Archives de 30Jours
Introduction
par Paolo Mattei
En republiant le texte de Lorenzo Cappelletti
«Ô Timothée, garde le dépôt», 30Jours ouvre une nouvelle
rubrique, “Nova et vetera”, dans laquelle nous entendons
proposer à nouveau quelques articles significatifs
déjà publiés par le passé dans notre revue.
Il ne s’agit pas du goût “rétro” de revenir avec nostalgie sur les traces d’un passé récent, goût assez répandu aujourd’hui, mais qui ne nous appartient pas. C’est au contraire une exigence neuve qui nous pousse: le désir de répondre aux enseignants, aux formateurs, aux séminaristes et aux novices qui nous écrivent pour nous dire à quel point 30Jours leur est utile, y compris pour leur formation théologique. Comme ceux qui nous écrivent sont souvent de nouveaux abonnés, qui n’ont pas pu lire certains textes datant de dix ans ou plus, nous en reproduisons quelques-uns.
Par ailleurs, nous ne cherchons pas à nous célébrer nous-mêmes: en est la preuve le fait que les articles que nous republierons soient la pure et simple valorisation d’œuvres dont l’autorité est universellement reconnue, et qui risquent malheureusement d’être englouties dans la masse d’une production qui croît souvent en quantité, mais pas en qualité.
L’article par lequel nous inaugurons cette nouvelle rubrique, par exemple, entend tout simplement proposer de réfléchir à nouveau sur ce qu’est le “dépôt de la foi” à travers le commentaire du grand exégète dominicain Ceslas Spicq aux Lettres pastorales: c’est en effet justement dans ces écrits pauliniens (à savoir les deux Lettres à Timothée et la Lettre à Tite) que l’expression “dépôt de la foi” apparaît pour la première fois.
Dans le développement que Spicq fait de cette question, viennent à la lumière au moins trois observations dont l’actualité nous semble toujours vivante, voire même croissante.
Tout d’abord, la métaphore du dépôt, tirée des milieux juridiques, dit très bien que ce qui caractérise la vie chrétienne, à commencer par celle de ceux auxquels il a été le plus donné, c’est la simplicité de la tradition (la garde et la transmission de quelque chose que l’on vous a remis): dans le dépôt, il n’y a pas de transfert de propriété, le dépositaire ne doit rien faire d’autre que garder ce qu’il a reçu et le remettre dans son intégralité. Simplicité rien moins que mécanique, pourrait-on ajouter. Il faut toute l’allégresse et la gratitude d’une liberté embrassée par la grâce pour vivre la simplicité de la tradition.
En deuxième lieu, Spicq souligne que ces Lettres, qui représentent le fondement biblique de la constitution hiérarchique de l’Église (et que, justement pour cette raison, certains considèrent tardives et non pauliniennes) invitent paradoxalement à une ouverture universelle et à une sympathie pour le monde, «n’isolent plus l’Église du monde profane, mais l’y implantent au contraire avec un optimisme et une sécurité remarquables». Et Spicq écrit encore, citant le commentaire de saint Jean Chrysostome à ces Lettres: «Il faut rendre grâces à Dieu même pour les grâces qu’Il accorde aux autres, par exemple qu’il fasse luire son soleil sur les mauvais et sur les bons, qu’il fasse pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Tu vois comment l’Apôtre, non seulement par les demandes, mais par l’action de grâces, nous unit et nous lie ensemble». Ceci fait penser aux mots par lesquels Paul VI concluait le Concile Vatican II, des mots qui doivent être considérés, justement sur la base des Lettres pastorales, non pas comme une nouveauté scandaleuse, mais comme appartenant à la tradition apostolique: «L’Église du Concile, il est vrai, ne s’est pas contentée de réfléchir sur sa propre nature et sur les rapports qui l’unissent à Dieu: elle s’est aussi beaucoup occupée de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque: l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité [...]. L’humanisme laïc et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé? Un choc, une lutte, un anathème? Cela pouvait arriver; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. […] Un courant d’affection et d’admiration s’est répandu du Concile sur le monde humain moderne. Réprouvées les erreurs, certes, car c’est ce qu’exige la charité, non moins que la vérité; mais pour les personnes, rien que respect, et amour”.
Et ceci nous ramène à la troisième réflexion qui vient à l’esprit en lisant le commentaire de Spicq. Celui-ci fait remarquer que plus de la moitié (24 sur 44) des apparitions de l’adjectif beau (kalós) dans le corpus paolinum se trouve justement dans les Lettres pastorales; et il ajoute en particulier que l’expression devenue traditionnelle “bonnes œuvres” n’est autre que la bonne traduction de kalà erga: la beauté des bonnes œuvres, œuvres dans lesquelles se reflète la beauté de la grâce comme dans un miroir. Il y a dans la charité une délicatesse qui n’est pas seulement forme, mais substance de celle-ci. Et ceci aussi est actuel.
Il ne s’agit pas du goût “rétro” de revenir avec nostalgie sur les traces d’un passé récent, goût assez répandu aujourd’hui, mais qui ne nous appartient pas. C’est au contraire une exigence neuve qui nous pousse: le désir de répondre aux enseignants, aux formateurs, aux séminaristes et aux novices qui nous écrivent pour nous dire à quel point 30Jours leur est utile, y compris pour leur formation théologique. Comme ceux qui nous écrivent sont souvent de nouveaux abonnés, qui n’ont pas pu lire certains textes datant de dix ans ou plus, nous en reproduisons quelques-uns.
Par ailleurs, nous ne cherchons pas à nous célébrer nous-mêmes: en est la preuve le fait que les articles que nous republierons soient la pure et simple valorisation d’œuvres dont l’autorité est universellement reconnue, et qui risquent malheureusement d’être englouties dans la masse d’une production qui croît souvent en quantité, mais pas en qualité.
L’article par lequel nous inaugurons cette nouvelle rubrique, par exemple, entend tout simplement proposer de réfléchir à nouveau sur ce qu’est le “dépôt de la foi” à travers le commentaire du grand exégète dominicain Ceslas Spicq aux Lettres pastorales: c’est en effet justement dans ces écrits pauliniens (à savoir les deux Lettres à Timothée et la Lettre à Tite) que l’expression “dépôt de la foi” apparaît pour la première fois.
Dans le développement que Spicq fait de cette question, viennent à la lumière au moins trois observations dont l’actualité nous semble toujours vivante, voire même croissante.
Tout d’abord, la métaphore du dépôt, tirée des milieux juridiques, dit très bien que ce qui caractérise la vie chrétienne, à commencer par celle de ceux auxquels il a été le plus donné, c’est la simplicité de la tradition (la garde et la transmission de quelque chose que l’on vous a remis): dans le dépôt, il n’y a pas de transfert de propriété, le dépositaire ne doit rien faire d’autre que garder ce qu’il a reçu et le remettre dans son intégralité. Simplicité rien moins que mécanique, pourrait-on ajouter. Il faut toute l’allégresse et la gratitude d’une liberté embrassée par la grâce pour vivre la simplicité de la tradition.
En deuxième lieu, Spicq souligne que ces Lettres, qui représentent le fondement biblique de la constitution hiérarchique de l’Église (et que, justement pour cette raison, certains considèrent tardives et non pauliniennes) invitent paradoxalement à une ouverture universelle et à une sympathie pour le monde, «n’isolent plus l’Église du monde profane, mais l’y implantent au contraire avec un optimisme et une sécurité remarquables». Et Spicq écrit encore, citant le commentaire de saint Jean Chrysostome à ces Lettres: «Il faut rendre grâces à Dieu même pour les grâces qu’Il accorde aux autres, par exemple qu’il fasse luire son soleil sur les mauvais et sur les bons, qu’il fasse pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Tu vois comment l’Apôtre, non seulement par les demandes, mais par l’action de grâces, nous unit et nous lie ensemble». Ceci fait penser aux mots par lesquels Paul VI concluait le Concile Vatican II, des mots qui doivent être considérés, justement sur la base des Lettres pastorales, non pas comme une nouveauté scandaleuse, mais comme appartenant à la tradition apostolique: «L’Église du Concile, il est vrai, ne s’est pas contentée de réfléchir sur sa propre nature et sur les rapports qui l’unissent à Dieu: elle s’est aussi beaucoup occupée de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque: l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité [...]. L’humanisme laïc et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé? Un choc, une lutte, un anathème? Cela pouvait arriver; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. […] Un courant d’affection et d’admiration s’est répandu du Concile sur le monde humain moderne. Réprouvées les erreurs, certes, car c’est ce qu’exige la charité, non moins que la vérité; mais pour les personnes, rien que respect, et amour”.
Et ceci nous ramène à la troisième réflexion qui vient à l’esprit en lisant le commentaire de Spicq. Celui-ci fait remarquer que plus de la moitié (24 sur 44) des apparitions de l’adjectif beau (kalós) dans le corpus paolinum se trouve justement dans les Lettres pastorales; et il ajoute en particulier que l’expression devenue traditionnelle “bonnes œuvres” n’est autre que la bonne traduction de kalà erga: la beauté des bonnes œuvres, œuvres dans lesquelles se reflète la beauté de la grâce comme dans un miroir. Il y a dans la charité une délicatesse qui n’est pas seulement forme, mais substance de celle-ci. Et ceci aussi est actuel.