Scripta manent
J’ai ressenti une forte émotion lorsque le Saint Père, en visite à l’ambassade d’Italie, au palais Borromeo, m’a dit qu’il lisait 30Jours en me remerciant pour l’article qui lui était dédié. Scripta manent. Lorsque Mgr Montini et Aldo Moro me confièrent la rédaction d’Azione Fucina, la revue de la Fédération universitaire catholique qui paraissait deux fois par mois, je ressentis une grande joie, sans parler d’une émotion compréhensible
Giulio Andreotti
![Benoît XVI en visite à l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège, Palais Borromeo, Rome, 13 décembre 2008 [© Osservatore Romano]](/upload/articoli_immagini_interne/1233137581079.jpg)
Benoît XVI en visite à l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège, Palais Borromeo, Rome, 13 décembre 2008 [© Osservatore Romano]
Scripta manent. Lorsque Mgr Montini et Aldo Moro me confièrent la rédaction d’Azione Fucina, la revue de la Fédération universitaire catholique qui paraissait deux fois par mois, je ressentis une grande joie – sans parler d’une émotion compréhensible – et je me souviens de l’émotion créative que j’éprouvais chaque fois qu’il fallait composer la mise en page. Nous ne tirions pas à beaucoup d’exemplaires, mais les railleries de Roma Fascista, l’organe des étudiants, nous valaient un grand intérêt. Il nous arriva même une fois d’être “suspendus”. Le hasard fit que nous sortîmes avec un éditorial sur la possibilité d’être de bons Italiens sans haïr les ennemis, le jour même où Mussolini avait indiqué qu’il fallait haïr les Anglais pendant trois générations (on ne comprenait pas bien pourquoi trois). Azione Fucina fut saisie et sa publication suspendue, avec un allègement de peine quelque temps après grâce aux bons offices de la Secrétairerie d’État.
Quelques années après, lorsque j’étais devenu sous-secrétaire d’État à la Présidence, on m’apporta le dossier concernant cette affaire; je fus très étonné de voir que la suspension avait été décidée par Mussolini lui-même, au crayon rouge.
Sur le plan politique, nous autres de la Fédération universitaire et du Mouvement des Laureati, qui avions construit un espace autonome par rapport à l’espace officiel… monocolore, nous pouvions nous définir a-fascistes.
En ce qui concerne les vingt années mussoliniennes, je crois qu’il est bon d’éviter à la fois les panégyriques et les diabolisations globales. Il est sûr que la carte du Parti était nécessaire pour entrer dans la fonction publique, pour obtenir un passeport, etc. Dans un discours plein d’esprit adressé aux jeunes catholiques, le cardinal Pizzardo définit l’inscription au parti comme une «carte de ravitaillement». Plus tard, dans les années critiques, on connut la vraie carte de ravitaillement, avec ou sans celle du parti.