsqu’elle demande à reprendre à Israël le Golan.
Le semestre italien de présidence de l’Union européenne peut-il ajouter de nouveaux espoirs à la reprise souhaitée du processus de paix? À quelles conditions?
HACHED: J’ai été ambassadeur à Rome de 1993 à 1996, je suis considéré comme un grand ami de l’Italie et j’en suis très honoré. Nous avons attendu avec impatience que ce soit au tour de l’Italie de présider l’Union, parce que chaque présidence italienne a eu des effets positifs sur la politique méditerranéenne. Politique dont toute l’Europe profite, que réclament aussi les pays du nord de l’Europe et dont ils sont ensuite reconnaissants. Nous attendons donc de la présidence italienne un nouveau pas en avant, car nous sommes dans une situation dangereuse qui interdit toute erreur d’analyse et toute naïveté de comportement. Il faut proposer des solutions réalisables qui donnent des résultats appréciables. Nous souhaitons que l’Italie soit à la hauteur des attentes et de la responsabilité historique dont elle a toujours fait preuve depuis 1957, date de la fondation de l’Europe sur la terre de Rome, et nous pensons qu’elle le sera. Il existe encore parmi les hommes politiques italiens des représentants d’une ligne solide qui a toujours été celle de l’Italie. Nous voudrions que ce pays puisse continuer à suivre ce qui est sa route habituelle et retrouver ainsi l’amitié traditionnelle avec le monde arabe.
Finalement, croyez-vous que les religions et le Saint-Siège puissent jouer un rôle dans cette reprise du processus de paix, après le 11 septembre?
HACHED: On sait que, dans ce domaine, Saddam, après le 11 septembre, a tendu à radicaliser la confrontation, à amplifier le choc de civilisation, alors que la Ligue des États arabes a au contraire désigné un commissaire pour le dialogue entre les cultures. Nous croyons que le choc de civilisation n’est pas un phénomène sans importance, qu’y sont engagées des responsabilités, qu’il est dû à l’existence de positions extrêmes à l’intérieur des trois religions monothéistes, qui sont le fondamentalisme juif, le fondamentalisme musulman et le fondamentalisme chrétien. Tous trois peuvent donner lieu directement ou indirectement à des situations “explosives”, que le monde ne peut tolérer. Notre devoir est de ne pas nous cacher la réalité, de ne pas passer cela sous silence en pensant qu’il s’agit au fond de quelque chose de normal. Non! Il existe un devoir de vigilance. Il faut que nous tous qui cultivons les valeurs de la paix et de la tolérance – valeurs qui existent dans les trois religions – nous puissions nous rencontrer et dialoguer. Le monde musulman n’oubliera jamais l’attitude adoptée par Jean Paul II à l’occasion de la guerre en Irak, une position lucide, de valeur historique, destinée à éclaircir ce qu’est l’attitude des catholiques à l’égard du monde musulman. Cela a représenté un moment fondamental. C’est là-dessus qu’il faut construire. La Ligue des États arabes est disposée à jouer son rôle dans ce cadre-là.
Fils de Farhat Hached – l’un des “pères de la patrie”, le fondateur du mouvement syndical qui a travaillé en étroit contact avec le premier président de la Tunisie indépendante Habib Bourghiba – Noureddine a, dans sa carrière, été entrepreneur, gouverneur régional, ministre et plusieurs fois ambassadeur (y compris en Italie). Il a été appelé en 1996 à la Ligue des États arabes pour en être le secrétaire adjoint et il en est depuis 2001 le vice secrétaire général.
Nous l’avons rencontré.
Que pense la Ligue des États arabes de la proposition de reprise du processus de paix contenue dans la Feuille de Route?
NOUREDDINE HACHED: La Feuille de Route présentée par le quartette USA, UE, Fédération russe et Nations Unies, constitue un pas réellement positif vers la paix. Elle a été acceptée sans réserve par l’Autorité palestinienne, soutenue en cela par le monde arabe et par la Ligue des États arabes. Les problèmes viennent des Israéliens, des quatorze réserves qu’ils ont faites sur le texte et de leur volonté de ne pas renoncer à la politique d’exécutions ciblées qui est source de tant de “dommages collatéraux” pour la population. Ce n’est que parce que Bush est intervenu personnellement que l’on peut, au bout de tant de temps, croire à une issue positive du processus de paix. Issue positive en laquelle nous espérons, surtout après la déclaration finale du sommet de Beyrouth dans lequel, pour la première fois, il a été établi que si Israël reconnaît les droits territoriaux du peuple palestinien, du Liban et de la Syrie, tout le monde arabe est prêt, immédiatement, à établir avec lui des relations normales.
Que peut faire concrètement la Ligue des États arabes pour favoriser le processus de paix?
HACHED: La Ligue joue son rôle aux côtés du peuple palestinien, de l’Autorité palestinienne et de la Palestine, laquelle est membre de la Ligue des États arabes. Et cela dans toutes les négociations auxquelles participent les Palestiniens. La Feuille de Route elle-même reconnaît la légitimité d’une initiative arabe en faveur d’une paix que j’appellerais juste et durable, à travers le monde entier.
Colin Powell a récemment réaffirmé que le terrorisme ne peut arrêter les négociations. C’est aussi ce que disait Rabin. Par ailleurs, le monde arabe est-il prêt à signer un traité de paix avec Ariel Sharon?
HACHED: Oui. Nous avons déjà dit que si les droits des Palestiniens sont de nouveau reconnus sur les territoires occupés et si la question des réfugiés est résolue, nous signerons. Avec Sharon ou avec quelqu’un d’autre, il n’y a pas de problème… Nous sommes disposés à faire un pas définitif. Il est absurde que le Moyen-Orient vive au XXe siècle une situation digne du Moyen Âge. Cela suffit avec la politique de la terreur d’État, c’est aussi dans l’intérêt national d’Israël d’y mettre fin. Le président Bush et Colin Powell, deux autorités dans lesquelles nous croyons, l’ont bien fait comprendre aux Israéliens. Ce qui est arrivé dans le monde ces deux dernières années est la conséquence de la situation en Palestine, c’est désormais clair pour tout le monde.
Il y a un nouvel engagement de l’Union européenne dans le processus de paix. Quel rôle assignez-vous à celle-ci?
HACHED: La connaissance que l’Europe a du Moyen-Orient est sans égale dans le monde. Cela tient à des raisons géographiques et aussi à une histoire désormais millénaire. L’Europe sait quelles sont les voies qui peuvent mener à une paix stable. Cette paix, elle en a elle-même besoin pour le développement de son économie, lequel va de pair avec le développement économico-social de la Méditerranée, lui-même gage de la sécurité européenne. L’Union européenne a aussi une longue expérience des négociations bilatérales et multilatérales et a travaillé pendant dix ans dans ce domaine après la Conférence de Madrid de 1991. Un autre point positif, c’est que les États-Unis ont reconnu à l’Europe le rôle de partenaire dans le fameux “quartette”.
L’Europe est donc dans le processus de paix et a un rôle à jouer dans la Conférence internationale prévue par la Feuille de Route pour 2005. Cette Conférence doit fixer définitivement les équilibres de cette aire. Pour ce faire, sont prévues et espérées des négociations avec la Syrie et le Liban.
Malgré l’importance des États-Unis, on ne peut imaginer que l’Europe soit exclue d’un processus de paix qui est chargé de conséquences pour le monde entier et dont elle doit être dans l’avenir le garant. Ce que nous demandons évidemment aux Européens c’est qu’ils ne se dérobent pas à la tâche de faire pression sur Israël et surtout sur Sharon et qu’ils usent de tous les moyens à leur disposition pour les convaincre qu’il n’est pas possible de continuer ainsi, que l’on ne peut plus supporter une situation semblable. Il est temps qu’Israël se mette à table et accepte le processus de paix.
Selon la Ligue des États arabes, quelle est la situation à Bagdad? Quelles sont les perspectives pour l’Iran? Et que pensez-vous de l’attitude de Damas?
HACHED: En Irak, selon le Conseil de Sécurité des Nations Unies, il y a officiellement une occupation. La Ligue des États arabes, comme tout le monde arabe, se demande avec inquiétude comment la situation va être gérée, et ici, la responsabilité retombe bien sûr, au premier chef, sur les forces d’occupation anglo-américaines. Les occupants doivent garantir la naissance d’un gouvernement local autonome, préparer des élections démocratiques qui permettent aux Irakiens de décider par eux-mêmes de qui peut les gouverner et enfin quitter rapidement le pays: n’a-t-on pas dit que la guerre en Irak était une guerre de libération? Dans ce cas, maintenant, il faut laisser les Irakiens libres. La Ligue des États arabes a mis à leur disposition, quelles que soient leurs options politiques, son quartier général à Beyrouth, pour discuter de l’avenir du pays. L’Irak est l’un des pays fondateurs de la Ligue des États arabes depuis 1945, il en est membre actuellement et sa place est avec nous, dans le monde arabe. Nous avons confiance dans ce que les Irakiens décideront en toute autonomie.
Téhéran?
HACHED: L’Iran est un voisin du monde arabe, nous avons besoin réciproquement d’avoir de bonnes relations. Le secrétaire actuel de la Ligue, Amre Moussa, s’est rendu en juin à Téhéran pour des rencontres qui ont été fructueuses. Au sujet des armements nucléaires dont l’Iran est accusé de vouloir se doter – et de toute façon pour toutes les armes de destruction de masse – la position de la Ligue des États arabes est connue depuis dix ans: le Moyen-Orient n’en a pas besoin. Ceci vaut aussi pour Israël qui possède deux cents têtes atomiques. Il faudrait une conférence régionale globale qui fixe tout cela précisément.
Quant aux protestations des étudiants en Iran, c’est un problème intérieur.
La Syrie?
HACHED: Sa position est claire: elle reconnaît que la Feuille de Route est bien acceptée par les Palestiniens et elle respecte leur jugement. Elle estime légitime que les groupes palestiniens aient des bureaux à Damas et elle gère les cas délicats à travers des contacts directs et permanents avec les États-Unis. La Syrie a une attitude sérieuse et responsable, comme toujours. Comme lorsqu’elle demande à reprendre à Israël le Golan.
Le semestre italien de présidence de l’Union européenne peut-il ajouter de nouveaux espoirs à la reprise souhaitée du processus de paix? À quelles conditions?
HACHED: J’ai été ambassadeur à Rome de 1993 à 1996, je suis considéré comme un grand ami de l’Italie et j’en suis très honoré. Nous avons attendu avec impatience que ce soit au tour de l’Italie de présider l’Union, parce que chaque présidence italienne a eu des effets positifs sur la politique méditerranéenne. Politique dont toute l’Europe profite, que réclament aussi les pays du nord de l’Europe et dont ils sont ensuite reconnaissants. Nous attendons donc de la présidence italienne un nouveau pas en avant, car nous sommes dans une situation dangereuse qui interdit toute erreur d’analyse et toute naïveté de comportement. Il faut proposer des solutions réalisables qui donnent des résultats appréciables. Nous souhaitons que l’Italie soit à la hauteur des attentes et de la responsabilité historique dont elle a toujours fait preuve depuis 1957, date de la fondation de l’Europe sur la terre de Rome, et nous pensons qu’elle le sera. Il existe encore parmi les hommes politiques italiens des représentants d’une ligne solide qui a toujours été celle de l’Italie. Nous voudrions que ce pays puisse continuer à suivre ce qui est sa route habituelle et retrouver ainsi l’amitié traditionnelle avec le monde arabe.
Finalement, croyez-vous que les religions et le Saint-Siège puissent jouer un rôle dans cette reprise du processus de paix, après le 11 septembre?
HACHED: On sait que, dans ce domaine, Saddam, après le 11 septembre, a tendu à radicaliser la confrontation, à amplifier le choc de civilisation, alors que la Ligue des États arabes a au contraire désigné un commissaire pour le dialogue entre les cultures. Nous croyons que le choc de civilisation n’est pas un phénomène sans importance, qu’y sont engagées des responsabilités, qu’il est dû à l’existence de positions extrêmes à l’intérieur des trois religions monothéistes, qui sont le fondamentalisme juif, le fondamentalisme musulman et le fondamentalisme chrétien. Tous trois peuvent donner lieu directement ou indirectement à des situations “explosives”, que le monde ne peut tolérer. Notre devoir est de ne pas nous cacher la réalité, de ne pas passer cela sous silence en pensant qu’il s’agit au fond de quelque chose de normal. Non! Il existe un devoir de vigilance. Il faut que nous tous qui cultivons les valeurs de la paix et de la tolérance – valeurs qui existent dans les trois religions – nous puissions nous rencontrer et dialoguer. Le monde musulman n’oubliera jamais l’attitude adoptée par Jean Paul II à l’occasion de la guerre en Irak, une position lucide, de valeur historique, destinée à éclaircir ce qu’est l’attitude des catholiques à l’égard du monde musulman. Cela a représenté un moment fondamental. C’est là-dessus qu’il faut construire. La Ligue des États arabes est disposée à jouer son rôle dans ce cadre-là.