Le plus beau des jeux? La bienveillance!
Les attentes de la République Populaire Chinoise après les Jeux Olympiques. Interview de Sun Yuxi, ambassadeur en Italie
Interview de Sun Yuxi par Giovanni Cubeddu
En chinois mandarin, la
langue que les Chinois définissent putonghua, la langue commune, il a fallu pas moins de trois
idéogrammes (monde, entier, transformation) pour pouvoir exprimer un
concept nouveau comme “globalisation”, sans compter la lecture
tonale, qui est différente pour chacun… Telle est la Chine
d’aujourd’hui, un grand pays gardien de ses propres traditions,
dont la civilisation remonte à cinq mille ans, où vit le
cinquième de la population mondiale et qui est fier d’avoir
pris le chemin qui le place à la tête de
l’économie mondiale, même avec toutes ses
contradictions. Laissons pour le moment celles-ci aux innombrables
études des analystes. Même en ces temps de mutations, le
Maître Kong (K’ung-fu-tzu, connu des occidentaux grâce
aux missionnaires jésuites sous le nom de Confucius), ne nous fait
pas manquer sa sagesse, en suggérant dans ses Entretiens (chapitre
consacré à la “bienveillance du voisin”) un
esprit de modération et de bien commun comme remède aux
orgueils qui s’opposent: «Personne n’est meilleur que
celui qui se consacre à exercer la bienveillance».
Sun Yuxi, nouvel ambassadeur de la République Populaire Chinoise en Italie, nous décrit le monde tel qu’il est vu de Pékin.

Au-delà des médailles, que retire
Pékin de ces Jeux?
SUN YUXI: Tout d’abord, nous considérons déjà le simple fait d’avoir eu le droit d’organiser ces Jeux comme un bien, et nous avons beaucoup travaillé pour offrir à tout le monde un superbe événement sportif. Les Jeux sont l’instrument pour exprimer à la communauté internationale tout entière le désir chinois d’une coexistence pacifique et d’échanges amicaux plus vivaces. Les Jeux, croyons-nous, contribuent à rétablir dans le monde la paix et l’harmonie, et nous tenons à ce que nos amis, qui proviennent de tous les coins du monde, repartent chaque fois avec un bon souvenir qui renforcera leur amitié envers nous. Enfin, vous savez que mon pays vit une croissance rapide et que la mission de mon gouvernement est de poursuivre dans cette voie, en améliorant le niveau de vie de notre peuple. En somme, les Jeux Olympiques renforcent notre politique de développement et d’amitié.
Quand les choses vont bien, les Chinois parlent d’harmonie. Et pourtant, certains jugent que la Chine est un antagoniste dangereux. Comment concilier harmonie et globalisation?
SUN: Dans le monde, il existe aussi des choses dépourvues d’harmonie, en politique comme en économie. Je me réfère dans le premier cas aux conflits régionaux et aux difficiles relations entre pays; dans le second cas, à la globalisation, lorsqu’elle créée des problèmes de type inflationniste: augmentation du coût de la vie, pollution… L’objectif de la Chine est d’atteindre l’harmonie. Notre but principal est d’un côté, d’améliorer le niveau de vie de notre peuple et de l’autre, de vivre en amitié et en paix avec le reste du monde. La paix, le développement et la collaboration: telles sont nos lignes directrices, et nous les poursuivons sur le plan politique en recourant à la négociation, et non à la force. Enfin, nous nous employons actuellement, à travers un énorme investissement de ressources humaines et économiques, en faveur d’une politique d’épargne énergétique: les énergies alternatives, la protection de l’environnement… Je voudrais citer en exemple les aides fournies par le gouvernement italien et les accords signés pendant la dernière visite à Rome de notre ministre des Affaires étrangères pour la construction en Chine d’une cité écologique “modèle” qui s’appellera Caofeidian. Je remercie votre pays.
Après la chute de l’URSS, l’Occident a salué la fin du communisme. Aujourd’hui, la Chine gouvernée par le Parti communiste occupe une position de leader des marchés mondiaux, et elle la gardera probablement à l’avenir.
SUN: La République Populaire Chinoise, dans cette phase préliminaire du socialisme, se trouve sous la direction du Parti communiste chinois, et nous souhaitons que le pays poursuive son développement selon ses propres caractéristiques et ses propres réalités. Notre gouvernement consacre son attention à la fois à la réforme de la démocratie socialiste et à celle de l’économie. Pour nous, démocratie signifie que le maître du pays est le peuple, auquel appartiennent toutes les décisions, conformément à son propre intérêt. Ceci se passe à tous les niveaux: dans les provinces comme au centre, les assemblées populaires qui ont lieu chaque année sont fondamentales parce qu’elles fournissent les contenus de ce que le peuple pense et veut. En outre, il n’existe pas seulement le Parti communiste chinois en Chine, il y a aussi neuf autres formations politiques qui jouent un rôle de collaboration avec le Parti communiste et qui sont représentées dans les différentes assemblées. L’Assemblée nationale du Peuple exerce également une fonction de contrôle sur le gouvernement, de même que le PCC, au sein duquel opère un Comité de surveillance. Mais le gouvernement aussi comprend un Ministère de Surveillance, dont dépendent également les instituts de recherche et les médias. La Chine n’est pas un régime où tout se trouve dans les mains d’un petit nombre. Le peuple est écouté attentivement: les dirigeants du PCC sont élus par 70 millions d’adhérents au Parti, la nomination des ministres est approuvée par l’Assemblée nationale du peuple, les dirigeants du village passent par une élection directe locale… Ce système politique est unique en son genre mais il correspond à nos caractéristiques et nous le maintiendrons, tout en en favorisant la modernisation. Le secret de la Chine, dans ce monde globalisé, c’est que notre gouvernement réussit à produire du développement parce qu’il sait diriger ces mécanismes…
Comment la Chine d’aujourd’hui fait-elle pour maintenir ses propres traditions tout en adhérant à la modernité?
SUN: Le système démocratique chinois est la garantie du développement. Son point de départ est justement la défense des intérêts fondamentaux du peuple, et ceux-ci, de notre point de vue, doivent coïncider et non pas entrer en conflit avec les principaux intérêts d’autrui: c’est la raison pour laquelle nous offrons au monde notre totale collaboration. Nous agissons à partir d’un programme détaillé. La Chine vient d’une situation de sous-développement et de pauvreté, et dans une e;sentera-t-il pas aussi une contribution à la lutte contre la pauvreté dans le monde entier?
La croissance de la Chine est indiquée depuis longtemps comme cause première de la pénurie des ressources, en particulier dans le domaine énergétique. En revanche, pour le pétrole, c’est surtout la spéculation qui est mise en cause dernièrement.
SUN: Le développement rapide de notre pays exige une plus grande exploitation de ressources, c’est un fait. Je vous rappelle cependant que 70% de l’énergie en Chine provient du charbon et que la plus grande partie du charbon consommé en Chine est extraite dans notre pays. Nous produisons aussi du pétrole, et il y a des années qu’une moitié seulement du pétrole brut que nous consommons vient de l’étranger. Je suis d’accord avec ceux qui pensent qu’on a tort de mettre en relation crise du pétrole et consommation chinoise, au lieu de prendre en considération les difficultés du Moyen-Orient et la spéculation internationale. La Chine cherche à augmenter sa propre production, à mettre en œuvre une épargne énergétique et à développer des énergies alternatives, ne serait-ce que parce que l’augmentation du prix du pétrole nous inquiète, et que nous essayons de le stabiliser.
Le 7 mai dernier a eu lieu, dans la Salle Paul VI, à la Cité du Vatican, un concert de l’Orchestre philharmonique de Shanghai, devant le pape Benoît XVI. Un geste symbolique et très apprécié. L’ambassade que vous dirigez a été en première ligne pour organiser cet événement.
SUN: L’Orchestre philharmonique de Shanghai s’était déjà produit dans d’autres capitales européennes. Mais lorsque le Saint-Siège a manifesté son intérêt et l’a invité au Vatican, ce comportement a été jugé bienvenu et il a mérité une réponse affirmative. Nous apprécions beaucoup que Benoît XVI ait été présent au concert et nous sommes particulièrement heureux que le Pape ait prononcé un bref discours à cette occasion, en bénissant le déroulement et le succès des Jeux Olympiques. J’étais présent, moi aussi, et je suis le premier ambassadeur chinois en Italie qui entretienne des relations directes avec le Pape… Il y avait, parmi les six mille personnes présentes au concert, des hautes personnalités italiennes et vaticanes, et la réaction commune a vraiment été positive. Beaucoup de gens pensent qu’il s’est agi d’une bonne initiative, qui donnera une impulsion à la normalisation des relations sino-vaticanes. Ou mieux: grâce à ce geste d’échange culturel au niveau populaire, cette impulsion à la normalisation entre Chine e Saint-Siège a déjà eu lieu. Je le répète, nous en sommes très heureux.
Vous êtes justement le premier ambassadeur chinois à Rome qui ait ces contacts avec le Saint-Siège et avec le Saint Père. Puis-je vous demander à ce sujet un commentaire, même personnel?
SUN: Eh bien, voyez-vous, j’en suis très content.

Qu’y a-t-il de nouveau en ce qui concerne les
échanges culturels entre la République Populaire Chinoise et
l’Italie?
SUN: Cette question est importante. La Chine et l’Italie représentent deux grandes cultures. De mon point de vue, il existe dans le monde quatre grandes civilisations: la civilisation chinoise, qui s’est développée entre le Fleuve jaune et le Fleuve bleu; celle de l’Inde, la civilisation européenne, et enfin la civilisation africaine. Je considère l’Italie come le berceau de la civilisation occidentale; c’est la raison pour laquelle les échanges culturels entre la civilisation chinoise et la civilisation italienne – auxquels la Chine tient beaucoup – peuvent donner une contribution à la paix et à la collaboration, non seulement pour nos deux pays mais aussi sur un plan global. Les échanges culturels sino-italiens nourrissent notre connaissance réciproque et l’amitié entre civilisations occidentale et orientale. Aussitôt après l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, un protocole pour les échanges culturels a été signé, avec des programmes qui sont mis à jour tous les trois ans. De fructueux rapports ont été inaugurés entre régions italiennes et provinces chinoises et les initiatives venant du bas, qui impliquent les peuples, sont devenues très fréquentes dans ces dernières années. L’année 2006 a été pour nous “L’année de l’Italie en Chine” et cette année, à Rome, nous avons organisé ensemble le festival “La Cina è vicina” [La Chine est proche ndr]. Nous continuerons à promouvoir ce genre d’initiative à l’avenir, mes efforts vont dans cette direction.
Je voudrais aussi souligner que l’augmentation du nombre des étudiants chinois en Italie, et vice versa, est une manière très efficace de promouvoir les échanges culturels. Aujourd’hui, cinq mille jeunes Chinois font des études dans votre pays, et j’espère que ce nombre doublera chaque année. En outre, nous avons constitué en Italie deux “Instituts Confucius” et de nombreuses universités nous demandent d’en créer d’autres, car elles savent que notre ambassade est prête à les aider. Enfin, les cours de langue chinoise sont beaucoup plus fréquentés qu’avant.
Me permettez-vous quelque compliment envers la mission diplomatique italienne à Pékin?
Bien sûr.
SUN: Les relations entre Chine et Italie sont peut-être en train de vivre leur moment le meilleur. Nous travaillons de manière profitable avec l’ambassadeur Sessa, en particulier pour faciliter les procédures d’obtention de visas. De mon côté, j’apprécie hautement que la délivrance des visas aux Chinois, que ce soit pour des raisons touristiques, commerciales ou d’études, advienne désormais dans des délais raisonnables.
En Italie, on discute de fédéralisme… En Chine, il existe officiellement cinquante-six ethnies. Comment Pékin réussit-elle aujourd’hui à en garantir la coexistence?
SUN: Parce qu’elles sont membres au même titre de la grande famille chinoise, garanties par la Constitution et par les lois, et que chaque ethnie a contribué à construire la Chine moderne, en sachant en même temps conserver ses propres traditions et sa propre culture. Le gouvernement chinois a toujours considéré la protection de chaque ethnie comme un engagement fondamental pour sauvegarder l’unité et le développement de la Chine. Dans le gouvernement et dans l’Assemblée nationale du peuple, les ethnies ont une représentation en pourcentage, et là où ces minorités demeurent, il leur est garanti un statut de région autonome: il en existe déjà cinq et le président de la région autonome est l’expression de l’ethnie locale. Ensuite, si la minorité souffre d’une situation de sous-développement, le gouvernement central intervient avec ses propres fonds pour en favoriser la reprise. Et ce n’est pas tout: nous avons construit des écoles, des universités et des instituts de recherche pour défendre les cultures des différentes ethnies; et en classe, on enseigne en même temps le chinois mandarin et l’idiome local. Telle est la politique traditionnelle et sans faille du gouvernement chinois, soutenue par toutes les ethnies.
Pendant combien de temps la Chine, qui court si vite, restera-t-elle un pays confucéen?
SUN: Confucius a imprégné notre propre manière de penser, à nous les Chinois, pendant plus de deux mille ans. Le concept même d’harmonie, comme coordination entre les différentes couches et facteurs sociaux de la production, dont nous avons déjà parlé, vient de lui. Et l’harmonie, explique Confucius, est comme un trésor. Confucius lui-même conseillait d’éviter tout excès et de maintenir avec tout le monde des rapports équilibrés. Les plus hauts dirigeants chinois, de Mao Zedong à Deng Xiaoping, jusqu’à la dernière génération de Hu Jintao, ont tous été influencés par Confucius et ils en ont utilisé la parole et la pensée. Il est le premier maître qui ait ouvert sa propre école en Chine. Eh bien, je me contente de faire remarquer que pour comprendre la manière de penser des Chinois, il faut lire les textes de deux personnalités: Confucius et Mao Zedong. En effet, ce dernier témoigne non seulement des idées du marxisme, mais aussi de celles du confucianisme. Et toutes deux sont bien vivantes.
Sun Yuxi, nouvel ambassadeur de la République Populaire Chinoise en Italie, nous décrit le monde tel qu’il est vu de Pékin.

L’ambassadeur Sun Yuxi
SUN YUXI: Tout d’abord, nous considérons déjà le simple fait d’avoir eu le droit d’organiser ces Jeux comme un bien, et nous avons beaucoup travaillé pour offrir à tout le monde un superbe événement sportif. Les Jeux sont l’instrument pour exprimer à la communauté internationale tout entière le désir chinois d’une coexistence pacifique et d’échanges amicaux plus vivaces. Les Jeux, croyons-nous, contribuent à rétablir dans le monde la paix et l’harmonie, et nous tenons à ce que nos amis, qui proviennent de tous les coins du monde, repartent chaque fois avec un bon souvenir qui renforcera leur amitié envers nous. Enfin, vous savez que mon pays vit une croissance rapide et que la mission de mon gouvernement est de poursuivre dans cette voie, en améliorant le niveau de vie de notre peuple. En somme, les Jeux Olympiques renforcent notre politique de développement et d’amitié.
Quand les choses vont bien, les Chinois parlent d’harmonie. Et pourtant, certains jugent que la Chine est un antagoniste dangereux. Comment concilier harmonie et globalisation?
SUN: Dans le monde, il existe aussi des choses dépourvues d’harmonie, en politique comme en économie. Je me réfère dans le premier cas aux conflits régionaux et aux difficiles relations entre pays; dans le second cas, à la globalisation, lorsqu’elle créée des problèmes de type inflationniste: augmentation du coût de la vie, pollution… L’objectif de la Chine est d’atteindre l’harmonie. Notre but principal est d’un côté, d’améliorer le niveau de vie de notre peuple et de l’autre, de vivre en amitié et en paix avec le reste du monde. La paix, le développement et la collaboration: telles sont nos lignes directrices, et nous les poursuivons sur le plan politique en recourant à la négociation, et non à la force. Enfin, nous nous employons actuellement, à travers un énorme investissement de ressources humaines et économiques, en faveur d’une politique d’épargne énergétique: les énergies alternatives, la protection de l’environnement… Je voudrais citer en exemple les aides fournies par le gouvernement italien et les accords signés pendant la dernière visite à Rome de notre ministre des Affaires étrangères pour la construction en Chine d’une cité écologique “modèle” qui s’appellera Caofeidian. Je remercie votre pays.
Après la chute de l’URSS, l’Occident a salué la fin du communisme. Aujourd’hui, la Chine gouvernée par le Parti communiste occupe une position de leader des marchés mondiaux, et elle la gardera probablement à l’avenir.
SUN: La République Populaire Chinoise, dans cette phase préliminaire du socialisme, se trouve sous la direction du Parti communiste chinois, et nous souhaitons que le pays poursuive son développement selon ses propres caractéristiques et ses propres réalités. Notre gouvernement consacre son attention à la fois à la réforme de la démocratie socialiste et à celle de l’économie. Pour nous, démocratie signifie que le maître du pays est le peuple, auquel appartiennent toutes les décisions, conformément à son propre intérêt. Ceci se passe à tous les niveaux: dans les provinces comme au centre, les assemblées populaires qui ont lieu chaque année sont fondamentales parce qu’elles fournissent les contenus de ce que le peuple pense et veut. En outre, il n’existe pas seulement le Parti communiste chinois en Chine, il y a aussi neuf autres formations politiques qui jouent un rôle de collaboration avec le Parti communiste et qui sont représentées dans les différentes assemblées. L’Assemblée nationale du Peuple exerce également une fonction de contrôle sur le gouvernement, de même que le PCC, au sein duquel opère un Comité de surveillance. Mais le gouvernement aussi comprend un Ministère de Surveillance, dont dépendent également les instituts de recherche et les médias. La Chine n’est pas un régime où tout se trouve dans les mains d’un petit nombre. Le peuple est écouté attentivement: les dirigeants du PCC sont élus par 70 millions d’adhérents au Parti, la nomination des ministres est approuvée par l’Assemblée nationale du peuple, les dirigeants du village passent par une élection directe locale… Ce système politique est unique en son genre mais il correspond à nos caractéristiques et nous le maintiendrons, tout en en favorisant la modernisation. Le secret de la Chine, dans ce monde globalisé, c’est que notre gouvernement réussit à produire du développement parce qu’il sait diriger ces mécanismes…
Comment la Chine d’aujourd’hui fait-elle pour maintenir ses propres traditions tout en adhérant à la modernité?
SUN: Le système démocratique chinois est la garantie du développement. Son point de départ est justement la défense des intérêts fondamentaux du peuple, et ceux-ci, de notre point de vue, doivent coïncider et non pas entrer en conflit avec les principaux intérêts d’autrui: c’est la raison pour laquelle nous offrons au monde notre totale collaboration. Nous agissons à partir d’un programme détaillé. La Chine vient d’une situation de sous-développement et de pauvreté, et dans une e;sentera-t-il pas aussi une contribution à la lutte contre la pauvreté dans le monde entier?
La croissance de la Chine est indiquée depuis longtemps comme cause première de la pénurie des ressources, en particulier dans le domaine énergétique. En revanche, pour le pétrole, c’est surtout la spéculation qui est mise en cause dernièrement.
SUN: Le développement rapide de notre pays exige une plus grande exploitation de ressources, c’est un fait. Je vous rappelle cependant que 70% de l’énergie en Chine provient du charbon et que la plus grande partie du charbon consommé en Chine est extraite dans notre pays. Nous produisons aussi du pétrole, et il y a des années qu’une moitié seulement du pétrole brut que nous consommons vient de l’étranger. Je suis d’accord avec ceux qui pensent qu’on a tort de mettre en relation crise du pétrole et consommation chinoise, au lieu de prendre en considération les difficultés du Moyen-Orient et la spéculation internationale. La Chine cherche à augmenter sa propre production, à mettre en œuvre une épargne énergétique et à développer des énergies alternatives, ne serait-ce que parce que l’augmentation du prix du pétrole nous inquiète, et que nous essayons de le stabiliser.
Le 7 mai dernier a eu lieu, dans la Salle Paul VI, à la Cité du Vatican, un concert de l’Orchestre philharmonique de Shanghai, devant le pape Benoît XVI. Un geste symbolique et très apprécié. L’ambassade que vous dirigez a été en première ligne pour organiser cet événement.
SUN: L’Orchestre philharmonique de Shanghai s’était déjà produit dans d’autres capitales européennes. Mais lorsque le Saint-Siège a manifesté son intérêt et l’a invité au Vatican, ce comportement a été jugé bienvenu et il a mérité une réponse affirmative. Nous apprécions beaucoup que Benoît XVI ait été présent au concert et nous sommes particulièrement heureux que le Pape ait prononcé un bref discours à cette occasion, en bénissant le déroulement et le succès des Jeux Olympiques. J’étais présent, moi aussi, et je suis le premier ambassadeur chinois en Italie qui entretienne des relations directes avec le Pape… Il y avait, parmi les six mille personnes présentes au concert, des hautes personnalités italiennes et vaticanes, et la réaction commune a vraiment été positive. Beaucoup de gens pensent qu’il s’est agi d’une bonne initiative, qui donnera une impulsion à la normalisation des relations sino-vaticanes. Ou mieux: grâce à ce geste d’échange culturel au niveau populaire, cette impulsion à la normalisation entre Chine e Saint-Siège a déjà eu lieu. Je le répète, nous en sommes très heureux.
Vous êtes justement le premier ambassadeur chinois à Rome qui ait ces contacts avec le Saint-Siège et avec le Saint Père. Puis-je vous demander à ce sujet un commentaire, même personnel?
SUN: Eh bien, voyez-vous, j’en suis très content.

Benoît XVI salue l’orcheste philharmoniqe chinois et le chœur de l’opéra de Shanghai à la fin du concert dans la Salle Paul VI, le soir du 7 mai 2008
SUN: Cette question est importante. La Chine et l’Italie représentent deux grandes cultures. De mon point de vue, il existe dans le monde quatre grandes civilisations: la civilisation chinoise, qui s’est développée entre le Fleuve jaune et le Fleuve bleu; celle de l’Inde, la civilisation européenne, et enfin la civilisation africaine. Je considère l’Italie come le berceau de la civilisation occidentale; c’est la raison pour laquelle les échanges culturels entre la civilisation chinoise et la civilisation italienne – auxquels la Chine tient beaucoup – peuvent donner une contribution à la paix et à la collaboration, non seulement pour nos deux pays mais aussi sur un plan global. Les échanges culturels sino-italiens nourrissent notre connaissance réciproque et l’amitié entre civilisations occidentale et orientale. Aussitôt après l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, un protocole pour les échanges culturels a été signé, avec des programmes qui sont mis à jour tous les trois ans. De fructueux rapports ont été inaugurés entre régions italiennes et provinces chinoises et les initiatives venant du bas, qui impliquent les peuples, sont devenues très fréquentes dans ces dernières années. L’année 2006 a été pour nous “L’année de l’Italie en Chine” et cette année, à Rome, nous avons organisé ensemble le festival “La Cina è vicina” [La Chine est proche ndr]. Nous continuerons à promouvoir ce genre d’initiative à l’avenir, mes efforts vont dans cette direction.
Je voudrais aussi souligner que l’augmentation du nombre des étudiants chinois en Italie, et vice versa, est une manière très efficace de promouvoir les échanges culturels. Aujourd’hui, cinq mille jeunes Chinois font des études dans votre pays, et j’espère que ce nombre doublera chaque année. En outre, nous avons constitué en Italie deux “Instituts Confucius” et de nombreuses universités nous demandent d’en créer d’autres, car elles savent que notre ambassade est prête à les aider. Enfin, les cours de langue chinoise sont beaucoup plus fréquentés qu’avant.
Me permettez-vous quelque compliment envers la mission diplomatique italienne à Pékin?
Bien sûr.
SUN: Les relations entre Chine et Italie sont peut-être en train de vivre leur moment le meilleur. Nous travaillons de manière profitable avec l’ambassadeur Sessa, en particulier pour faciliter les procédures d’obtention de visas. De mon côté, j’apprécie hautement que la délivrance des visas aux Chinois, que ce soit pour des raisons touristiques, commerciales ou d’études, advienne désormais dans des délais raisonnables.
En Italie, on discute de fédéralisme… En Chine, il existe officiellement cinquante-six ethnies. Comment Pékin réussit-elle aujourd’hui à en garantir la coexistence?
SUN: Parce qu’elles sont membres au même titre de la grande famille chinoise, garanties par la Constitution et par les lois, et que chaque ethnie a contribué à construire la Chine moderne, en sachant en même temps conserver ses propres traditions et sa propre culture. Le gouvernement chinois a toujours considéré la protection de chaque ethnie comme un engagement fondamental pour sauvegarder l’unité et le développement de la Chine. Dans le gouvernement et dans l’Assemblée nationale du peuple, les ethnies ont une représentation en pourcentage, et là où ces minorités demeurent, il leur est garanti un statut de région autonome: il en existe déjà cinq et le président de la région autonome est l’expression de l’ethnie locale. Ensuite, si la minorité souffre d’une situation de sous-développement, le gouvernement central intervient avec ses propres fonds pour en favoriser la reprise. Et ce n’est pas tout: nous avons construit des écoles, des universités et des instituts de recherche pour défendre les cultures des différentes ethnies; et en classe, on enseigne en même temps le chinois mandarin et l’idiome local. Telle est la politique traditionnelle et sans faille du gouvernement chinois, soutenue par toutes les ethnies.
Pendant combien de temps la Chine, qui court si vite, restera-t-elle un pays confucéen?
SUN: Confucius a imprégné notre propre manière de penser, à nous les Chinois, pendant plus de deux mille ans. Le concept même d’harmonie, comme coordination entre les différentes couches et facteurs sociaux de la production, dont nous avons déjà parlé, vient de lui. Et l’harmonie, explique Confucius, est comme un trésor. Confucius lui-même conseillait d’éviter tout excès et de maintenir avec tout le monde des rapports équilibrés. Les plus hauts dirigeants chinois, de Mao Zedong à Deng Xiaoping, jusqu’à la dernière génération de Hu Jintao, ont tous été influencés par Confucius et ils en ont utilisé la parole et la pensée. Il est le premier maître qui ait ouvert sa propre école en Chine. Eh bien, je me contente de faire remarquer que pour comprendre la manière de penser des Chinois, il faut lire les textes de deux personnalités: Confucius et Mao Zedong. En effet, ce dernier témoigne non seulement des idées du marxisme, mais aussi de celles du confucianisme. Et toutes deux sont bien vivantes.