L’essentiel, c’est la prière
«Si la mission de l’Église n’est pas enracinée dans la prière, si elle n’est pas alimentée par la prière, elle ne portera jamais de fruits et, comme l’arbre privé d’eau, elle se dessèchera». Intervention de Ramzi Garmou, archevêque de Téhéran des Chaldéens et président de la Conférence épiscopale de l’Iran
par Ramzi Garmou, archevêque de Téhéran des Chaldéens
![Monseigneur Ramzi Garmou dans la cathédrale Saint-Joseph à Téhéran [© Getty Images]](/upload/articoli_immagini_interne/1299594503472.jpg)
Monseigneur Ramzi Garmou dans la cathédrale Saint-Joseph à Téhéran [© Getty Images]
J’avais d’abord attiré l’attention sur le risque que nos Églises, si elles se veulent ethniques et nationalistes, se replient sur elles-mêmes pour conserver leur culture, leur langue et leurs coutumes, en perdant du même coup leur élan missionnaire.
Le deuxième point concernait la vie contemplative et monastique. Chacun sait que cette forme de vie chrétienne est née en Orient, en Égypte, en Mésopotamie, en Perse, pour se répandre ensuite en Occident. En Iran, nous avons connu des périodes où les monastères se comptaient par centaines de centaines. Et si l’Église d’Orient, que nous appelons aujourd’hui assyro-chaldéenne, a pu annoncer l’Évangile entre le IV e et le XIIIe siècle jusqu’en Chine, en Mongolie, en Inde et dans d’autres pays, cela s’est fait grâce à la présence de monastères où la vie de prière était particulièrement fervente et profonde. Si la mission de l’Église ne s’enracine pas dans la prière, si elle n’est pas alimentée par la prière, elle ne portera jamais de fruits et, comme l’arbre privé d’eau, elle se dessèchera. Malheureusement, on ne peut que constater la disparition de cette forme de prière et de vie chrétienne dans l’Orient d’aujourd’hui.
À mon avis, la principale raison de cette triste condition et que notre foi s’affaiblit, et que nous donnons la préférence à des activités variées aux dépens de la prière. Le danger de l’activisme menace ceux qui exercent la mission de pasteurs et nous amène à oublier l’essentiel de notre mission en consacrant beaucoup de temps à des choses secondaires. Souvenons-nous de l’épisode de Marthe et Marie dans l’Évangile. C’est Jésus lui-même qui nous dit que Marie, assise à ses pieds pour écouter ses paroles, a choisi la meilleure part, qu’elle a choisi l’essentiel.
L’Évangile souligne fortement le temps que Jésus réserve à la prière. Il quittait les foules qui venaient le trouver pour aller prier en solitude, il passait des nuits entières en prière… Jésus ne nous demande pas de faire beaucoup de choses, mais de faire l’essentiel. Le travail pastoral et la prière sont complémentaires. Ils sont tous les deux nécessaires pour que notre mission porte ses fruits, des fruits qui durent. J’espère qu’avec l’aide du Saint Esprit, nous pourrons rétablir cette forme de vie chrétienne et ecclésiale dans nos Églises, et répondre à ce besoin si concret et si pressant.
Les quatre évêques qui forment la Conférence épiscopale de l’Iran ont participé au synode. Nous devrons essayer de mettre en pratique les décisions et les orientations du synode à l’occasion de notre prochaine réunion, afin que le grain semé au Vatican puisse pousser et porter des fruits pour l’Église du Christ en Iran.
La constitution de la République islamique d’Iran reconnaît officiellement trois minorités religieuses: les chrétiens, les juifs et les zoroastriens. Nous avons la liberté de pratiquer des activités religieuses à l’intérieur de nos lieux de culte, mais nous ne pouvons pas témoigner publiquement notre foi chrétienne. Étant donné que nous jouissons d’une liberté limitée, nous devons tout faire pour que cette liberté serve à animer et à approfondir la foi des fidèles, et à leur faire prendre conscience de la mission qu’ils ont dans notre pays.
L’émigration des chrétiens n’a pas commencé aujourd’hui, elle n’a pas non plus commencé avec l’instauration du régime islamique. Elle dure depuis un siècle et elle a augmenté dans les dernières années. Je pense que les raisons de ce phénomène sont nombreuses, à commencer par des raisons économiques que l’on trouve d’ailleurs dans de nombreux pays: le taux de chômage est très élevé en Iran, nombreux sont ceux n’ont ni travail, ni salaire et ne peuvent faire face aux dépenses quotidiennes. La deuxième raison est d’ordre politique, elle tient à la condition de conflit et d’insécurité qui règne dans les pays de cette région, et qui s’est aggravée depuis l’injuste occupation de l’Irak par les États-Unis et les menaces américaines contre l’Iran. La troisième raison est qu’il existe aux États-Unis une agence juive, appelée Hias, qui se charge depuis une dizaine d’années de faciliter le départ des chrétiens iraniens pour l’Amérique, en les faisant passer par l’Autriche. Un grand nombre de fidèles ont déjà abandonné l’Iran par cette voie, et d’autres s’apprêtent à le faire. Je ne sais pas pourquoi cette agence agit de la sorte, mais je sais qu’elle est l’une des causes de l’accélération de l’émigration.
En ce qui concerne le dialogue interreligieux, il existe un canal officiel entre le Saint-Siège et l’Iran. J’ai d’ailleurs eu plusieurs fois l’occasion, tant à Téhéran qu’au Vatican, de participer à des rencontres du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Les propositions du synode ont d’ailleurs mis en évidence l’importance de ces échanges. Il me semble qu’il est sage de maintenir ce dialogue, parce qu’il permet une meilleure connaissance réciproque et parce qu’il consolide des amitiés fondées sur la confiance. En tant que chrétiens, nous croyons à l’action du Saint-Esprit, qui agit dans le cœur de tout homme et le conduit à la vérité révélée en Jésus- Christ. Un dialogue vécu dans la foi et dans la sincérité peut faire naître la lumière de la foi dans les cœurs de ceux qui y participent. Je préfèrerais néanmoins insister sur la nécessité et l’efficacité du dialogue dans la vie quotidienne. Dans un pays comme l’Iran – où vit un petit troupeau chrétien aux côtés d’une majorité absolue de musulmans –, c’est à travers des échanges tout à fait simples et naturels que nous pouvons témoigner notre foi en Jésus-Christ. Chaque jour, dans les lieux de travail, à l’école, en autobus, ou avec nos voisins, nous côtoyons nos frères musulmans et nous devons savoir saisir ces occasions gratuites pour annoncer l’Évangile; or cela n’est possible que si, dans notre vie quotidienne, nous sommes animés par notre amour du prochain.
Malheureusement, aux cours de ces deux semaines de travail, le synode n’a pas accordé une importance suffisante aux difficultés et aux risques que vivent les catéchumènes et les néophytes au Moyen-Orient. Ils sont souvent séparés de leur famille, persécutés par les régimes et, ce qui est pire, ils se sentent exclus par l’Église, car celle-ci ne veut prendre aucun risque. L’Évangile nous rappelle que la persécution et le martyre font partie de la vie chrétienne et de la mission de l’Église. Prions l’Esprit Saint, Esprit de courage et de force, de nous rendre capables d’accueillir nos frères et nos sœurs qui, grâce à leur témoignage de vie, contribuent à la solidité de l’Église, corps mystique du Christ.