ÉGLISE CATHOLIQUE. Rencontre avec Tadeusz Kondrusiewicz
C’est le monde qui nous demande de dialoguer
L’archevêque de Minsk nous parle de la vie de la communauté catholique, des relations encourageantes avec les orthodoxes et d’un regard d’espérance tourné vers Moscou
Rencontre avec Tadeusz Kondrusiewicz par Giovanni Cubeddu
Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque catholique de Minsk-Mohilev, commence en toute simplicité par parler de lui-même: «Je suis né et j’ai vécu en Biélorussie, j’y ai exercé mon ministère d’abord comme prêtre, puis comme évêque de 1989 à 1991, les deux premières années qui ont suivi mon ordination épiscopale. Et puis j’ai passé plus de seize ans à Moscou, et aujourd’hui me voici de nouveau à Minsk. Il y a en Biélorussie un million et demi de catholiques de rite latin qui, après la Lituanie, forment la communauté la plus importante dans la région de l’ex-Union soviétique».
![L’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz durant la liturgie du dimanche des Rameaux à Minsk, le 28 mars 2010 <BR>[© Reuters/Contrasto]](/upload/articoli_immagini_interne/1280924941671.jpg)
La loi biélorusse sur la liberté religieuse reconnaît l’Église orthodoxe et l’Église catholique comme “historiques”.
TADEUSZ KONDRUSIEWICZ: Tout en reconnaissant le rôle primordial de l’Église orthodoxe dans le développement historique, spirituel, culturel du peuple biélorusse et de sa constitution, la loi actuelle reconnaît également le rôle spirituel, culturel et historique de l’Église catholique en Biélorussie. Nous apprécions beaucoup ces formules, qui nous permettent de ne pas être considérés comme des intrus. Lors des persécutions soviétiques, l’Église a vécu des moments d’extrême souffrance, accompagnés d’actions héroïques…
Et aujourd’hui?
KONDRUSIEWICZ: Il existe quatre diocèses, parmi lesquels celui de Minsk-Moghilev, le siège métropolitain. Par ailleurs, nous avons six évêques et deux séminaires où se trouvent actuellement quatre-vingt-dix jeunes qui se préparent à devenir prêtres diocésains. Il faut y ajouter soixante autres séminaristes appartenant à des congrégations religieuses. Nous avons en tout 462 prêtres, 278 biélorusses et la plupart des autres sont polonais.
Sont-ils adaptés aux nécessités de la communauté catholique?
KONDRUSIEWICZ: Sachant que les prêtres biélorusses n’étaient que soixante il y a vingt ans, la croissance à laquelle nous assistons est remarquable, et il faut le souligner. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de nouvelles églises, surtout dans les grandes villes, à commencer par Minsk: sur ses deux millions d’habitants, il y a trois cent mille catholiques qui disposent d’à peine quatre paroisses. Les autorités publiques sont bien disposées: nous avons reçu, dans les dernières années, six permis de construire et deux autres devraient nous être accordés cette année. Mais le problème est de savoir comment construire, où trouver l’argent…
La foi catholique est-elle vécue par les nouvelles générations?
KONDRUSIEWICZ: Notre jeunesse est très vivante. Les jeunes catholiques de Biélorussie sont plus nombreux que leurs contemporains russes, et leur religiosité traditionnelle est plus profonde. Pendant les persécutions, il n’y avait d’églises catholiques ouvertes en Russie qu’à Moscou et à Leningrad. Au même moment, avec seulement soixante prêtres, il y avait environ cent-vingt églises ouvertes en Biélorussie, sans compter les échanges constants avec nos voisins lituaniens et polonais.
Je tiens à multiplier les rencontres pour les jeunes. Chaque jeudi, une messe, suivie d’une réunion, est célébrée pour eux dans la cathédrale de Minsk. Et puis nous avons nos rendez-vous annuels, avant Noël et avant Pâques, avec la participation d’environ quatre cents jeunes. Ils organisent eux-mêmes le Chemin de Croix. Tous les ans, nous organisons la rencontre de la jeunesse, à laquelle participent entre deux et trois mille jeunes. De plus, ils se pressent aux pèlerinages qui sont très populaires et très fréquentés, comme celui de la Vierge de Buzlav, un sanctuaire “national” à 120 kilomètres de Minsk. Le premier juillet, les fidèles affluent de tout le pays et, après la veillée nocturne, l’église est de nouveau comble pour la messe matinale. Les journaux d’État parlent d’une affluence de soixante-mille personnes et pour notre Église, c’est quelque chose de très important…
Quels sont vos rapports avec vos frères orthodoxes?
KONDRUSIEWICZ: Après tant d’années passées à Moscou, je peux dire que jai une bonne expérience des relations avec l’Église orthodoxe. Ici, en Biélorussie, ces relations sont vraiment encourageantes. Le métropolite Philarète est un homme très ouvert, et chaque fois que l’archevêque catholique organise une rencontre publique pour dialoguer, il y vient lui-même ou il envoie son représentant pour y participer activement. C’est d’ailleurs la même chose pour les invitations que m’adressent les orthodoxes: nous nous consultons toujours sur les personnes à inviter, en échangeant avis et conseils. Et bien sûr, il ne faut pas oublier nos rencontres à Noël et à Pâques. Le grand nombre de familles de confessions mixtes est d’ailleurs d’un grand secours. Il subsiste en tout cas un esprit d’œcuménisme et de dialogue interreligieux concret, qui inclut les protestants, les juifs et les musulmans. C’est une bénédiction pour notre pays. J’ai fêté avec Philarète son soixante-quinzième anniversaire…
Vous avez rencontré Loukachenko en avril. Comment considère-t-il la présence et l’activité de l’Église?
KONDRUSIEWICZ: Comme je vous le disais, aucun permis de construire ne nous est refusé pour édifier de nouvelles paroisses. Le président s’est déjà rendu personnellement trois fois à la cathédrale, pour prendre directement connaissance de nos nécessités. Après la tragédie de Katyn, il est même revenu apporter des fleurs et il a allumé une bougie dans notre église. Il est le premier à considérer, exactement comme le dit la loi, les Églises orthodoxe et catholique comme “historiques”. Le président le dit et le répète: «Je ne permettrai pas de guerre de religion dans mon pays», et pour nous les catholiques, ces mots sont vraiment d’un grand secours. Le jour de Pâques – cette année, la fête est tombée le même jour pour nous et pour les orthodoxes – le métropolite Philarète a organisé une rencontre. Et à un certain moment, on a vu se présenter Loukachenko, comme l’an dernier, pour présenter ses hommages au métropolite. Je faisais partie des invités et lorsqu’il m’a vu, le président s’est félicité publiquement de la présence de l’archevêque catholique et de ce témoignage d’unité de l’Église.
La situation est donc réconfortante, sur le plan institutionnel…
KONDRUSIEWICZ: Il y a deux ans, le Secrétaire d’État de Sa Sainteté Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone, a rendu visite à notre pays et a rencontré le président, le ministre des Affaires étrangères et le ministre du Culte, le métropolite Philarète et les fidèles. Cette visite a eu une grande résonnance dans les médias. Mais l’accueil réservé par le Saint-Père au président, lorsqu’il l’a reçu en audience l’an dernier, a eu un écho plus vaste encore dans notre pays. Un accord entre l’Église et l’État est en train de se préparer, ce n’est pas un secret, et cela serait d’un grand secours pour l’Église catholique dans l’accomplissement de ses tâches.
![Le premier ministre russe Vladimir Poutine participe à la cérémonie du 70<SUP>e</SUP> anniversaire
du massacre de Katyn, le 7 avril 2010 [© Associated Press/LaPresse]](/upload/articoli_immagini_interne/1280924941953.jpg)
Y a-t-il eu des moments d’incompréhension?
KONDRUSIEWICZ: L’année dernière, par exemple, nous avons eu quelques difficultés pour le renouvellement des visas des prêtres étrangers résidents en Biélorussie, mais nous avons éclairci la question avec les autorités et tout s’est résolu: il est toujours bon de dialoguer avec le gouvernement.
Comment a été ressentie la tragédie de Katyn, vue de Minsk?
KONDRUSIEWICZ: Les massacres de l’époque stalinienne ont toujours marqué profondément les relations entre la Russie et la Pologne, et maintenant, le bois de Katyn a récolté d’autres victimes. Mais au lendemain de cette Katyn deux, il semble vraiment que les tensions commencent à s’atténuer. Qui peut connaître les desseins du Seigneur? Aujourd’hui, on se rend compte que cette tragédie n’a pas eu lieu en vain, la participation du président russe a grandement contribué à exprimer les sentiments de la Russie envers la Pologne, et vice-versa, elle a montré que la voie de la réconciliation était tracée. Ceci dit, le patriarcat de Moscou et l’Église catholique en Pologne avaient déjà recommencé à dialoguer avant même cette tragédie. Vous voyez, c’est le monde d’aujourd’hui qui le veut: nous devons dialoguer, nous devons nous rapprocher! La Biélorussie n’a pas été de reste: elle a tout de suite ouvert son aéroport de Vitebsk pour permettre aux Polonais de rejoindre Katyn, et la présence du président du Parlement biélorusse aux obsèques du président polonais a représenté un énième signe des rapports nouveaux entre Russie, Biélorussie et Pologne.
Croyez-vous que cette génération de leaders politiques russes se soucie, elle aussi, du bien de l’Église?
KONDRUSIEWICZ: Oui, du bien de l’Église catholique universelle.
Quels sont vos souvenirs des vos années moscovites?
KONDRUSIEWICZ: J’aurais tant de choses à raconter… Par exemple mes rencontres avec le patriarche Alexis II, et celles, nombreuses, avec Cyrille, l’actuel patriarche qui était alors métropolite de Smolensk et de Kaliningrad et président du Département pour les relations extérieures du patriarcat de Moscou… En 1993, il est arrivé quelque chose de merveilleux: la rencontre, voulue conjointement par l’Église orthodoxe, l’Église catholique et les autres confessions de la Russie, à laquelle ont été invités les représentants des différentes Églises et confessions chrétiennes de l’ex-Union soviétique. Le résultat de cette rencontre a été la création d’un Comité consultatif interconfessionnel, qui a travaillé pour réaliser quatre autres rencontres entre les différentes Églises. Ainsi a été créé un environnement qui nous permettait d’être ensemble et de travailler ensemble. Ensuite, il y a eu un “trou” de plusieurs années, mais aujourd’hui, ce comité a recommencé à fonctionner. Nous avons organisé la rencontre entre jeunes chrétiens orthodoxes, catholiques et protestants pour le Grand Jubilé de l’an 2000.
Quelle est la meilleure manière de dialoguer avec l’orthodoxie?
KONDRUSIEWICZ: Il existe une commission ad hoc pour le dialogue théologique, et pour tout le reste, c’est la vie quotidienne qui entretient les relations. Par exemple, pendant la guerre de Tchétchénie, nos Églises ont parlé d’une seule voix. C’est la vie de tous les jours qui nous offre les meilleures occasions de dialogue.
![L’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz durant la liturgie du dimanche des Rameaux à Minsk, le 28 mars 2010 <BR>[© Reuters/Contrasto]](/upload/articoli_immagini_interne/1280924941671.jpg)
L’archevêque Tadeusz Kondrusiewicz durant la liturgie du dimanche des Rameaux à Minsk, le 28 mars 2010
[© Reuters/Contrasto]
TADEUSZ KONDRUSIEWICZ: Tout en reconnaissant le rôle primordial de l’Église orthodoxe dans le développement historique, spirituel, culturel du peuple biélorusse et de sa constitution, la loi actuelle reconnaît également le rôle spirituel, culturel et historique de l’Église catholique en Biélorussie. Nous apprécions beaucoup ces formules, qui nous permettent de ne pas être considérés comme des intrus. Lors des persécutions soviétiques, l’Église a vécu des moments d’extrême souffrance, accompagnés d’actions héroïques…
Et aujourd’hui?
KONDRUSIEWICZ: Il existe quatre diocèses, parmi lesquels celui de Minsk-Moghilev, le siège métropolitain. Par ailleurs, nous avons six évêques et deux séminaires où se trouvent actuellement quatre-vingt-dix jeunes qui se préparent à devenir prêtres diocésains. Il faut y ajouter soixante autres séminaristes appartenant à des congrégations religieuses. Nous avons en tout 462 prêtres, 278 biélorusses et la plupart des autres sont polonais.
Sont-ils adaptés aux nécessités de la communauté catholique?
KONDRUSIEWICZ: Sachant que les prêtres biélorusses n’étaient que soixante il y a vingt ans, la croissance à laquelle nous assistons est remarquable, et il faut le souligner. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de nouvelles églises, surtout dans les grandes villes, à commencer par Minsk: sur ses deux millions d’habitants, il y a trois cent mille catholiques qui disposent d’à peine quatre paroisses. Les autorités publiques sont bien disposées: nous avons reçu, dans les dernières années, six permis de construire et deux autres devraient nous être accordés cette année. Mais le problème est de savoir comment construire, où trouver l’argent…
La foi catholique est-elle vécue par les nouvelles générations?
KONDRUSIEWICZ: Notre jeunesse est très vivante. Les jeunes catholiques de Biélorussie sont plus nombreux que leurs contemporains russes, et leur religiosité traditionnelle est plus profonde. Pendant les persécutions, il n’y avait d’églises catholiques ouvertes en Russie qu’à Moscou et à Leningrad. Au même moment, avec seulement soixante prêtres, il y avait environ cent-vingt églises ouvertes en Biélorussie, sans compter les échanges constants avec nos voisins lituaniens et polonais.
Je tiens à multiplier les rencontres pour les jeunes. Chaque jeudi, une messe, suivie d’une réunion, est célébrée pour eux dans la cathédrale de Minsk. Et puis nous avons nos rendez-vous annuels, avant Noël et avant Pâques, avec la participation d’environ quatre cents jeunes. Ils organisent eux-mêmes le Chemin de Croix. Tous les ans, nous organisons la rencontre de la jeunesse, à laquelle participent entre deux et trois mille jeunes. De plus, ils se pressent aux pèlerinages qui sont très populaires et très fréquentés, comme celui de la Vierge de Buzlav, un sanctuaire “national” à 120 kilomètres de Minsk. Le premier juillet, les fidèles affluent de tout le pays et, après la veillée nocturne, l’église est de nouveau comble pour la messe matinale. Les journaux d’État parlent d’une affluence de soixante-mille personnes et pour notre Église, c’est quelque chose de très important…
Quels sont vos rapports avec vos frères orthodoxes?
KONDRUSIEWICZ: Après tant d’années passées à Moscou, je peux dire que jai une bonne expérience des relations avec l’Église orthodoxe. Ici, en Biélorussie, ces relations sont vraiment encourageantes. Le métropolite Philarète est un homme très ouvert, et chaque fois que l’archevêque catholique organise une rencontre publique pour dialoguer, il y vient lui-même ou il envoie son représentant pour y participer activement. C’est d’ailleurs la même chose pour les invitations que m’adressent les orthodoxes: nous nous consultons toujours sur les personnes à inviter, en échangeant avis et conseils. Et bien sûr, il ne faut pas oublier nos rencontres à Noël et à Pâques. Le grand nombre de familles de confessions mixtes est d’ailleurs d’un grand secours. Il subsiste en tout cas un esprit d’œcuménisme et de dialogue interreligieux concret, qui inclut les protestants, les juifs et les musulmans. C’est une bénédiction pour notre pays. J’ai fêté avec Philarète son soixante-quinzième anniversaire…
Vous avez rencontré Loukachenko en avril. Comment considère-t-il la présence et l’activité de l’Église?
KONDRUSIEWICZ: Comme je vous le disais, aucun permis de construire ne nous est refusé pour édifier de nouvelles paroisses. Le président s’est déjà rendu personnellement trois fois à la cathédrale, pour prendre directement connaissance de nos nécessités. Après la tragédie de Katyn, il est même revenu apporter des fleurs et il a allumé une bougie dans notre église. Il est le premier à considérer, exactement comme le dit la loi, les Églises orthodoxe et catholique comme “historiques”. Le président le dit et le répète: «Je ne permettrai pas de guerre de religion dans mon pays», et pour nous les catholiques, ces mots sont vraiment d’un grand secours. Le jour de Pâques – cette année, la fête est tombée le même jour pour nous et pour les orthodoxes – le métropolite Philarète a organisé une rencontre. Et à un certain moment, on a vu se présenter Loukachenko, comme l’an dernier, pour présenter ses hommages au métropolite. Je faisais partie des invités et lorsqu’il m’a vu, le président s’est félicité publiquement de la présence de l’archevêque catholique et de ce témoignage d’unité de l’Église.
La situation est donc réconfortante, sur le plan institutionnel…
KONDRUSIEWICZ: Il y a deux ans, le Secrétaire d’État de Sa Sainteté Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone, a rendu visite à notre pays et a rencontré le président, le ministre des Affaires étrangères et le ministre du Culte, le métropolite Philarète et les fidèles. Cette visite a eu une grande résonnance dans les médias. Mais l’accueil réservé par le Saint-Père au président, lorsqu’il l’a reçu en audience l’an dernier, a eu un écho plus vaste encore dans notre pays. Un accord entre l’Église et l’État est en train de se préparer, ce n’est pas un secret, et cela serait d’un grand secours pour l’Église catholique dans l’accomplissement de ses tâches.
![Le premier ministre russe Vladimir Poutine participe à la cérémonie du 70<SUP>e</SUP> anniversaire
du massacre de Katyn, le 7 avril 2010 [© Associated Press/LaPresse]](/upload/articoli_immagini_interne/1280924941953.jpg)
Le premier ministre russe Vladimir Poutine participe à la cérémonie du 70e anniversaire du massacre de Katyn, le 7 avril 2010 [© Associated Press/LaPresse]
KONDRUSIEWICZ: L’année dernière, par exemple, nous avons eu quelques difficultés pour le renouvellement des visas des prêtres étrangers résidents en Biélorussie, mais nous avons éclairci la question avec les autorités et tout s’est résolu: il est toujours bon de dialoguer avec le gouvernement.
Comment a été ressentie la tragédie de Katyn, vue de Minsk?
KONDRUSIEWICZ: Les massacres de l’époque stalinienne ont toujours marqué profondément les relations entre la Russie et la Pologne, et maintenant, le bois de Katyn a récolté d’autres victimes. Mais au lendemain de cette Katyn deux, il semble vraiment que les tensions commencent à s’atténuer. Qui peut connaître les desseins du Seigneur? Aujourd’hui, on se rend compte que cette tragédie n’a pas eu lieu en vain, la participation du président russe a grandement contribué à exprimer les sentiments de la Russie envers la Pologne, et vice-versa, elle a montré que la voie de la réconciliation était tracée. Ceci dit, le patriarcat de Moscou et l’Église catholique en Pologne avaient déjà recommencé à dialoguer avant même cette tragédie. Vous voyez, c’est le monde d’aujourd’hui qui le veut: nous devons dialoguer, nous devons nous rapprocher! La Biélorussie n’a pas été de reste: elle a tout de suite ouvert son aéroport de Vitebsk pour permettre aux Polonais de rejoindre Katyn, et la présence du président du Parlement biélorusse aux obsèques du président polonais a représenté un énième signe des rapports nouveaux entre Russie, Biélorussie et Pologne.
Croyez-vous que cette génération de leaders politiques russes se soucie, elle aussi, du bien de l’Église?
KONDRUSIEWICZ: Oui, du bien de l’Église catholique universelle.
Quels sont vos souvenirs des vos années moscovites?
KONDRUSIEWICZ: J’aurais tant de choses à raconter… Par exemple mes rencontres avec le patriarche Alexis II, et celles, nombreuses, avec Cyrille, l’actuel patriarche qui était alors métropolite de Smolensk et de Kaliningrad et président du Département pour les relations extérieures du patriarcat de Moscou… En 1993, il est arrivé quelque chose de merveilleux: la rencontre, voulue conjointement par l’Église orthodoxe, l’Église catholique et les autres confessions de la Russie, à laquelle ont été invités les représentants des différentes Églises et confessions chrétiennes de l’ex-Union soviétique. Le résultat de cette rencontre a été la création d’un Comité consultatif interconfessionnel, qui a travaillé pour réaliser quatre autres rencontres entre les différentes Églises. Ainsi a été créé un environnement qui nous permettait d’être ensemble et de travailler ensemble. Ensuite, il y a eu un “trou” de plusieurs années, mais aujourd’hui, ce comité a recommencé à fonctionner. Nous avons organisé la rencontre entre jeunes chrétiens orthodoxes, catholiques et protestants pour le Grand Jubilé de l’an 2000.
Quelle est la meilleure manière de dialoguer avec l’orthodoxie?
KONDRUSIEWICZ: Il existe une commission ad hoc pour le dialogue théologique, et pour tout le reste, c’est la vie quotidienne qui entretient les relations. Par exemple, pendant la guerre de Tchétchénie, nos Églises ont parlé d’une seule voix. C’est la vie de tous les jours qui nous offre les meilleures occasions de dialogue.