Il y a vingt-cinq ans, le premier des cent deux voyages à l’étranger de Jean Paul II
Premier arrêt, Puebla
Du 27 janvier au 13 février 1979 a été célébrée au Mexique la troisième Conférence générale de l’épiscopat latino-américain, un événement de grande importance pour l’Église, mais pas seulement pour elle. Les souvenirs du cardinal Alfonso López Trujillo, alors secrétaire général du CELAM, aujourd’hui président du Conseil pontifical pour la Famille. Jean Paul Ier n’avait pas l’intention d’y participer, Jean Paul II décida de partir…
par Gianni Cardinale

Alfonso López Trujillo
Pour commémorer les vingt-cinq ans de la Conférence, 30Jours a posé quelques questions au cardinal Alfonso López Trujillo, soixante-huit ans depuis novembre dernier, président du Conseil pontifical pour la Famille depuis 1990 et précédemment archevêque de Medellín. Le cardinal colombien, qui a pendant longtemps travaillé au CELAM, a été en effet l’un des personnages principaux de Puebla. Élu secrétaire général du CELAM pour les années 1972-1976, il a vu son mandat renouvelé pour quatre autres années, jusqu’en 1980. Puis de 1980 à 1983, il a assumé la charge de président du CELAM.
«La troisième Conférence latino-américaine de Puebla au Mexique a été un fait d’une importance décisive pour l’Église d’Amérique latine», rappelle le cardinal López Trujillo. «Le thème était “L’évangélisation dans le présent et dans l’avenir de l’Amérique latine”. L’esprit de la Evangelii nuntiandi, le document de Paul VI que je n’hésite pas à déclarer exceptionnel, et l’élan qu’il a donné ont marqué nettement de leur empreinte les travaux de cette Conférence. Jean Paul II a pu déclarer que «l’Église d’Amérique latine a été renforcée dans sa vigoureuse unité et dans son identité”».
Éminence, la célébration de la Conférence de Puebla était prévue pour 1978. Mais cette année-là, avec la disparition de Paul VI et la mort subite de Jean Paul Ier, a été l’année des trois Papes. Cela a-t-il créé des difficultés?
ALFONSO LÓPEZ TRUJILLO: Certainement! On a même parfois pensé que c’était le signe que la Providence ne voulait pas de la célébration de Puebla. Certaines personnes sont allées jusqu’à essayer au dernier moment d’empêcher la Conférence de se tenir. Et cela, alors que tout était déjà prêt. Mais la question a vite été résolue. Il y avait beaucoup de problèmes à traiter: il était impossible de ne pas célébrer la Conférence.
À quel point la préparation en était-elle arrivée avec Paul VI?
LÓPEZ TRUJILLO: Tout était prêt pour inaugurer la Conférence le 12 octobre 1978. Le Pape qui avait convoqué la Conférence et suivi sa préparation avec la diligence et l’attention qui lui étaient propres a été appelé à la Maison du Père au moment où nous concluions la dernière réunion, à Bogotá, de la présidence de Puebla et du CELAM. On peut imaginer l’effet que cette nouvelle a eu sur nous. Elle nous a été communiquée par celui qui était alors nonce en Colombie, l’archevêque – aujourd’hui cardinal – Eduardo Martínez Somalo, qui a beaucoup collaboré avec le CELAM pour la préparation. Le perte d’un grand Souverain Pontife et le sort de Puebla nous ont remplis de tristesse. On a insisté en tout cas pour qu’il soit demandé au Pape suivant de convoquer à nouveau Puebla. Ce qu’a fait Jean Paul Ier.
Paul VI avait-il pensé inaugurer lui-même la Conférence?
LÓPEZ TRUJILLO: Si son âge et sa santé le lui avaient permis, je suis sûr qu’il l’aurait fait. En mai 1978, le 22 précisément, jour où ma nomination à la fonction d’archevêque coadjuteur de Medellín a été rendue publique, le Pape nous a reçus, la présidence de Puebla et moi-même qui étais secrétaire du CELAM. Le cardinal Paolo Bertoli, conseiller de la Commission pour l’Amérique latine, nous accompagnait. À la fin de cette inoubliable audience, en réponse à notre invitation réitérée à venir inaugurer personnellement la Conférence, le Pape a répondu: «La Conférence de Puebla, je la verrai du Paradis». C’est la dernière fois que j’ai vu Paul VI, le Pape qui m’avait nommé évêque et avait stimulé mon service avec une compréhension que je n’oublierai jamais.
Quand avez-vous connu Paul VI?
LÓPEZ TRUJILLO: Quand il est venu en Colombie – et il a été le premier pape à se rendre en Amérique latine – pour présider le Congrès eucharistique et pour inaugurer personnellement la Conférence de Medellín, laquelle s’est déroulée dans la cathédrale de Bogotá. J’étais chargé à l’époque de la préparation de l’aspect pastoral du Congrès. Cela a été vraiment une grâce pour moi, qui étais alors un jeune prêtre, de baiser ses mains dans la nonciature de Bogotá. Puis j’ai eu l’occasion d’être reçu en audience à plusieurs reprises, comme évêque auxiliaire de Bogotá et comme secrétaire du CELAM. Mon admiration et ma gratitude à son égard sont très grandes et je lui dois beaucoup pour mon travail au CELAM et dans le domaine de la Théologie de la libération.
Avez-vous eu l’occasion de connaître Albino Luciani avant qu’il ne devienne pape?
LÓPEZ TRUJILLO: Personnellement non. Quand il a été élu pape, il m’a fait appeler pour me parler de Puebla qui était sur le point de commencer. J’ai eu une longue audience sur différents aspects de la Conférence. Il y avait plusieurs questions qui l’intéressaient particulièrement comme les ministères laïques, certains problèmes de l’Église, les religieux, la catéchèse. Jean Paul Ier était cordial dans les rapports et il voulait des informations sur toute une série de points. Il était en train de préparer le message télévisé d’inauguration de la Conférence, car il ne pensait pas y participer personnellement. J’avais programmé l’enregistrement en deux moments différents car – je l’ai su par la suite – il n’avait pas l’habitude de parler longtemps. C’est ce qui explique le style synthétique et le caractère lumineux de ses interventions, comme celles qui ont été publiées dans Illustrissimi, livre que j’avais fini de lire. Des problèmes pulmonaires antérieurs l’empêchaient de parler longtemps. Ce qui frappait, c’était son amour pour l’Église et aussi sa simplicité, laquelle avait impressionné le monde entier. Je suis allé deux fois tenir des conférences au Centre qui a été institué dans son diocèse et qui porte son nom.

Jean Paul II accueilli à Puebla par les fidèles mexicains en liesse, durant son premier voyage apostolique
LÓPEZ TRUJILLO: Je l’ai connu plus particulièrement durant le Synode sur l’évangélisation dont il était rapporteur général. Il faut rappeler que c’est de ce Synode qu’est sorti le document Evangelii nuntiandi. Ce Synode a eu un rôle fondamental parce qu’y ont été traités, entre autres, des points essentiels et problématiques comme les critères pour une libération chrétienne authentique, non hypothéquée par des idéologies: des thèmes qui ont été proposés surtout par les délégués d’Amérique latine et qui étaient presque totalement nouveaux pour ceux qui venaient des autres régions. Ont été aussi abordées la question de l’inculturation, celle des mariages “coutumiers” tels qu’ils étaient pratiqués dans différentes régions d’Afrique, celle des communautés de base. Les critères présentés par Paul VI ont été un phare qui a placé sous un bon éclairage tous les problèmes.
Quand, ensuite, la fumée blanche a annoncé l’élection du cardinal Wojtyla, j’étais à Rome, près de l’obélisque de la place Saint-Pierre. J’étais en compagnie du père Cipriano Calderón (devenu par la suite évêque et vice-président de la Commission pour l’Amérique latine) qui, curieusement, avait en mains le livre Signe de contradiction, un ouvrage dans lequel sont rassemblés les textes des exercices spirituels prêchés par l’archevêque de Cracovie à la Curie romaine. Quand on parle des voies de la Providence!
Quand avez-vous rencontré Jean Paul II pour la préparation de Puebla?
LÓPEZ TRUJILLO: À vrai dire, j’avais eu l’occasion d’informer Karol Wojtyla sur le sujet avant qu’il ne devienne pape… J’étais en effet à Rome pour le début du pontificat de Jean Paul Ier et, à la fin de l’Eucharistie, j’ai rencontré à la sortie de la sacristie de Saint-Pierre le cardinal Wojtyla qui attendait sa voiture. Il pleuvait et je lui ai proposé de monter dans la mienne, mais il a préféré attendre. Pendant que nous attendions le chauffeur du cardinal, attente qui été longue parce qu’en raison de la pluie la circulation était intense, il m’a interrogé sur la Conférence de Puebla. J’ai eu le temps de l’informer de beaucoup d’aspects, des points fondamentaux dont il serait débattu, de la toile de fond du document Evangelii nuntiandi. Je dirais que le cardinal Wojtyla a ainsi eu une bonne dose d’“informations”, parce que, comme je l’ai dit, la voiture a mis longtemps à arriver. Je n’imaginais pas que j’étais en train de faire, en tant que secrétaire de Puebla, une sorte de rapport au futur Pape, à celui qui était sur le point de venir inaugurer Puebla et, avec Puebla, ses voyages apostoliques si utiles pour le monde.
Comment avez-vous préparé le voyage du Pape?
LÓPEZ TRUJILLO: J’ai été appelé à Rome quand le Pape a convoqué de nouveau la Conférence de Puebla. On en a renvoyé la date et élaboré à nouveau le plan. Le CELAM était prêt. Il était évident que le Pape avait l’intention d’inaugurer en personne la Conférence, mais avant que la décision ne puisse être prise de façon définitive, il fallait résoudre différents problèmes. Jean Paul II a consulté ses collaborateurs dans la Curie romaine, lesquels rencontraient des difficultés dont la solution n’était pas aisée. De notre côté, celui du CELAM, nous désirions beaucoup que ce projet puisse se réaliser. Parmi les problèmes qui se posaient, il y avait, en particulier, l’absence de relations diplomatiques du Saint-Siège avec le Mexique. Le Pape a bien tout pesé et sa décision ferme, disons forte, de participer à la Conférence a mis en branle la Curie, le CELAM, l’Église du Mexique, toute l’Amérique latine. Autant que je m’en souvienne, j’ai été le seul des dirigeants du CELAM à rencontrer Jean Paul II pour la préparation de Puebla.
Comment s’est passée l’inauguration? Des difficultés inattendues ont-elles surgi?
LÓPEZ TRUJILLO: Après la mémorable concélébration dans la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe, mémorable malgré certains problèmes d’organisation, nous nous sommes réunis pour la célébration à Puebla devant la foule et, le soir, pour le discours d’inauguration. Le voyage a duré trois heures. Le Pape, dans sa première “Papa mobile”, une voiture improvisée, sans toit, a failli avoir une insolation. Les médecins étaient inquiets et je me rappelle que ce n’est qu’après avoir bu une grande quantité de liquide que le Pape a pu prononcer le célèbre discours d’inauguration. Il a parlé avec profondeur et clarté. L’image devenue célèbre du “trépied” de Puebla – la vérité sur le Christ, sur l’Église et sur l’homme – a constitué la colonne vertébrale de la Conférence.
Y a-t-il eu des moments particulièrement difficiles dans la préparation et dans le déroulement de Puebla?
LÓPEZ TRUJILLO: La préparation, qui avait été confiée au CELAM, a été intense. Elle s’est déroulée dans un climat de bonne entente générale parce que l’unité des dirigeants était solide, la collaboration des membres de l’équipe de réflexion généreuse et l’harmonie, surtout avec les épiscopats, profonde. Le président du CELAM était alors Aloísio Lorscheider et nous, dirigeants, nous avons préparé avec lui le document de l’“assemblée”, appelé document vert en raison de la couleur de sa couverture, et une fois que nous avons eu la réponse des épiscopats, nous avons préparé le document de travail à l’élaboration duquel nous avons invité aussi certains évêques en dehors du CELAM. Tout s’est déroulé normalement à quelques exceptions près.
Lesquelles?
LÓPEZ TRUJILLO: Il y avait un groupe qui était opposé à la célébration de Puebla et des visites d’intimidation ont même été effectuées au Vatican pour faire obstacle à sa préparation. On en est arrivé à dire que cinq épiscopats s’opposaient au document de consultation, parmi lesquels celui du Brésil et celui de Panama. Et cela, bien que ce document n’eût pas encore été distribué aux Conférences épiscopales et que, en ce qui concerne le Brésil, le cardinal Lorscheider, qui présentait le document, fût en même temps président de la Conférence épiscopale du Brésil. Il s’agissait d’une affaire montée de toute pièce qui a été éclaircie de façon opportune par dom Aloísio. Les épiscopats ont apporté en toute conscience leur participation pleine et libre. L’équipe de réflexion a étudié avec des membres de l’Institut théologique du CELAM les points particulièrement chauds qui ont été présentés comme une aide apportée à Puebla. Parmi ceux-ci figurait, entre autres, le thème du martyre. Nous avons reçu une collaboration nombreuse, opportune et précieuse. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu de voix discordantes. Mais peu d’entre elles se sont exprimées publiquement et à, à Puebla, elles ont fini par voter de façon unanime.
Le principe était ferme: la Conférence était guidée par les évêques et le CELAM s’en est tenu à ce principe. Des experts ou des groupes de pression n’ont pas pris leur place ni n’ont limité leur responsabilité. Et ce n’est pas par hasard que, sans rupture, dans une continuité sereine, j’ai été élu quelques mois après Puebla président du CELAM.

Jean Paul II intervient à la troisième Conférence du CELAM, le 28 janvier 1979. On reconnaît au premier plan Alfonso López Trujillo, alors archevêque
LÓPEZ TRUJILLO: Et Puebla, finalement, a mis en valeur les communautés de base valides, celles qui avaient un caractère évangélisateur et étaient en communion avec les évêques. La Conférence a cependant averti qu’il fallait absolument éviter qu’elles ne soient soumises à des manipulations politiques, qu’il fallait préserver leur caractère ecclésial, puisque certains interprétaient les communautés de base comme constituées par la “base” de l’Église populaire. En ce qui concerne la Théologie de la libération, il faut rappeler que nombreux ont été en Amérique latine, y compris parmi les prêtres et les religieux, ceux qui ont choisi la voie violente de la guérilla. Ils agissaient par générosité mais ils étaient trompés par le mythe marxiste qui, loin d’aider les pauvres finissait par les trahir. Puebla, au contraire, a marqué la renaissance mondiale de la doctrine sociale, avec une insistance particulière sur la dignité humaine, celle des pauvres et des peuples opprimés, exploités, blessés par les injustices séculaires.
Un autre sujet chaud était celui de l’option préférentielle pour les pauvres…
LÓPEZ TRUJILLO: Pendant la préparation d’abord, puis durant la Conférence elle-même, on a fait particulièrement attention à définir très précisément la perpective dans laquelle devait être considérée cette expression et le sens qu’il fallait lui donner pour éviter toute interprétation peu objective. Les évêques d’Amérique latine, ceux qui avaient participé au Concile comme ceux qui avaient été nommés plus récemment, avaient une juste conception de la doctrine sociale de l’Église. Ils travaillaient pour les pauvres, sans céder à l’interprétation largement diffusée issue de l’analyse marxiste, laquelle considérait les pauvres comme le fer de lance de la lutte des classes. Dans la Conférence précédente, celle de Medellín, l’option qui avait été choisie n’était pas idéologique, elle ne faisait pas l’apologie de la violence, malgré certaines interprétations capricieuses du texte de Medellín auxquelles le Pape a fait allusion.
On a donc défendu à Puebla l’option préférentielle pour les pauvres, mais une option non réductrice, non exclusive ni excluante. Cela n’a pas plu aux théologiens de la libération…
Quels sont les théologiens de la libération qui ont participé à la Conférence et quelle a été leur position ?
LÓPEZ TRUJILLO: Il faut rappeler que de grands efforts de dialogue avec les principaux théologiens ont été faits à l’intérieur du CELAM. Gustavo Gutiérrez, par exemple, a fait partie de l’équipe préparatoire que je présidais. Les “libérationistes” n’ont pas participé à la Conférence en tant qu’experts ou invités parce que l’un des critères, adopté précédemment, pour participer en tant que tel était qu’il fallait être présenté par les Conférences épiscopales, ce qui n’était le cas pour aucun d’eux. La grande majorité des évêques prenait clairement ses distances. De fait, il y a eu à Puebla un groupe de pression qui avait l’intention d’exercer son influence de l’extérieur, mais il n’y est pas parvenu et n’a été soutenu ni dans son entreprise ni dans ses projets. Ces gens ont essayé, mais sans succès. Après le vote unanime du document de Puebla, ils se sont employés à le critiquer: ce document, selon eux, représentait un pas en arrière. Ce n’est qu’ensuite qu’ils se sont apparemment convertis, tout en critiquant certains points.
Le document final de Puebla n’a donc pas été influencé par les idées des théologiens de la libération ?
LÓPEZ TRUJILLO: En réalité, ils ont cherché à jouer de leur influence, mais sans succès. Les textes clairs sur la Théologie de la libération ont été écrits, comme c’est notoire, par dom Hélder Cámara et moi-même. Je parle des numéros 480-490 du document final. Et ils ont reçu la pleine approbation de la Conférence. Dans ce texte, on ne condamne pas une théologie de la libération chrétienne simple et authentique. Au contraire. Mais on condamne de façon nette toute dérive idéologique dans un sens marxiste. Permettez-moi de lire le numéro 486: «C’est une libération qui sait utiliser les moyens évangéliques, avec leur efficacité particulière, et qui ne recourt à aucune classe de violence, ni à la dialectique de la lutte des classes, mais à l’énergie et à l’action vigoureuses des chrétiens». C’est là le sentiment qui prévaut et qui est donc unanime dans le document. L’authentique théologie de la libération manquerait d’originalité si elle était accaparée et manipulée par les idéologies (cf. n. 483).
Avez-vous rencontré récemment des théologiens de la libération?
LÓPEZ TRUJILLO: J’étais personnellement ami avec des théologiens de la libération, c’était aussi le cas des membres de l’équipe. Dans ce domaine il n’y a pas eu de ruptures personnelles. Sur la Théologie de la libération j’ai écrit pas mal de choses, mais j’ai toujours concentré mon attention sur le contenu et non sur les personnes. Il y a quelques semaines, j’ai par hasard rencontré Gustavo Gutiérrez qui était comme moi à la librairie des sœurs “Paoline”, via della Conciliazione. Notre rencontre a été très cordiale, nous avons rappelé le vieux temps. Bien qu’il ait sept ou huit ans de plus que moi, nous nous connaissions avant même mon ordination parce que j’étais président de l’Action catholique de Bogotá avant d’entrer au séminaire et qu’il était lui aussi actif dans ce domaine. On sait que nos positions sur cette question étaient différentes. Et, à dire vrai, je ne suis pas au courant d’une rectification qui lui a pourtant été demandée sur certains sujets…
Qu’attendez-vous d’une nouvelle Conférence, cinquante ans après la fondation du CELAM?
LÓPEZ TRUJILLO: J’espère que ce sera une Conférence bien enracinée dans le passé, dans la réalité actuelle, et très ouverte à l’avenir, aux grands problèmes de l’Église sur le continent et dans le monde. Peut-être serait-il souhaitable qu’elle n’accorde pas trop d’importance à certains thèmes que l’on débat en Europe sans trop se soucier de la mission, en soulevant des problèmes, généralement non fondés, comme celui du “centralisme romain”, ou en présentant une notion fort ambiguë de la collégialité, qui met presque en opposition le Pape et les évêques.
Certains ont dit qu’en Europe la menace, c’est le nouveau paganisme. Et c’est aussi une menace pour l’Amérique latine, comme on peut le noter au sein de certains Parlements et institutions. L’Église latino-américaine a pour cette raison une grande responsabilité historique: non seulement en raison de son poids numériquement bien réel, mais surtout en raison de son poids qualitatif, de son identité, de la communion, de la ferveur et de l’évangélisation qui la caractérisent.