Accueil > Archives > 08/09 - 2010 > Quand on croyait dans l’action de la grâce
NOVA ET VETERA
Tiré du n° 08/09 - 2010

Archives de 30Jours

Quand on croyait dans l’action de la grâce


Pour faire sa première communion il suffit que, d’après le jugement des parents et du confesseur, l’enfant connaisse, selon ses capacités, les mystères de la foi nécessaires de nécessité de moyen et distingue le pain eucharistique du pain commun


par Lorenzo Cappelletti


Pie X sur une photo de 1904

Pie X sur une photo de 1904

Le 8 août 1910, la Sacrée Congrégation pour les Sacrements promulguait le décret Quam singulari. Ce décret qui traitait de l’âge auquel on peut admettre les enfants à la première communion eucharistique (de aetate admittendorum ad primam communionem eucharisticam), venait compléter une série de déclarations qui, à partir du pontificat de Léon XIII, se montraient toujours plus favorables à une communion fréquente. Il s’agit là d’un problème tout autre que marginal à l’époque moderne. Ce n’est pas un hasard si, à partir du milieu de XVIIe siècle, différentes écoles, que par pure paresse historiographique on classe sic et simpliciter en école jésuite et en école janséniste, s’étaient fait la guerre à ce sujet. Une question pastorale, certes, mais comme elle catalyse toute une dogmatique et toute une ecclésiologie, elle touche au cœur du fait chrétien.
Nous parlions de Léon XIII. Et bien, l’un des derniers actes solennels de son pontificat fut l’encyclique Mirae caritatis du 28 mai 1902, qui est consacrée à la très sainte eucharistie. «Nous, à qui il ne reste que très peu de temps à vivre», écrit le Pape, «nous ne pouvons rien désirer de mieux que de nous voir accorder le don d’exciter et d’alimenter dans toutes les âmes l’amour fait de souvenir reconnaissant et de dévotion dûe pour l’admirable Sacrement dans lequel nous pensons qu’ont leur fondement l’espérance et l’efficacité de ce salut et de cette paix à laquelle chacun tend passionnément». C’est pourquoi, le Pape veut, entre autres, que «soit corrigée cette erreur répandue et très néfaste de ceux qui pensent que l’usage de l’eucharistie doit être réservé aux personnes à l’esprit étriqué qui, en l’absence [d’autres] préoccupations, se délectent des résolutions de vie dévote. Car cette communion, qui est ce qu’il y a de plus excellent et de plus salutaire, appartient absolument à tous les hommes, quel que soit leur grade et leur office, à tous ceux qui veulent (et il n’est personne qui ne doive le vouloir) nourrir en eux la vie de la grâce divine dont le but est l’obtention de la vie heureuse en Dieu».
Pie X, successeur de Léon XIII, poursuit le même but que son prédécesseur et par le décret Sacra Tridentina Synodus, publié par la Sacrée Congrégation du Concile le 20 décembre 1905, il invite à la communion fréquente et même quotidienne tous les fidèles qui ont atteint l’âge de raison et il ne pose comme conditions que l’état de grâce et une intention droite. Avec le décret Quam singulari, Pie X ne fera que déterminer l’âge auquel un tel usage de la raison peut être considéré comme acquis et les conséquences du point de vue sacramentel de cette détermination. Le décret ne se signale pas seulement par les huit règles précises (elles sont reproduites ci-dessous dans leur intégralité) qui ont servi de critère, presque jusqu’à nos jours, pour l’admission des enfants à la confession et à la communion, mais aussi par le réalisme et la piété avec lesquels la fragilité de la condition humaine est envisagée: «Pour autant que l’on fasse précéder la première communion d’une instruction particulièrement diligente et d’une confession sacramentelle soignée, chose qui n’arrive pas partout, il y a cependant toujours à déplorer la perte de l’innocence primitive, perte qui aurait éventuellement pu être évitée si l’eucharistie avait été reçue dans des années plus précoces». Qu’il nous soit permis de relever dans ce «chose qui n’arrive pas partout» opposé à «toujours», le réalisme d’ordre naturel et surnaturel d’une Église encore experte en humanité. Mettant en évidence les dommages supérieurs aux prétendus avantages d’une préparation «particulièrement diligente» («chose qui n’arrive pas partout», rappelons-le), le décret poursuit en ces termes: «Des dommages de ce genre sont infligés par ceux qui insistent plus que de juste sur une préparation particulière à la première communion, sans se rendre compte, peut-être, que ce genre de garantie est né des erreurs des jansénistes qui prétendent faire de la très sainte eucharistie un prix et non un remède à la fragilité humaine. Le Concile de Trente comprit celle-ci pourtant autrement (Sess. XIII, chap. 2), lorsqu’il enseigna qu’“elle est un antidote en vertu duquel nous sommes libérés des fautes quotidiennes et préservés des péchés mortels” [...]. Par ailleurs, alors que dans les temps anciens les morceaux restant des espèces sacrées étaient distribués, parfois même aux enfants en bas âge, il ne semble pas qu’il y ait de motif d’exiger maintenant une préparation particulière des enfants, eux qui se trouvent dans la très heureuse situation de la candeur et de l’innocence premières et qui ont spécialement besoin de cette nourriture mystique, vu les nombreux périls et les nombreuses embûches du temps présent». Il arrive parfois que l’actualité ne corresponde pas à la contemporanéité.
Nous reproduisons ci-dessous les huit règles du décret Quam singulari.
I. L’âge du discernement aussi bien pour la confession que pour la communion est celui dans lequel le jeune enfant commence à raisonner, c’est-à-dire aux alentours de sept ans, que ce soit au-dessus ou au-dessous de cet âge. À partir de ce moment commence l’obligation de satisfaire aux deux préceptes de la confession et de la communion.
II. Pour la première confession comme pour la première communion, la connaissance pleine et parfaite de la doctrine chrétienne n’est pas nécessaire. Cependant l’enfant devra par la suite apprendre progressivement le catéchisme en entier selon les capacités de son intelligence.
III. La connaissance de la religion qui est demandée à l’enfant pour une préparation qui convient à la première communion consiste à percevoir, selon ses capacités, les mystères de la foi nécessaires de nécessité de moyen*, et à distinguer le pain eucharistique du pain commun qui nourrit le corps, pour accéder à la très sainte eucharistie avec la dévotion que son âge comporte.
IV. L’obligation du précepte de la confession et de la communion qui pèse sur l’enfant retombe particulièrement sur ceux qui doivent avoir soin de lui, c’est-à-dire sur les parents, sur le confesseur, sur les précepteurs et sur le curé. Il appartient ensuite au père, ou à qui en tient lieu, et au confesseur, selon le Catéchisme Romain, d’admettre l’enfant à la première communion.
V. Que les curés s’occupent, une fois par an ou plus, d’organiser la communion générale des enfants à laquelle ils puissent admettre non seulement les jeunes premiers communiants mais aussi ceux qui, avec l’accord des parents ou du confesseur, comme on l’a dit plus haut, se sont déjà nourris auparavant pour la première fois du saint autel. Qu’en faveur des uns et des autres, la communion soit précédée de quelques jours d’instruction et de préparation.
VI. Ceux qui ont le soin des enfants doivent veiller avec une grande diligence à ce qu’après la première communion, ces mêmes enfants s’approchent souvent de la sainte table et même, si possible, quotidiennement, comme le désirent Jésus et notre mère l’Église, et à ce qu’ils le fassent avec la dévotion de l’âme qu’un tel âge comporte. Que ceux qui ont ce soin se rappellent, en outre, le devoir très grave auquel ils sont tenus, de faire en sorte que les enfants continuent à participer aux instructions publiques de catéchisme ou, au moins, qu’ils suppléent d’une autre façon à leur instruction religieuse.
VII. L’habitude de ne pas admettre à la confession les enfants ou de ne jamais les absoudre quand ils sont arrivés à user de leur raison, doit être absolument condamnée. Aussi, que les Ordinaires locaux reprennent sévèrement ceux qui ne renoncent pas à des usages de ce genre.
VIII. C’est un abus absolument détestable de ne pas administrer le viatique et l’extrême-onction aux enfants qui ont l’âge de raison et de les enterrer selon le rite des enfants plus jeunes. Que les Ordinaires locaux reprennent sévèrement ceux qui ne renoncent pas à des usages de ce genre.


* «Un acte est dit de nécessité de moyen quand, soit par sa nature, soit en vertu d’un dessein divin, il est le seul moyen d’obtenir la vie éternelle et les aides nécessaires pour y parvenir, de sorte que son omission, même involontaire, met dans l’impossibilité de réaliser son propre salut» (extrait de l’article d’Émile Amman Nécessité dans le Dictionnaire de Théologie catholique).


Italiano Español English Deutsch Português den" name="htmlemail" value="1"> invia
-->