«Par tes seules forces, tu ne peux te relever. Serre la main de Celui qui descend jusqu’à toi»
Saint Augustin, imaginant qu’il s’adresse à l’apôtre, commente: le Seigneur «s’est abaissé et t’a pris par la main. Par tes seules forces, tu ne peux te relever. Serre la main de Celui qui descend jusqu’à toi» (Enarrationes in Psalmos 95, 7) et cela il ne le dit pas uniquement à Pierre, mais il nous le dit à nous aussi
Benoît XVI, Palais apostolique de Castel Gandolfo, dimanche, 7 août 2011
![Jésus sauve Pierre des eaux, mosaïque de la cathédrale de Monreale, Palerme [© Enzo LoVerso]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/90-08-011.jpg)
Jésus sauve Pierre des eaux, mosaïque de la cathédrale de Monreale, Palerme [© Enzo LoVerso]
Palais apostolique de Castel Gandolfo
dimanche 7 août 2011
Chers frères et sœurs,
Dans l’Évangile de ce dimanche, nous rencontrons Jésus qui, s’étant retiré sur la montagne, prie tout au long de la nuit. Le Seigneur, à l’écart aussi bien des gens que de ses disciples, manifeste son intimité avec le Père et la nécessité de prier dans la solitude, à l’abri des tumultes du monde. Cet éloignement, ne doit toutefois pas être entendu comme un désintérêt à l’égard des personnes ou un abandon des apôtres. Au contraire – raconte saint Matthieu – il obligea les disciples à monter dans la barque et «à le devancer sur l’autre rive» (Mt 14, 22), pour les rencontrer à nouveau. Entre-temps, la barque «se trouvait déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire» (v. 24), et voici qu’«à la quatrième veille de la nuit, [Jésus] vint vers eux en marchant sur la mer» (v. 25); les disciples furent troublés et le prenant pour un fantôme «pris de peur, ils se mirent à crier» (v. 26), ils ne le reconnurent pas, ils ne comprirent pas qu’il s’agissait du Seigneur. Mais Jésus les rassure: «Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur» (v. 27). C’est un épisode dont les Pères de l’Église ont tiré une très riche signification. La mer symbolise la vie présente et l’instabilité du monde visible; la tempête indique toutes sortes de tribulations, de difficultés, qui oppriment l’homme. La barque, en revanche, représente l’Église construite par le Christ et guidée par les apôtres. Jésus veut éduquer les disciples à supporter avec courage les adversités de la vie, en ayant confiance en Dieu, en Celui qui s’est révélé au prophète Elie sur l’Horeb dans le «bruit d’une brise légère» (1R 19, 12). Ce passage se poursuit ensuite par le geste de l’apôtre Pierre qui, dans un élan d’amour envers le Maître, lui demande d’aller à sa rencontre en marchant sur les eaux. «Mais, voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria: “Seigneur, sauve-moi!”» (Mt 14, 30). Saint Augustin, imaginant qu’il s’adresse à l’apôtre, commente: le Seigneur «s’est abaissé et t’a pris par la main. Par tes seules forces, tu ne peux te relever. Serre la main de Celui qui descend jusqu’à toi» (Enarrationes in Psalmos 95, 7) et cela il ne le dit pas uniquement à Pierre, mais il nous le dit à nous aussi. Pierre marche sur les eaux non par ses propres forces, mais par la grâce divine, en laquelle il croit, et lorsqu’il est emporté par le doute, lorsqu’il ne fixe plus le regard sur Jésus, mais qu’il a peur du vent, lorsqu’il ne se fie pas pleinement à la parole du Maître, cela veut dire qu’il est en train de s’éloigner intérieurement de Lui et c’est à ce moment-là qu’il risque de s’abîmer dans la mer de la vie, et il en est ainsi pour nous aussi: si nous nous regardons uniquement nous-mêmes, nous devenons dépendants des vents et nous ne pouvons plus passer sur les tempêtes, sur les eaux de la vie. Le grand penseur Romano Guardini écrit que le Seigneur «est toujours proche, puisqu’il est à la racine de notre être. Toutefois, nous devons faire l’expérience de notre rapport avec Dieu entre les pôles de l’éloignement et de la proximité. Par la proximité, nous sommes renforcés, par l’éloignement nous sommes mis à l’épreuve» (Accettare se stessi, Brescia, 1992, p. 71).
Chers amis, l’expérience du prophète Elie qui entendit le passage de Dieu, et l’épreuve de la foi de l’apôtre Pierre nous font comprendre que le Seigneur, avant même que nous le cherchions ou que nous l’invoquions, vient Lui-même à notre rencontre, abaisse le ciel pour nous tendre la main et nous porter à sa hauteur; il attend uniquement que nous nous en remettions totalement à Lui, que nous prenions réellement sa main. Invoquons la Vierge Marie, modèle d’une confiance totale en Dieu, pour que, au milieu de tant de préoccupations, de problèmes, de difficultés qui agitent la mer de notre vie, résonne dans le cœur la parole rassurante de Jésus, qui nous dit à nous aussi: Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur!, et que grandisse notre foi en Lui.
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