Portrait de l’archevêque Giovanni Lajolo
Lorsque diplomatie rime avec eutrapélie
par Gianni Cardinale

Giovanni Lajolo
Mgr Lajolo a pris ses nouvelles fonctions le 24 novembre dernier. Sa première “apparition publique” en qualité de “ministre des Affaires étrangères” s’est déroulée à l’Université Pontificale Grégorienne le 12 février dernier, où il a prononcé un discours lors de la cérémonie solennelle à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ouverture des rapports diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Iran. Sa première mission à l’étranger a eu lieu en Grande Bretagne du 11 au 13 mai. À Londres, Mgr Lajolo a eu l’occasion de rencontrer les dirigeants de l’Église catholique, en premier lieu le cardinal de Westminster Cormac Murphy-O’Connor et le primat de la Communion anglicane Rowan Williams, ainsi que d’éminents représentants du cabinet de Tony Blair, comme le ministre des Affaires étrangères Jack Straw et le chancelier de l’Échiquier James Gordon Brown.
Deux curiosités: bien que Piémontais pur sang, Mgr Lajolo est le fils d’une Américaine. Quelque temps après l’annonce de sa nomination, il a raconté au Catholic News Service, le service de presse de l’épiscopat américain, qu’avant de se marier sa mère avait émigré avec sa famille et avait pris la nationalité américaine «dont elle était tellement fière qu’elle l’avait conservée même après son retour en Italie». Par ailleurs, Mgr Lajolo cultive une vertu peu connue, la vertu appelée en grec l’eutrapélie. C’est ce qu’il a révélé dans sa communication en l’honneur de son “inoubliable supérieur”, le cardinal Corrado Bafile, parue l’an dernier dans des mélanges réalisés par Mgr Francesco Di Felice à l’occasion du centième anniversaire du cardinal originaire des Abruzzes (qui a eu 101 ans le 4 juillet). À la fin de sa communication, Lajolo écrit: «Il faut que la vertu de l’eutrapélie aide à rendre plus humain, plus léger et plus efficace tout service, notamment le service ecclésiastique, et qu’elle puisse contribuer de façon sensible, comme on l’a vu chez le nonce Bafile, au succès de l’activité d’un diplomate du Saint-Siège. Cette vertu est du reste, elle aussi, un doux rayon de la lumière du Christ». Or en quoi consiste exactement cette vertu? Mgr Lajolo a bien voulu l’expliquer aux lecteurs de 30Jours. Voici ce qu’il dit: «On peut définir l’eutrapélie comme la vertu de la gaîté, telle qu’on la trouve chez saint Philippe Neri et saint Jean Bosco. Elle consiste à détendre l’arc trop tendu dans l’effort physique ou spirituel. Pour employer un mot moderne, on pourrait dire aussi que c’est l’art de se relaxer. Saint Thomas d’Aquin dans sa Summa Theologica – une œuvre manifestement sérieuse et rigoureuse, mais aussi empreinte d’une sérénité olympienne – en parle à plusieurs reprises et écrit que l’âme humaine se brise si elle ne “relâche” jamais sa tension. La vertu de l’eutrapélie permet de transformer les mots et les actions en moments de sérénité. Elle se manifeste dans l’allégresse du jeu, mais elle transparaît aussi dans l’humour d’une répartie amicale, dans un récit plein de finesse ou dans une conversation brillante. Parmi nos proches, Jean XXIII, Jean Paul Ier, et le Pape actuel nous ont offert des exemples d’eutrapélie».