Lignes d’accord
La Libye est un pays avec lequel nous avons eu besoin de trouver des lignes d’accord, ce qui valait mieux que d’accentuer les divisions. Et nous devons aujourd’hui encore chercher avec eux les sujets sur lesquels nos positions peuvent converger, car si nous ne le faisons pas, nous risquons de le payer cher
par Giulio Andreotti
![Réfugiés libyens à la frontière tunisienne [© Ansa]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/1-1_2-2011.jpg )
Réfugiés libyens à la frontière tunisienne [© Ansa]
Il est triste de voir combien de gens meurent en Libye sans que l’on sache (et sans que les Libyens peut-être sachent eux-mêmes) pour quel motif on est en train de combattre. Malheureusement, en Libye, l’exaspération des différences ethniques joue un rôle important et on ne perd aucune occasion de mettre en évidence ce qui sépare les uns des autres.
Chronologiquement, la révolte a éclaté après celles qui se sont produites en Tunisie et en Égypte mais, tout en reconnaissant le principe que souvent, entre pays voisins, il peut exister une attirance réciproque dans les processus vertueux comme dans les processus négatifs, je n’ai aucun élément pour affirmer avec certitude que ce qui arrive en Libye est la même chose que ce qui est arrivé en Égypte.
Il semble paradoxal que nous soyons pris à l’improviste par ces événements alors que nous vivons dans un monde où, beaucoup plus que par le passé, nous parvient chaque jour une masse impressionnante de données et de nouvelles. Cela vient peut-être de ce que nous n’approfondissons jamais les phénomènes et en restons à l’impression immédiate que nous procure une nouvelle. Nous additionnons les faits les uns aux autres mais ne faisons jamais aucune comparaison.
La réaction des États-Unis à cette crise a suscité elle aussi, dans la mesure où ils sont loin de la Méditerranée, quelque critique; et il est vrai que, lorsqu’on voit un problème de loin, il est parfois difficile de le comprendre sous tous ses aspects, mais d’un autre côté, le fait de voir les choses de loin donne la possibilité de saisir ce qu’il y a d’essentiel, sans se perdre dans les aspects superficiels. Avant donc de dire que les Américains se trompent sur ce sujet, j’y regarderais à deux fois.
J’ai dit, il y a des années, qu’un conflit à l’intérieur des compagnies pétrolifères américaines influait sur le problème libyen; je n’en ai jamais eu la preuve mathématique, mais le soupçon que ce soit un élément qui a une influence sur la situation est plus que légitime.
L’Italie a été souvent accusée – et à tort – d’avoir une attitude trop indulgente à l’égard de Kadhafi. Il est sûr que Kadhafi a des idées et des caractéristiques différentes des nôtres mais nous ne pouvons pas prétendre que tout le monde soit aligné sur nos modèles.
Nous avons toujours voulu donner l’impression aux Libyens, parce que cela correspondait à la vérité, que nous respections leurs caractéristiques particulières, même lorsque leur orgueil se dressait contre l’époque du colonialisme italien. Les Libyens nous voyaient alors comme des adversaires mais non comme des ennemis et c’est peut-être là la différence avec le moment actuel.
La Libye est un pays avec lequel nous avons eu besoin de trouver des lignes d’accord, ce qui valait mieux que d’accentuer les divisions. Et nous devons aujourd’hui encore chercher avec eux les sujets sur lesquels nos positions peuvent converger, car si nous ne le faisons pas, nous risquons de le payer cher.
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