Lecture spirituelle/43
![Vue de l’intérieur du baptistère de Padoue avec les fonts baptismaux [© Giorgio Deganello Editore]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/37-08-011.jpg )
Vue de l’intérieur du baptistère de Padoue avec les fonts baptismaux [© Giorgio Deganello Editore]
Decretum de peccato originali, can. 4
Si quis parvulos recentes ab uteris matrum baptizandos negat, etiam si fuerint a baptizatis parentibus orti, aut dicit, in remissionem quidem peccatorum eos baptizari, sed nihil ex Adam trahere originalis peccati, quod regenerationis lavacro necesse sit expiari ad vitam aeternam consequendam, unde fit consequens, ut in eis forma baptismatis “in remissionem peccatorum” non vera, sed falsa intellegatur: anathema sit. Quoniam non aliter intellegendum est id, quod dicit Apostolus: «Per unum hominem peccatum intravit in mundum, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt» (Rm 5, 12), nisi quemadmodum Ecclesia catholica ubique diffusa semper intellexit. Propter hanc enim regulam fidei, ex traditione Apostolorum, etiam parvuli, qui nihil peccatorum in semetipsis adhuc committere potuerunt, ideo in remissionem peccatorum veraciter baptizantur, ut in eis regeneratione mundetur, quod generatione contraxerunt. «Nisi enim quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei» (Gv 3, 5) (Denzinger 1514).
«Je professe un seul baptême pour la rémission des péchés»
Décret sur le péché originel, canon 4
Si quelqu’un nie que les tout-petits, qui viennent de naître de leur mère, doivent être baptisés, même s’ils viennent de parents baptisés, ou bien dit qu’ils sont certes baptisés pour la rémission des péchés, mais qu’ils ne portent rien du péché originel venant d’Adam qu’il est nécessaire d’expier par le bain de régénération pour obtenir la vie éternelle, d’où il suit que pour eux la forme du baptême pour “la rémission des péchés” n’a pas un sens vrai, mais faux: qu’il soit anathème. Car on ne peut pas comprendre autrement ce que dit l’Apôtre: «Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché» (Rm 5,12), si ce n’est comme l’a toujours compris l’Église catholique répandue en tous lieux. C’est en effet à cause de cette règle de foi venant de la tradition des apôtres que même les tout-petits, qui n’ont pas encore pu commettre aucun péché par eux-mêmes, sont pourtant vraiment baptisés pour la rémission des péchés, afin que soit purifié en eux par la régénération ce qu’ils ont contracté par la génération. En effet «nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3,5).
En commentaire du canon 4 du Decretum de peccato originali du Concile de Trente (Denzinger 1514), dans lequel, suivant fidèlement le Credo de Nicée-Constantinople (Je professe un seul baptême pour la rémission des péchés), on déclare que le baptême des enfants, lesquels n’ont pu commettre aucun péché personnel, est lui aussi pour la rémission des péchés, nous republions, à l’appui de la foi et comme prière, les passages du Credo du peuple de Dieu de Paul VI dans lesquels est proposée cette doctrine de la foi.
Nous avons toujours été surpris de voir comment saint Augustin, quand il évoque le moment où le diable est délié (cf. Ap 20, 3. 7) – c’est-à-dire quand on lui retire ses chaînes, quand il se déchaîne – indique comme signe de la fidélité du Seigneur à son Église, et donc comme signe d’espérance, le fait que les parents chrétiens fassent baptiser leurs enfants (cf. De civitate Dei XX, 8, 3).
C’est pourquoi, toujours en commentaire du canon 4 du Decretum de peccato originali du Concile de Trente, nous proposons la lecture de notes tirées d’une leçon de don Giacomo Tantardini sur ce passage du De civitate Dei d’Augustin. Les notes de la leçon tenue à la Libera Università San Pio V de Rome, le 5 mai 1999, on été diffusées parmi les étudiants dans un polycopié intitulé Invito alla lettura di sant’Agostino. Appunti dalle lezioni di don Giacomo Tantardini alla Libera Università San Pio V di Roma su “La città di Dio e gli ordinamenti degli Stati”, Année académique 1998-1999(pro manuscripto), Associazione San Gabriele, Rome.
Péché originel et baptême des enfants
Paul VI, Credo du peuple de Dieu
Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché. Nous professons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, «non par imitation, mais par propagation», et qu’il est ainsi «propre à chacun» (cf. Denzinger 1513).
Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que – selon la parole de l’Apôtre – «là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé» (Rm 5, 20).
Nous croyons à un seul baptême institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés. Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n’ont pu encore se rendre coupables d’aucun péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent «de l’eau et de l’Esprit Saint» à la vie divine dans le Christ Jésus (cf. Denzinger 1514).
Notes tirées de la leçon de don Giacomo Tantardini
tenue à la Libera Università San Pio V de Rome, le 5 mai 1999
«Même quand le diable sera délié il y aura des parents très forts
qui feront baptiser leurs enfants»
(De civitate Dei XX, 8, 3)
![La bête qui veut dévorer l’enfant qu’a mis au monde la femme vêtue de soleil [© Archives Alinari, Florence]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/39-08-011.jpg)
La bête qui veut dévorer l’enfant qu’a mis au monde la femme vêtue de soleil [© Archives Alinari, Florence]
Que signifie, se demande Augustin, que le diable sera délié pour un peu de temps? Quand il sera délié, pourra-t-il séduire l’Église?
«Absit; / Que cela n’arrive jamais; / numquam enim ab illo Ecclesia seducetur / jamais en fait l’Église ne sera séduite par celui-là [le diable], / praedestinata et electa ante mundi constitutionem, / elle qui a été prédestinée et élue avant la création du monde, / de qua dictum est: “Novit Dominus qui sunt eius”. / et de laquelle il a été dit: “Le Seigneur connaît les siens”».
Pendant le Carême de 1995, j’ai suggéré d’imprimer sur une petite carte la Prière à saint Joseph, le Memorare, l’Ange de Dieu accompagnés de l’une des plus belles pensées de don Giussani, celle qu’il avait exprimée en janvier-février de cette même année, à savoir: «Nous sommes dans un tel état de dégradation universelle qu’il n’existe plus rien qui puisse recevoir le christianisme sinon la réalité brute de la création. Aussi est-ce le moment du début du christianisme, le moment dans lequel le christianisme fait son apparition, c’est le moment de la résurrection du christianisme. Et la résurrection du christianisme a un grand et unique instrument. Quel est-il? Le miracle. C’est le temps du miracle. Il faut dire aux gens d’invoquer les saints parce qu’ils ont été faits pour cela». Car bien qu’il y ait d’autres gens qui fassent des miracles7, les saints ont été faits pour cela. On m’a raconté que lundi dernier, pendant l’émission de télévision Porta a porta, qui avait pour sujet la béatification de Padre Pio, en réponse à des interventions qui soutenaient que les saints sont canonisés pour leur culture, Andreotti, présent à l’émission, a dit ironiquement que, s’il en était vraiment ainsi, seul saint Thomas d’Aquin serait saint. Les saints ont été faits saints pour les miracles.
Sur la même petite carte imprimée pour le Carême de 1995, j’ai fait inscrire trois citations: la première est tirée du Psaume 5: «Tu fais périr les menteurs; l’homme de sang et de fraude, Yahvé le déteste». La seconde est tirée de l’Apocalypse (Ap 13, 11.16-17): «Je vis ensuite surgir de la terre une autre bête. […] Par ses manœuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, et nul ne pourra rien acheter ni vendre [ne pourra faire carrière] s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom». La troisième est tirée de la seconde épître de Paul à Timothée (2Tm 2,19): «Cependant les solides fondations posées par Dieu tiennent bon, marquées du sceau de ces paroles: Le Seigneur connaît les siens, et encore: Qu’il évite l’iniquité celui qui prononce le nom du Seigneur». Cette troisième citation est celle dont Augustin dit qu’elle vaut surtout dans le temps où le diable est délié.
Continuons la lecture d’Augustin: «Et tamen hic erit etiam illo tempore, quo solvendus est diabolus, / Et pourtant l’Église existera ici-bas aussi dans le temps où le diable devra être délié, / sicut, ex quo est instituta, hic fuit et erit omni tempore, in suis utique qui succedunt nascendo morientibus / comme, depuis sa fondation, elle a existé et existera dans tous les temps, dans les siens qui viennent remplacer en naissant ceux qui meurent»: l’Église vit dans les siens. Il n’y a pas l’Église dans l’abstrait. Il y a l’Église qui vit dans les siens, qui vit de manière parfaite en Celle qui a été sa Mère. Quand, dans toutes les messes on dit «ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre Église», je pense avant tout à la Vierge. Car, de fait, la foi de Son Église, cette jeune fille l’a vécue de manière excellente, humble et excellente, dans une plénitude de grâce qui est indépassable. S’il n’y avait eu personne pour vivre ainsi, cette prière ne serait pas si réelle.
Puis Augustin commente un autre passage de l’Apocalypse (20, 9 sq), dans lequel Jean dit que toutes les nations «cinxerunt castra sanctorum et dilectam civitatem, / environnèrent le camp des saints et la Cité bien-aimée de Dieu, / et descendit ignis de caelo a Deo et comedit eos [...] / et [que ] Dieu fit tomber un feu du ciel qui dévora ceux qui [...]» s’apprêtaient à conquérir la cité bien-aimée... Augustin, comme je le disais tout à l’heure, déclare, en commentant ce passage, que la victoire définitive «iam ad iudicium novissimum pertinet / concerne le jugement dernier».
En ce qui concerne le peu de temps durant lequel le diable est délié, Augustin dit: «[...] ne quis existimet eo ipso parvo tempore, quo solvetur diabolus, in hac terra Ecclesiam non futuram, illo hic eam vel non inveniente, cum fuerit solutus, vel absumente, cum fuerit modis omnibus persecutus / [...] que personne ne s’imagine que, dans le peu de temps que le diable doit être délié, il n’y aura pas d’Église sur la terre, soit que le diable ne l’y trouve plus quand il sera délié, soit qu’il la détruise après l’avoir persécutée de toutes les manières».
![Le Christ sur le cheval blanc suivi par les armées célestes [© Giorgio Deganello Editore]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/43-08-011.jpg )
Le Christ sur le cheval blanc suivi par les armées célestes [© Giorgio Deganello Editore]
«Avec la force et la tromperie», le diable s’efforce de détruire la foi. «Avec la force et la tromperie».
«Vi / avec la force». Par exemple, la menace. Face aux morts subites qui ont marqué ces dernières années, j’ai parfois dit que, d’un certain point de vue, pour qu’elles soient utilisées comme menace contre ceux qui croient, il n’est pas important qu’il s’agisse de morts subites provoquées par homicide ou de morts subites survenues par hasard (elles ne sont jamais par hasard dans le dessein de la providence du Seigneur). En effet, elles peuvent être utilisées comme menace à l’égard de ceux qui croient même si ce ne sont pas de réels homicides. Face à certaines morts subites, quelqu’un peut dire à quelqu’un d’autre: «Regarde que, si tu n’agis pas ainsi, tu finiras comme cette personne». Les morts subites sont donc utilisées comme menace même si ces morts ne sont pas de réels homicides, même s’il s’agit de morts, disons, naturelles.
«Dolo / par tromperie». La majeure partie des gens est séduite à travers la tromperie. En termes modernes on pourrait parler d’homologation à travers, entre autres, les moyens de communication de masse. Tromperie médiatique. Pour tromper les gens, le diable s’appuie sur le péché d’orgueil. En effet aux petits, aux simples, c’est-à-dire aux humbles («Qui sunt parvuli? Humiles»10) le Seigneur donne la sagesse. «Ta parole en se découvrant illumine, et donne la sagesse aux simples» (Ps 119, 130).
C’est pourquoi Augustin dit, quand il parle de cette persécution, que la sagesse est importante. C’est-à-dire qu’est importante l’intelligence qui saisit le moment. Il le dit plus loin: «Omnes insidias eius atque impetus et caverent sapientissime et patientissime sustinerent / pour se soustraire avec une sagesse suprême aux embûches et aux assauts [du diable] et pour les supporter avec une suprême patience». Augustin insiste sur cette intelligence; même s’il est évident que le fait de rester fidèle dans la persécution est un don de grâce particulier. Surtout quand la persécution devient sanglante comme en avril 1992, il y a sept ans, Giussani l’avait prévu11.
Augustin poursuit: «in partem suam cogendo violenter fraudolenterve fallendo / en les contraignant à être de son côté par la violence ou en les trompant par le mensonge». Le diable ne tente pas avant tout les hommes pour qu’ils pèchent (même s’il ne peut les contraindre à être de son côté par la violence et la tromperie qu’à travers le péché12) mais pour qu’ils aillent de son côté. C’est là le but: qu’ils aillent de son côté. Si l’on ne saisit pas cela, on ne saisit pas une dimension essentielle de l’histoire de l’Église. On ne peut pas décrire seulement l’histoire de l’Église comme une histoire de grâce et de péchés. Je me rappelle qu’un jour j’étais en voiture avec Giussani, à Rome. Avant d’arriver Piazza Venezia, Giussani me dit: «Tu vois, il y a trois facteurs de l’histoire de l’Église: la grâce, le péché et l’Antéchrist. Si on ne garde pas à l’esprit l’Antéchrist, le rapport entre grâce et péchés peut être conçu de façon moralisatrice». L’Antéchrist, à travers le péché, veut t’entraîner de son côté. «In partem suam cogendo violenter fraudolenterve fallendo / en les contraignant à être de son côté par la violence ou en les trompant par le mensonge».
Augustin se demande: pourquoi le diable est-il délié?
J’ouvre une brève parenthèse. Quelqu’un m’a parlé d’un rêve de saint Jean Bosco. Don Bosco rêve d’un pari, si je ne me trompe entre Dieu et le diable. Le diable dit à Dieu qu’il est capable de détruire la foi en un siècle. Le Seigneur lui aurait répondu: bien, je te donne un siècle, tu peux faire ce que tu veux. Nous verrons à la fin si tu as réussi à détruire complètement la foi dans mon Église. On est libre de croire ou de ne pas croire à toutes les prophéties privées, comme peuvent être les rêves de don Bosco. Ou, plus exactement, on ne croit pas à ces prophéties, on peut seulement leur accorder crédit. Car elles ne sont pas objet de foi. Mais les prophéties privées peuvent être des hypothèses intelligentes pour lire la réalité. Les prophéties privées, y compris les apparitions de la Vierge, peuvent être des suggestions faites à l’intelligence éclairée par la foi pour regarder la réalité. Pensez à la prophétie de Paul VI en septembre 197713 et au jugement encore plus dramatiquement réaliste de Giussani en décembre 1998 sur le petit reste14. Une prophétie privée, à laquelle on ne croit pas à proprement parler mais à laquelle on fait simplement crédit car la foi naît seulement par attrait de grâce15, peut pourtant être une occasion très utile de regarder avec attention et acceptation la réalité telle qu’elle est.
Alors pourquoi le diable est-il délié?
«Si autem numquam solveretur, minus appareret eius maligna potentia, / S’il n’était jamais délié, sa puissance et sa malignité seraient moins visibles, / minus sanctae civitatis fidelissima patientia probaretur, / la très fidèle patience de la cité sainte serait moins mise à l’épreuve / minus denique perspiceretur, quam magno eius malo tam bene fuerit usus Omnipotens [...] / mais surtout on verrait moins clairement comment Celui qui est tout-puissant peut se servir d’un mal si grand pour un bien encore plus grand [...] / In eorum sane, qui tunc futuri sunt, sanctorum atque fidelium comparatione quid sumus? / Par rapport à ces personnes saintes et fidèles qui vivront alors [quand le diable sera délié], nous que serons nous?».
Cette question, Augustin se la posait spontanément parce qu’il vivait en un temps où des milliers et des milliers de personnes devenaient chrétiennes. C’est si vrai que, pour Augustin, la multitudo est un miracle évident qui conduit à croire au Christ, la multitude de personnes qui deviennent chrétiennes. Augustin était entouré par le miracle de milliers et de milliers de personnes qui devenaient chrétiennes. Une multitudo d’ignorants et de pécheurs qui rencontraient le christianisme16. Il n’y a aucune comparaison possible entre l’évidence des miracles au temps d’Augustin, miracles qui donnent force à la foi17, et celle d’aujourd’hui où, comme le disait à 30Giorni un évêque de Laos, l’Église est comme un petit enfant sauvé des eaux18. Augustin pouvait dire: «Le miracle le plus évident, c’est que vos temples et vos théâtres sont vides tandis que les églises sont pleines de gens». Aujourd’hui, c’est exactement le contraire. C’est pourquoi il me semble possible de lire ce temps ou des moments de ce temps comme un temps ou des moments où le diable est délié. Je dis cela d’un point de vue réaliste, c’est une constatation19. La prière du pape Léon XIII à saint Michel Archange qui, avant la réforme liturgique, se récitait à la fin de la messe, suggérait cette hypothèse lorsqu’elle demandait: “… et vous, Prince de la Milice céleste, repoussez en enfer, par la force divine, Satan et les autres esprits mauvais…»20.

«Immo vero id potius est credendum, / Il faut plutôt croire que / nec qui cadant de Ecclesia nec qui accedant Ecclesiae illo tempore defuturos, / dans ce temps ne manqueront ni ceux qui s’éloignent de l’Église ni ceux qui la rencontrent, / sed profecto tam fortes erunt et parentes pro baptizandis parvulis suis / mais que certainement des parents qui feront baptiser leurs enfants [cette remarque est splendide, comme regard précisément sur ce qui s’est passé ces dernières années], / et hi, qui tunc primitus credituri sunt, ut illum fortem vincant etiam non ligatum, / et d’autres personnes, qui auront en ce temps à peine fait les premiers pas dans la foi, seront assez forts pour vaincre la force du diable même s’il n’est pas lié, / id est omnibus, qualibus antea numquam, vel artibus insidiantem vel urgentem viribus, et vigilanter intellegant et toleranter ferant; ac sic illi etiam non ligato eripiantur / c’est-à-dire seront prêts à comprendre avec attention et capables de résister avec patience au diable qui, comme jamais auparavant, tend des embûches et assaille de toutes ses forces, de sorte à se libérer de lui, même s’il n’est pas lié»: ce n’est pas eux qui vainquent mais ce sont eux qui sont, par la grâce de Dieu, arrachés à la force qui menace comme à la tromperie.
Enfin, dans le chapitre 9 du livre XX22, Augustin commente les mille années durant lesquelles les élus règnent sur la terre: «Interea dum mille annis ligatus est diabolus, sancti regnant cum Christo etiam ipsi mille annis, eisdem sine dubio et eodem modo intellegendis, id est, isto iam tempore prioris eius adventus. / Donc pendant que le diable est lié pour une durée de mille ans, les saints règnent avec le Christ eux aussi pour une durée de mille ans, années qui doivent être comprises sans aucun doute de la même manière, c’est-à-dire déjà dans le temps de Son premier avènement. / Excepto quippe illo regno, de quo in fine dicturus est: “Venite, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnum”, / Car en plus de ce royaume dont on dira à la fin: “Venez, bénis de mon Père, recevez le royaume qui a été préparé pour vous”, / nisi alio aliquo modo, longe quidem impari, iam nunc regnarent cum illo sancti eius, / si maintenant aussi en ce temps, éventuellement d’une façon très différente [du Paradis], ne régnaient pas avec lui ses saints, / quibus ait: “Ecce ego vobiscum sum usque in consummationem saeculi”; / auxquels le Seigneur dit: “Voilà, je suis avec vous jusqu’à la fin des temps”, / profecto non etiam nunc diceretur Ecclesia regnum eius regnumve caelorum / certainement on ne dirait pas que l’Église est déjà maintenant Son royaume, le royaume des cieux»: ses fidèles règnent par Sa présence. Car le Seigneur étant déjà présent maintenant, le fait de régner est comme le reflet dans le cœur et dans les gestes, c’est-à-dire dans les œuvres bonnes, de Sa présence et de Son action.
«[...] Ergo et nunc Ecclesia regnum Christi est regnumque caelorum. / [...] En effet l’Église est déjà maintenant le royaume du Christ et le royaume des cieux. / Regnant itaque cum illo etiam nunc sancti eius, / Maintenant aussi ses saints règnent donc avec Lui, / aliter quidem quam tunc regnabunt; / de façon différente de celle dont ils règneront alors [au Paradis]; / nec tamen cum illo regnant zizania, quamvis in Ecclesia cum tritico crescant / mais cependant avec Lui ne règne pas la zizanie, bien qu’elle croisse dans l’Église avec le blé». La différence dans l’Église est précisément le fait de régner. La différence est l’expérience de l’émerveillement que Sa présence suscite. C’est-à-dire que la différence est d’être ou non dans la grâce de Dieu23. La zizanie est elle aussi dans l’Église, la zizanie appartient elle aussi à l’Église, la zizanie elle aussi peut participer aux sacrements de l’Église, peut être parmi les chefs de l’Église24 mais elle ne règne pas. Car le fait de régner est simplement le reflet dans le cœur et dans les œuvres bonnes de l’émerveillement de Sa grâce: «[...] Postremo regnant cum illo, qui eo modo sunt in regno eius ut sint etiam ipsi regnum eius / [...] Bref, règnent avec Lui ceux qui sont dans son royaume de façon à être eux-mêmes son royaume».
Notes
1 Cf. De civitate Dei XX, 8, 1-3.
2 Cf. J. Ratzinger, La Théologie de l’histoire de saint Bonaventure, PUF, 1998.
3 Augustin, In Evangelium Ioannis CI, 1.6.
4 Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique sur la révélation divine Dei Verbum, n° 4: «Oeconomia ergo christiana, utpote foedus novum et definitivum, numquam praeteribit, et nulla iam nova revelatio publica expectanda est ante gloriosam manifestationem Domini nostri Iesu Christi / L’économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. 1 Tm 6, 14; Tt 2, 13)».
5 Cf. De civitate Dei XX, 9, 1, voir ci-dessous, p. 21sqq.
6 Cf. I. de la Potterie, L’Apocalypse a déjà eu lieu, in 30Jours, n° 9, 1995, p. 62-63.
7 L. Giussani, Cristo è tutto in tutti, Notes tirées des méditations de don Giussani pour les Exercices de la Fraternité de Communion et libération, Rimini 1999, supplément à Litterae Communionis-Tracce, n° 7, juillet-août 1999, p. 54: «Vous vous rappelez – comme le décrit le second livre de l’École de communauté –, quand Jésus, alors qu’il marchait à travers les champs avec ses apôtres, vit près d’un village qui s’appelait Naïn une femme qui pleurait et sanglotait derrière le cercueil de son fils mort? Et Lui, il alla là-bas; il ne lui dit pas: “Je vais ressusciter ton fils”. Mais: “Femme, ne pleure pas”, avec tendresse, affirmant une tendresse et un amour pour l’être humain incomparables! Et en effet, après, il lui donna aussi son fils vivant. Mais ce n’est pas cela, car des miracles, d’autres peuvent en faire, mais cela, cette charité, cet amour pour l’homme propre au Christ, rien ne lui est comparable!».
8 Cf. Qui prie sauve son âme, 30Giorni, Rome 2009, p. 20: «Les sept péchés capitaux: 1. orgueil; 2. avarice; 3. envie; 4. colère; 5. impureté; 6. gourmandise; 7. paresse ou acédie».
9 Cf. S. Falasca, C’est le Seigneur qui agit, in 30Jours, n. 1, janvier 1999, p. 5 5-59.
10 Augustin, Sermones 67, 5, 8.
11 L. Giussani, Un avvenimento di vita cioè una storia (introduction du cardinal Joseph Ratzinger), Edit-Il Sabato, Rome 1993, p. 104: “C’est ainsi. La colère du monde aujourd’hui ne s’élève pas face à la parole Église, elle reste tranquille aussi face à l’idée que quelqu’un se définisse comme catholique ou face à la figure du Pape dépeinte comme autorité morale. Il y a même une révérence formelle, et même sincère. La haine se déchaîne – difficilement contenue, mais elle débordera rapidement – face à des catholiques qui se posent comme tels, à des catholiques qui vivent dans la simplicité de la Tradition».
12 «Non enim nisi peccatis homines separantur a Deo / En effet, c’est seulement par les péchés que les hommes se séparent de Dieu» (De civitate Dei X, 22); «Non deserit, si non deseratur / Il n’abandonne pas s’il n’est pas abandonné» (Augustin, De Natura et gratia 26, 29); Concile de Trente, Decretum de iustificatione, chap. 11: De Observatione mandatorum, deque illius necessitate et possibilitate, (Denzinger 1536-1539, en particulier 1537); Concile Vatican I, constitution dogmatique sur la foi catholique Dei Filius ( Denzinger 3014).
13 Cf. L. Giussani, Un avvenimento di vita cioè una storia (introduction du cardinal Joseph Ratzinger), Edit-Il Sabato, Rome 1993, p. 72-73: «Ces dernières années, vous désirez que soient répétés et connus de tous les propos que Paul VI tint à son ami Jean Guitton, le 8 septembre 1977, propos dans lesquels il était question d’“une pensée non catholique” et de la résistance d’un “petit troupeau”. Pourquoi? Luigi Giussani: Parce que c’est ce qui est en train d’arriver. Je vous prie de me relire ces propos. Les voici: “Il y a un grand trouble en ce moment dans le monde de l’Église, et ce qui est en question, c’est la foi. Il m’arrive maintenant de me répéter la phrase obscure de Jésus dans l’Évangile de saint Luc: ‘Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre?’. Il arrive que sortent des livres dans lesquels la foi bat en retraite sur des points importants, que les épiscopats se taisent, que l’on ne trouve pas étranges ces livres. Cela est, selon moi, étrange. Je relis parfois l’Évangile de la fin des temps et je constate qu’en ce moment apparaissent certains signes de cette fin. Sommes-nous proches de la fin? Cela, nous ne le saurons jamais. Il faut se tenir toujours prêt, mais tout peut durer encore très longtemps. Ce qui me frappe quand je considère le monde catholique, c’est qu’à l’intérieur du catholicisme semble parfois prédominer une pensée de type non catholique et il peut advenir que cette pensée non catholique devienne demain plus forte à l’intérieur du catholicisme. Mais elle ne représentera jamais la pensée de l’Église. Il faut que subsiste une petit troupeau, aussi petit soit-il”».
14 L. Giussani, Jésus-Christ est partie présente du réel, in 30Jours n° 12, décembre 1998, p. 60: «Aujourd’hui le fait que Jésus Christ existe – qui Il est, où Il est, quelle route pour aller à Lui – n’est vécu que par très peu de gens, presque un reste d’Israël, et ceux-là souvent aussi infiltrés ou bloqués par l’influence de la mentalité commune».
15 Thomas d’Aquin, Summa theologiae II-II q. 4 a. 4 ad 3: «Gratia facit fidem non solum quando fides de novo incipit esse in homine, sed etiam quamdiu fides durat / La grâce crée la foi non seulement quand la foi naît dans une personne mais pour tout le temps que la foi dure».
16 Cf. J. Ratzinger, Peuple et maison de Dieu dans l’ecclésiologie de saint Augustin (thèse universitaire, 1953), en particulier, p. 33-38 dans l’édition italienne (Jaca Book, Milan 1971): «Dieu a fait cela [procurer à la sagesse une autre incarnation qui lui permette de parvenir jusqu’à l’œil du sot] d’abord à travers les miracles, puis à travers la multitudo. Pour Augustin, la multitude des peuples qui appartiennent à l’Église constitue un signe divin évident que, vraiment, seul Dieu pouvait donner» (p. 35).
17 Cf. Concile oecuménique Vatican I, constitution dogmatique sur la foi catholique Dei Filius (Denzinger 3009).
18 Cf. S. M. Paci, Un Ave Maria nous suffit, interview de Mgr Jean Khamsé Vithavong, vicaire apostolique de Vientiane au Laos, in 30Jours, n. 3, mars 1999, p. 14-17.
19 Cf. J. Ratzinger, L’angoisse d’une absence. Trois méditations sur le Samedi saint, 30Jours, n° 3, mars 1994, p. 37-44.
20 Après qu’il eut été profondément troublé par une vision qu’il eut à la fin de la célébration d’une messe à laquelle il assistait (cf. Ephemerides liturgicae 69 [1955], p. 59 note 9), le pape Léon XIII composa, semble-t-il, en 1886, la prière à saint Michel Archange et la fit ensuite envoyer à tous les évêques pour qu’ils la fassent réciter à genoux à la fin de chaque messe. La prière fut aussi introduite dans d’un exorcisme particulier que Léon XIII fit insérer dans le Rituel Romain (il apparaissait au titre XII, dans l’édition de 1954).
21 Cf. ci-dessus note 11.
22 Cf. De civitate Dei XX, 9, 1.
23 Cf. Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium, n° 14: «Non salvatur tamen, licet Ecclesiae incorporetur, qui in caritate non perseverans, in Ecclesiae sinu “corpore” quidem, sed non “corde” remanet. Memores autem sint omnes Ecclesiae filii condicionem suam eximiam non propriis meritis, sed peculiari gratiae Christi esse adscribendam; cui si cogitatione, verbo et opere non respondent, nedum salventur, severius iudicabuntur / L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais pas « de cœur». Tous les fils de l’Église doivent d’ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ; s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action, ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement (Lc 12, 48: “A quiconque fut donné beaucoup, il sera demandé beaucoup”. Cf. Mt 5, 19-20, 7, 21-22; 25, 41-46; Jc 2, 14)».
24 Cf. L. Giussani L’uomo e il suo destino. In cammin o, Marietti, Gênes 1999, p. 27-28: «Je voudrais ici faire une observation. Ce que nous avons dit avant sur le pouvoir vaut comme aspect vertigineux pour l’autorité, sur la façon dont elle pourait être vécue dans l’Église. Si celle-ci n’est pas paternelle, et donc maternelle, elle peut devenir source d’une équivoque suprême. Instrument sournois et destructeur dans les mains du mensonge, de Satan, père du mensonge (cf. Jn 8, 44). Tandis que toujours, de façon bouleversante, à l’autorité de l’Église il faut, en dernière analyse, obéir, paradoxalement».
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