Souvenir de Reagan
Giulio Andreotti
Quand il vint en visite à Rome comme gouverneur de la
Californie, Ronald Reagan représenta une nouveauté. Il s’était fait préparer
par le Département d’État de petites fiches sur les problèmes internationaux
pendants, et quand l’un de ces sujets était abordé, il consultait diligemment
ses fiches et en respectait point par point le contenu. S’il n’avait pas de
fiches, il disait explicitement qu’il n’était pas informé et mettait le sujet
de côté. Une attitude de responsabilité que j’ai rarement vue chez les nombreux
personnages étrangers qu’il m’a été donné de rencontrer.

Mais il y avait plus (et cela valait aussi
dans les rencontres collégiales): s’il n’était pas informé sur un sujet, il
n’improvisait pas d’hypothèses de solution: il le faisait retirer de l’ordre du
jour en disant qu’il n’avait pas préparé la question. Un vrai chef-d’œuvre
d’humilité et de sagesse qu’il conserva même lorsqu’il fut président. S’il
n’était pas informé, il le disait aussitôt, car il n’aimait pas céder
totalement le pas à ses collaborateurs, quand bien même ceux-ci étaient de
grande autorité. Plus, il faisait diversion en racontant – dans le but évident
de distraire – des histoires drôles qu’il puisait dans un répertoire plutôt
limité, vu que j’en ai entendu raconter certaines deux fois ou plus. Il y avait
au fond de lui une veine satirique de chansonnier qu’il aimait exercer contre
le corps diplomatique et le Département d’État lui-même.
«Un ambassadeur myope mais ne portant pas, par coquetterie, de lunettes, plein de décorations et impeccable dans son habit tout brodé d’or, entre, lors d’une fête, dans un salon où l’orchestre a déjà commencé à jouer. Il s’approche d’une femme (présumée) en rouge et lui demande l’honneur de lui accorder la danse: “Je ne peux pas”, lui répond-on, “je suis le nonce apostolique et, de plus, on est en train de jouer l’hymne national”».
Autre morceau de son répertoire: «Deux personnes sur un ballon, dans le ciel de Washington, ont perdu leur direction et se laissent emporter au hasard des courants. Finalement, voyant une petite foule rassemblée sur une terrasse, ils font descendre le ballon et demandent en criant: “Où sommes-nous?”. On leur répond: “Vous êtes en vol”. La terrasse était celle du Département d’État».
Dans le Bureau Ovale de la Maison blanche il m’est arrivé une curieuse aventure. L’audience avait été anticipée et je m’étais habillé à la hâte. De plus, cette fois, il n’y avait pas eu cette demi-journée de pause dans une petite ville de banlieue, durant laquelle on fait une agréable promenade en voiture à cheval au milieu des habitants habillés à la coloniale qui vous saluent. Demi-journée qui permet d’habitude aux hôtes de s’adapter au fuseau horaire. Ainsi, après le salut rituel, Reagan m’invita, très amusé, à remonter la fermeture éclair de mon pantalon. Je me sentis naturellement très vexé.
Un bon nombre d’années plus tard, cet incident protocolaire me revenait en mémoire, quand un ami m’énonça les trois vérifications à faire pour voir si l’on a vieilli: difficulté à se rappeler les noms propres, fermeture incomplète des pantalons et la troisième, il ne se la rappela pas.
Pour revenir à Reagan, il fut particulièrement cordial et souriant à Venise durant la réunion du G7 en juin 1987. Ne pouvant pas faire venir sa voiture, comme c’est l’habitude pour les présidents des États-Unis, les Américains avaient exigé que le bateau fût conduit par les hommes de leur service de sécurité. Sans problème, mais après deux tentatives vaines pour aborder à l’île de San Giorgio, un conducteur de la lagune les remplaça et tout alla pour le mieux.

Le président était enthousiaste de Venise
et il n’en faisait pas mystère, poussant à réduire la durée des séances pour
pouvoir profiter des canaux et des places. Il fut très content de l’hommage
qu’on lui fit d’une petite reproduction de la Statue de la Liberté, œuvre du
sculpteur de Vénétie Gianni Visentin. Il me demanda si le cadeau était pour le
président ou pour la personne: distinction qui (m’expliqua-t-on) vient de la
règle stricte selon laquelle les hommages que les présidents des États-Unis
reçoivent ne peuvent dépasser quelques dollars.
Mais ce fut durant une rencontre du G7 que mes actions auprès de Reagan montèrent le plus haut. La discussion sur des sujets de finance internationale assez techniques traînait en longueur et nous étions tous plutôt fatigués, quand Ronald Reagan s’en sortit en marmonnant cette phrase: «Il faudrait ici un saut à la Caprilli ». Personne (interprètes compris) ne saisit le sens de cette expression et j’intervins alors en expliquant qu’il s’agissait d’un cavalier italien qui avait inventé une nouvelle méthode pour sauter les obstacles. Reagan m’adressa son sourire des grands jours et il ne cessa pendant toute la session de m’exprimer sa bienveillance.
Quand je le rencontrai, la fois suivante, je lui apportai une photographie de Caprilli et son enthousiasme se renouvela.
Parmi les rencontres que j’ai eues avec Reagan, j’en citerai deux. La première eut lieu dans un contexte historique. Gorbatchev avait depuis le Kremlin fait des offres d’ouverture que le monde politico-diplomatqiue international regardait avec un prudent scepticisme. Le président Reagan accepta une rencontre à Genève, mais il voulut d’abord consulter de façon collégiale les gouvernements amis (pas seulement les pays de l’OTAN), proposant une rencontre à New York.
La malchance voulut que, peu de jours auparavant, eût eu lieu le détournement de l’Achille Lauro, dû à un groupe de Palestiniens. Ce furent des heures de grande tension et la solution qui fut trouvée fut de faire aborder le bateau en Syrie (le président Assad que l’on avait joint en Tchécoslovaquie où il était en visite, nous donna tout de suite son accord). Mais les Américains s’y opposèrent, misant sur un abordage dont la réalisation se révéla ensuite impossible. Alors les Égyptiens, sur les conseils d’un émissaire d’Arafat, Abou Abbas, qui était descendu chez eux pour offrir ses bons offices, trouvèrent une solution. J’ajoute que l’idée de s’adresser à Arafat avait été suggérée à notre ambassadeur à Washington, Rinaldo Petrignani, par le Département d’État. L’immunité fut assurée au commando criminel, mais on ne savait pas alors que pendant la navigation forcée un passager américain, M. Leon Klinghoffer, avait été assassiné. Quand cette nouvelle fut connue, un avion américain poursuivit l’avion égyptien qui ramenait à Tunis le commando et l’obligea à atterrir à Sigonella. Les Américains demandèrent brusquement que leur soit remis aussi bien le commando que l’homme des bons offices, dont ils soupçonnaient la complicité. Pour une juste raison de principe, les Italiens refusèrent et l’on frôla ainsi un conflit armé avec les Américains.

Ce furent des heures de dure incertitude.
Reagan, avec l’aide de Mike Leeden, téléphona dans la nuit à Craxi qui donna un
semi-consentement au projet de bloquer les Palestiniens. À George Schultz
(secrétaire d’État) qui m’adressait par téléphone la même requête, je dus
répondre avec plus de prudence, dans la mesure – surtout – où les Égyptiens
n’auraient pas laissé repartir l’Achille Lauro si nous avions retenu leur avion
et si nous n’avions pas respecté l’accord que nous avions pris ensemble. De
Sigonella, l’avion fut transféré à Rome et de là, sur décision des magistrats
compétents, il fut autorisé à repartir, mais sans les auteurs du détournement
qui furent arrêtés et régulièrement jugés. Nous sûmes plus tard que le médiateur Abou Abbas avait été
complice. Il fut lui aussi jugé et condamné, mais par contumace. Il s’était
rendu clandestinement à Bagdad où il est mort peu avant la chute de Saddam
Hussein.
L’assassinat de Leon Klinghoffer suscita une intense émotion aux États-Unis. Une campagne extrêmement violente se déclencha contre nous dans la presse et à la télévision, nous fûmes accusés de complicité.
Craxi et moi ne pouvions dans ces conditions nous rendre au rendez-vous de New York avec lequel les Français, qui avaient refusé l’invitation, avaient déjà pris leurs distances.
Par chance, il y avait un américain de grande autorité, un sage, un véritable homme de paix. Je veux parler du général Vernon Walters, mon vieil ami qui, comme attaché militaire des États-Unis à Rome, m’avait plusieurs fois accompagné dans mes voyages là-bas. Il était à ce moment-là ambassadeur auprès des Nations Unies. Je lui téléphonai pour le consulter et il me rappela quelques heures plus tard me demandant si Craxi était prêt à recevoir un envoyé de Reagan. Évidemment. Celui-ci vint le jour suivant avec une lettre très amicale et toutes les difficultés furent aplanies.
Nous allâmes à New York et ce fut vraiment un moment historique. Reagan était resté seul les jours précédents et il vint à la rencontre tirant de sa poche une feuille de papier. Nous notâmes chez Schultz et chez les autres qui ne connaissaient pas le contenu de ces notes une appréhension sensible. Ce n’était pas une fiche préparée par les bureaux de la présidence. Reagan nous le lut d’une voix émue. Il ne savait pas si Gorbatchev faisait ou pouvait faire sérieusement sa grande ouverture, mais personne ne devait avoir, devant sa propre conscience ni devant l’histoire, la responsabilité de ne pas l’avoir vérifié.
La rencontre de Genève se déroula fort bien et ce fut le début d’une période internationale plus constructive qu’on ne pouvait l’espérer; il y eut un moment décisif – dans les développements – lié à une initiative italienne.

Ce qui faisait obstacle à l’accord sur la
réduction des arsenaux nucléaires, c’était le problème de la vérification. Pour
les Américains, les contrôleurs russes étaient des espions inacceptables,
tandis que, pour les Soviétiques, la vérification constituait une ingérence
capitaliste que les forces armées ne pouvaient absolument pas tolérer.
Dans le sillage des rencontres et des initiatives internationales de M. Zichichi, qui se déroulaient depuis des années à Erice avec la participation des spécialistes de physique nucléaire les plus renommés (les Américains et les Soviétiques étaient exceptionnellement toujours présents), fut organisée une réunion ad hoc à Villa Madama, à Rome. Trois jours plus tard, nous étions en possession de la formule réglant les contrôles réciproques sans préavis, que les gouvernements acceptèrent.
Lorsque, plus tard, une fois l’accord conclu, les Bulgares vinrent en Italie pour effectuer un contrôle, celui-ci ne constitua qu’un acte d’administration ordinaire.
La rencontre avec Reagan à Los Angeles, en 1984, se situe dans un tout autre contexte. Le président l’avait courtoisement fixée durant les jours de clôture des Jeux Olympiques, sur lesquels pesait, hélas !, politiquement l’absence polémique des Soviétiques et de tous les pays satellites. Seule exception, la Roumanie qui, pour cela, fut très chaudement applaudie.
Peu avant de repartir pour les États-Unis, j’avais fait une visite intergouvernementale à Tripoli et, parlant à Kadhafi de son “livre vert”, je lui dis que j’avais apprécié le passage dans lequel il est écrit qu’aucun homme n’est libre s’il n’est propriétaire de la tente (ou de la maison) dans laquelle il habite et de son moyen de transport. Je louai l’allure libérale de ce principe et le Colonel se réjouit de ce que j’avais lu son livre, à la différence de beaucoup de gens qui avaient à son égard un préjugé hostile. De là lui vint l’idée d’en faire parvenir un exemplaire, par mon intermédiaire, au président Reagan. Ce que je fis, même si les regards des collaborateurs du président exprimaient de l’étonnement plutôt que du plaisir. Vingt ans allaient passer avant que Kadhafi n’entrât dans la sphère des sympathies anglo-américaines. Mieux vaut tard que jamais.
Reagan reste, en tout cas, comme le président américain du dialogue et de la réduction des armements.
Que son âme repose en paix.

Les funérailles de Ronald Reagan, disparu le 5 juin 2004
«Un ambassadeur myope mais ne portant pas, par coquetterie, de lunettes, plein de décorations et impeccable dans son habit tout brodé d’or, entre, lors d’une fête, dans un salon où l’orchestre a déjà commencé à jouer. Il s’approche d’une femme (présumée) en rouge et lui demande l’honneur de lui accorder la danse: “Je ne peux pas”, lui répond-on, “je suis le nonce apostolique et, de plus, on est en train de jouer l’hymne national”».
Autre morceau de son répertoire: «Deux personnes sur un ballon, dans le ciel de Washington, ont perdu leur direction et se laissent emporter au hasard des courants. Finalement, voyant une petite foule rassemblée sur une terrasse, ils font descendre le ballon et demandent en criant: “Où sommes-nous?”. On leur répond: “Vous êtes en vol”. La terrasse était celle du Département d’État».
Dans le Bureau Ovale de la Maison blanche il m’est arrivé une curieuse aventure. L’audience avait été anticipée et je m’étais habillé à la hâte. De plus, cette fois, il n’y avait pas eu cette demi-journée de pause dans une petite ville de banlieue, durant laquelle on fait une agréable promenade en voiture à cheval au milieu des habitants habillés à la coloniale qui vous saluent. Demi-journée qui permet d’habitude aux hôtes de s’adapter au fuseau horaire. Ainsi, après le salut rituel, Reagan m’invita, très amusé, à remonter la fermeture éclair de mon pantalon. Je me sentis naturellement très vexé.
Un bon nombre d’années plus tard, cet incident protocolaire me revenait en mémoire, quand un ami m’énonça les trois vérifications à faire pour voir si l’on a vieilli: difficulté à se rappeler les noms propres, fermeture incomplète des pantalons et la troisième, il ne se la rappela pas.
Pour revenir à Reagan, il fut particulièrement cordial et souriant à Venise durant la réunion du G7 en juin 1987. Ne pouvant pas faire venir sa voiture, comme c’est l’habitude pour les présidents des États-Unis, les Américains avaient exigé que le bateau fût conduit par les hommes de leur service de sécurité. Sans problème, mais après deux tentatives vaines pour aborder à l’île de San Giorgio, un conducteur de la lagune les remplaça et tout alla pour le mieux.

Ronald Reagan et Giulio Andreotti
Mais ce fut durant une rencontre du G7 que mes actions auprès de Reagan montèrent le plus haut. La discussion sur des sujets de finance internationale assez techniques traînait en longueur et nous étions tous plutôt fatigués, quand Ronald Reagan s’en sortit en marmonnant cette phrase: «Il faudrait ici un saut à la Caprilli ». Personne (interprètes compris) ne saisit le sens de cette expression et j’intervins alors en expliquant qu’il s’agissait d’un cavalier italien qui avait inventé une nouvelle méthode pour sauter les obstacles. Reagan m’adressa son sourire des grands jours et il ne cessa pendant toute la session de m’exprimer sa bienveillance.
Quand je le rencontrai, la fois suivante, je lui apportai une photographie de Caprilli et son enthousiasme se renouvela.
Parmi les rencontres que j’ai eues avec Reagan, j’en citerai deux. La première eut lieu dans un contexte historique. Gorbatchev avait depuis le Kremlin fait des offres d’ouverture que le monde politico-diplomatqiue international regardait avec un prudent scepticisme. Le président Reagan accepta une rencontre à Genève, mais il voulut d’abord consulter de façon collégiale les gouvernements amis (pas seulement les pays de l’OTAN), proposant une rencontre à New York.
La malchance voulut que, peu de jours auparavant, eût eu lieu le détournement de l’Achille Lauro, dû à un groupe de Palestiniens. Ce furent des heures de grande tension et la solution qui fut trouvée fut de faire aborder le bateau en Syrie (le président Assad que l’on avait joint en Tchécoslovaquie où il était en visite, nous donna tout de suite son accord). Mais les Américains s’y opposèrent, misant sur un abordage dont la réalisation se révéla ensuite impossible. Alors les Égyptiens, sur les conseils d’un émissaire d’Arafat, Abou Abbas, qui était descendu chez eux pour offrir ses bons offices, trouvèrent une solution. J’ajoute que l’idée de s’adresser à Arafat avait été suggérée à notre ambassadeur à Washington, Rinaldo Petrignani, par le Département d’État. L’immunité fut assurée au commando criminel, mais on ne savait pas alors que pendant la navigation forcée un passager américain, M. Leon Klinghoffer, avait été assassiné. Quand cette nouvelle fut connue, un avion américain poursuivit l’avion égyptien qui ramenait à Tunis le commando et l’obligea à atterrir à Sigonella. Les Américains demandèrent brusquement que leur soit remis aussi bien le commando que l’homme des bons offices, dont ils soupçonnaient la complicité. Pour une juste raison de principe, les Italiens refusèrent et l’on frôla ainsi un conflit armé avec les Américains.

Le 7 octobre 1985, un commando palestinien séquestre le bateau de croisière Achille Lauro dans les eaux au large de l’Égypte. Il y a 454 personnes à bord. Ci-dessus, l’Achille Lauro escorté, pendant qu’il quitte Port Saïd
L’assassinat de Leon Klinghoffer suscita une intense émotion aux États-Unis. Une campagne extrêmement violente se déclencha contre nous dans la presse et à la télévision, nous fûmes accusés de complicité.
Craxi et moi ne pouvions dans ces conditions nous rendre au rendez-vous de New York avec lequel les Français, qui avaient refusé l’invitation, avaient déjà pris leurs distances.
Par chance, il y avait un américain de grande autorité, un sage, un véritable homme de paix. Je veux parler du général Vernon Walters, mon vieil ami qui, comme attaché militaire des États-Unis à Rome, m’avait plusieurs fois accompagné dans mes voyages là-bas. Il était à ce moment-là ambassadeur auprès des Nations Unies. Je lui téléphonai pour le consulter et il me rappela quelques heures plus tard me demandant si Craxi était prêt à recevoir un envoyé de Reagan. Évidemment. Celui-ci vint le jour suivant avec une lettre très amicale et toutes les difficultés furent aplanies.
Nous allâmes à New York et ce fut vraiment un moment historique. Reagan était resté seul les jours précédents et il vint à la rencontre tirant de sa poche une feuille de papier. Nous notâmes chez Schultz et chez les autres qui ne connaissaient pas le contenu de ces notes une appréhension sensible. Ce n’était pas une fiche préparée par les bureaux de la présidence. Reagan nous le lut d’une voix émue. Il ne savait pas si Gorbatchev faisait ou pouvait faire sérieusement sa grande ouverture, mais personne ne devait avoir, devant sa propre conscience ni devant l’histoire, la responsabilité de ne pas l’avoir vérifié.
La rencontre de Genève se déroula fort bien et ce fut le début d’une période internationale plus constructive qu’on ne pouvait l’espérer; il y eut un moment décisif – dans les développements – lié à une initiative italienne.

Washington 1987, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signent le traité sur la réduction des armements
Dans le sillage des rencontres et des initiatives internationales de M. Zichichi, qui se déroulaient depuis des années à Erice avec la participation des spécialistes de physique nucléaire les plus renommés (les Américains et les Soviétiques étaient exceptionnellement toujours présents), fut organisée une réunion ad hoc à Villa Madama, à Rome. Trois jours plus tard, nous étions en possession de la formule réglant les contrôles réciproques sans préavis, que les gouvernements acceptèrent.
Lorsque, plus tard, une fois l’accord conclu, les Bulgares vinrent en Italie pour effectuer un contrôle, celui-ci ne constitua qu’un acte d’administration ordinaire.
La rencontre avec Reagan à Los Angeles, en 1984, se situe dans un tout autre contexte. Le président l’avait courtoisement fixée durant les jours de clôture des Jeux Olympiques, sur lesquels pesait, hélas !, politiquement l’absence polémique des Soviétiques et de tous les pays satellites. Seule exception, la Roumanie qui, pour cela, fut très chaudement applaudie.
Peu avant de repartir pour les États-Unis, j’avais fait une visite intergouvernementale à Tripoli et, parlant à Kadhafi de son “livre vert”, je lui dis que j’avais apprécié le passage dans lequel il est écrit qu’aucun homme n’est libre s’il n’est propriétaire de la tente (ou de la maison) dans laquelle il habite et de son moyen de transport. Je louai l’allure libérale de ce principe et le Colonel se réjouit de ce que j’avais lu son livre, à la différence de beaucoup de gens qui avaient à son égard un préjugé hostile. De là lui vint l’idée d’en faire parvenir un exemplaire, par mon intermédiaire, au président Reagan. Ce que je fis, même si les regards des collaborateurs du président exprimaient de l’étonnement plutôt que du plaisir. Vingt ans allaient passer avant que Kadhafi n’entrât dans la sphère des sympathies anglo-américaines. Mieux vaut tard que jamais.
Reagan reste, en tout cas, comme le président américain du dialogue et de la réduction des armements.
Que son âme repose en paix.