La prière, les miracles, la virginité de Marie, l’humanité de Jésus
Benoît XVI pendant l’Avent et à Noël
Audience générale
mercredi 7 décembre 2011
Les petits

La naissance de Jésus, panneau de bois polychrome de l’église Saint Martin, Zillis, Suisse
La révélation divine n’advient pas selon la logique terrestre, selon laquelle ce sont les hommes cultivés et puissants qui possèdent les connaissances importantes, et qui les transmettent aux gens plus simples, aux petits. Dieu a utilisé un tout autre style: les destinataires de sa communication ont été précisément les «petits». Telle est la volonté du Père, et le Fils la partage avec joie.
Mais que signifie «être petits», simples? Quelle est la «petitesse» qui ouvre l’homme à l’intimité filiale avec Dieu et à l’accueil de sa volonté? Quelle doit être l’attitude de fond de notre prière? Regardons le «Discours de la Montagne» dans lequel Jésus affirme: «Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu!» (Mt 5, 8). C’est la pureté de cœur qui permet de reconnaître le visage de Dieu en Jésus Christ; c’est avoir un cœur simple comme celui des enfants, sans la présomption de qui s’enferme en lui-même, pensant n’avoir besoin de personne, pas même de Dieu.
Dans l’Évangile de Matthieu, après l’Hymne de jubilation, nous trouvons l’un des appels les plus poignants de Jésus: «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). Jésus demande d’aller à Lui, qui est la vraie sagesse, à Lui qui est «doux et humble de cœur»; il propose «son joug», la voie de la sagesse de l’Évangile qui n’est pas une doctrine à apprendre ni une proposition éthique, mais une Personne à suivre: Lui-même, le Fils unique en parfaite communion avec le Père.
Chers frères et sœurs, nous avons goûté pendant un moment la richesse de cette prière de Jésus. Nous aussi, par le don de son Esprit, nous pouvons nous adresser à Dieu, dans la prière avec la confiance des enfants, en invoquant le nom du Père, «Abba». Mais nous devons avoir le cœur des petits, des «pauvres de cœur» (Mt 5, 3), pour reconnaître que nous ne sommes pas auto-suffisants, que nous ne pouvons pas construire notre vie tout seuls, mais que nous avons besoin de Dieu, nous avons besoin de le rencontrer, de l’écouter, de lui parler. La prière nous ouvre à la réception du don de Dieu, sa sagesse, qui est Jésus lui-même, pour accomplir la volonté du Père sur notre vie et trouver ainsi le repos dans les peines de notre chemin. Merci.
Solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie
jeudi 8 décembre 2011
La Vierge Marie et l’Église
Le seul piège que l’Église puisse et doive craindre, c’est le péché de ses membres
Dans la vision de l’Apocalypse, il y a un autre détail: sur la tête de la femme revêtue de soleil il y a «une couronne de douze étoiles». Ce signe représente les douze tribus d’Israël et signifie que la Vierge Marie est au centre du Peuple de Dieu, de toute la communion des saints. Et ainsi, cette image de la couronne de douze étoiles nous introduit dans la seconde grande interprétation du signe céleste de la «femme revêtue de soleil»: en plus de représenter la Vierge, ce signe personnifie l’Église, la communauté chrétienne de tous les temps. Elle est enceinte, dans le sens où elle porte en son sein le Christ et qu’elle doit le mettre au monde: voilà le travail de l’Église en pèlerinage sur la terre, qui, au milieu des réconforts de Dieu et des persécutions du monde, doit apporter Jésus aux hommes.
Et c’est justement pour cela, parce qu’elle porte Jésus, que l’Église se heurte à l’opposition d’un adversaire féroce, représenté dans la vision apocalyptique par un «énorme dragon rouge» (Ap 12, 3). Ce dragon a cherché en vain à dévorer Jésus – l’«enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations» (Ap 12, 5) – en vain parce que Jésus, par sa mort et sa résurrection, est monté vers Dieu et il s’est assis sur son trône. C’est pourquoi le dragon, vaincu une fois pour toutes dans le ciel, retourne ses attaques contre la femme – l’Église – dans le désert du monde. Mais à chaque époque, l’Église est soutenue par la lumière et par la force de Dieu, qui la nourrit dans le désert du pain de sa Parole et de la sainte Eucharistie. Et ainsi, à chaque tribulation, à travers toutes les épreuves qu’elle rencontre au cours des temps et dans les différentes parties du monde, l’Église souffre la persécution, mais se révèle victorieuse. Et c’est justement ainsi que la communauté chrétienne est la présence, la garantie de l’amour de Dieu contre toutes les idéologies de la haine et de l’égoïsme.
Le seul piège que l’Église puisse et doive craindre, c’est le péché de ses membres. En effet, alors que Marie est Immaculée, libre de toute tache de péché, l’Église est sainte mais en même temps marquée par nos péchés.
C’est pourquoi nous aussi, spécialement en cette fête, nous ne cessons de demander son aide avec une confiance filiale: «O Marie, conçue sans péché, prie pour nous qui avons recours à toi». Ora pro nobis, intercede pro nobis ad Dominum Iesum Christum!
Audience générale
mercredi 14 décembre 2011
La prière et les miracles
Le Donateur est plus précieux que le don accordé; le don est donné “par surcroît”

Jésus guérissant un estropié, panneau de bois polychrome de l’église Saint Martin, Zillis, Suisse
Un cas significatif est la guérison du sourd-muet (cf. Mc 7, 32-37). Le récit de l’évangéliste Marc – que nous venons d’écouter – montre que l’action guérissante de Jésus est liée à sa relation intense tant avec le prochain – le malade – qu’avec le Père.
Mais le point central de cet épisode est le fait que Jésus, au moment d’opérer la guérison, cherche directement sa relation avec le Père. Le récit dit en effet que «les yeux levés au ciel, il soupira» (v. 34). L’attention au malade, le soin de Jésus pour lui, sont liés à une profonde attitude de prière adressée à Dieu. Et l’émission du soupir est décrite à travers un verbe qui, dans le Nouveau Testament, indique l’aspiration à quelque chose de bon qui manque encore (cf. Rm 8, 23).
L’ensemble du récit montre alors que la participation humaine avec le malade conduit Jésus à la prière. Une fois de plus ressort sa relation unique avec le Père, son identité de Fils unique. En Lui, à travers sa personne, est présente l’action guérissante et bénéfique de Dieu. Ce n’est pas un hasard si le commentaire final des personnes après le miracle rappelle le jugement de la création au début de la Genèse: «Tout ce qu’il a fait est admirable» (Mc 7, 37). Dans l’action guérissante de Jésus, la prière a un rôle évident, à travers son regard élevé vers le ciel. La force qui a guéri le sourd-muet est certainement provoquée par la compassion pour lui, mais elle provient du recours au Père. Ces deux relations se rencontrent: la relation humaine de compassion avec l’homme, qui entre dans la relation avec Dieu, et devient ainsi guérison.
Le Catéchisme de l’Église catholique commente ainsi la prière de Jésus dans le récit de la résurrection de Lazare: «Portée par l’action de grâce, la prière de Jésus nous révèle comment demander: avant que le don soit donné, Jésus adhère à Celui qui donne et Se donne dans ses dons. Le Donateur est plus précieux que le don accordé, il est le “Trésor”, et c’est en Lui qu’est le cœur de son Fils; le don est donné “par surcroît” (cf. Mt 6, 21.33)». Cela me semble très important: avant que le don ne soit donné, adhérer à Celui qui donne; le donateur est plus précieux que le don. Pour nous aussi, par conséquent, au-delà de ce que Dieu nous donne lorsque nous l’invoquons, le don le plus grand qu’il peut nous offrir est son amitié, sa présence, son amour. Il est le trésor précieux à demander et à garder toujours.
Par sa prière, Jésus veut conduire à la foi, à la confiance totale en Dieu et dans sa volonté, et il veut montrer que ce Dieu qui a tant aimé l’homme et le monde qu’il a envoyé son Fils unique (cf. Jn 3, 16), est le Dieu de la Vie, le Dieu qui apporte l’espérance et qui est capable de renverser les situations humainement impossibles.
Angélus
dimanche 18 décembre 2011
La virginité de Marie
Marie désire que le Fils qui naîtra d’elle puisse être entièrement don de la grâce
Je voudrais m’arrêter brièvement en particulier sur l’importance de la virginité de Marie, et, plus précisément, du fait qu’elle a conçu Jésus tout en demeurant vierge.
Sur la toile de fond de l’événement de Nazareth, il y a la prophétie d’Isaïe. «Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel» (Is 7, 14). Cette promesse ancienne s’est accomplie de façon surabondante dans l’Incarnation du Fils de Dieu. En effet, non seulement la Vierge Marie a conçu, mais elle l’a fait par l’opération du Saint Esprit, c’est-à-dire de Dieu lui-même. L’être humain qui commence à vivre en son sein prend la chair de Marie, mais son existence découle totalement de Dieu. Il est pleinement homme, fait de glaise – pour utiliser le symbole biblique – mais il vient d’en-haut, du Ciel. Le fait que Marie conçoive en restant vierge est donc essentiel pour la connaissance de Jésus et pour notre foi, parce que cela témoigne que l’initiative vient de Dieu et surtout révèle qui a été enfanté. Comme le dit l’Évangile: «C’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu» (Lc 1, 35). En ce sens, la virginité de Marie et la divinité de Jésus se garantissent réciproquement.
Voilà pourquoi l’unique question que Marie, «toute troublée», fait à l’ange, est si importante: «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme?» (Lc 1, 34). Dans sa simplicité, Marie est pleine de sagesse: elle ne doute pas de la puissance de Dieu, mais elle veut mieux comprendre sa volonté, pour se conformer entièrement à cette volonté. Marie est infiniment dépassée par le mystère, pourtant elle occupe parfaitement la place qui, au centre de celui-ci, lui a été assignée. Son cœur et son esprit sont parfaitement humbles, et, justement en raison de son humilité extraordinaire, Dieu attend le «oui» de cette jeune fille pour réaliser son dessein. Il respecte sa dignité et sa liberté. Le «oui» de Marie engage l’ensemble de sa maternité et de sa virginité, elle désire que tout en elle soit pour la gloire de Dieu, et que le fils qui naîtra d’elle puisse être entièrement don de la grâce.
Audience générale
mercredi 21 décembre 2011
La mangeoire de Bethléem

Enfant Jésus, détail de la Nativité, Andrea Pisano, pupitre de la cathédrale de Sienne
Et, dans une autre de ses homélies de Noël, toujours saint Léon le Grand affirmait encore: «Aujourd’hui, l’auteur du monde a été engendré du sein d’une vierge: celui qui avait fait toutes les choses s’est fait le fils d’une femme qu’il a lui-même créée. Aujourd’hui, le Verbe de Dieu est apparu revêtu de chair et, alors qu’il n’avait jamais été visible à l’œil humain, il s’est aussi rendu visiblement tangible. Aujourd’hui, les pasteurs ont appris de la voix des anges que le Sauveur était né dans la substance de notre corps et de notre âme» (Sermo, 26, In Nativitate Domini, 6, 1: PL 54, 213).
Noël et Pâques sont toutes les deux des fêtes de la rédemption. Pâques la célèbre comme victoire sur le péché et sur la mort: elle marque le moment final, quand la gloire de l’Homme-Dieu resplendit comme la lumière du jour; Noël la célèbre comme l’entrée de Dieu dans l’histoire en se faisant homme, pour reconduire l’homme à Dieu: il marque, pour ainsi dire, le moment initial, lorsqu’on entrevoit la clarté de l’aube. Mais précisément comme l’aube précède et fait pressentir la lumière du jour, ainsi, Noël annonce déjà la Croix et la gloire de la Résurrection.
Regardons la grotte de Bethléem: Dieu s’abaisse jusqu’à être couché dans une crèche, qui est déjà le prélude de l’abaissement à l’heure de sa passion. Le sommet de l’histoire d’amour entre Dieu et l’homme passe à travers la crèche de Bethléem et le sépulcre de Jérusalem.
Vivons le Noël du Seigneur en contemplant le chemin de l’amour immense de Dieu qui nous a élevés à Lui à travers le Mystère de l’Incarnation, de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de son Fils car – comme l’affirme saint Augustin – «En lui [le Christ] la divinité du Fils unique a participé à notre mortalité, afin que nous-mêmes nous participions à son immortalité» (Epistola 187, 6, 20: PL 33, 839-840).
Sainte messe
samedi 24 décembre 2011
L’humanité de Jésus
Dans l’enfant dans l’étable de Bethleem, on peut, pour ainsi dire, toucher Dieu et le caresser
La lecture tirée de la Lettre de Saint Paul Apôtre à Tite, que nous venons d’écouter, commence solennellement par la parole «apparuit», qui revient aussi de nouveau dans la lecture de la Messe de l’aurore: apparuit – «il est apparu». C’est une parole programmatique par laquelle l’Église, d’une manière synthétique, veut exprimer l’essence de Noël. Dans le passé, les hommes avaient parlé et créé, de multiples manières, des images humaines de Dieu. Dieu lui-même avait parlé sous des formes diverses (cf. He 1, 1: lecture de la Messe du jour). Mais, quelque chose de plus s’est produit maintenant: Il est apparu. Il s’est montré. Il est sorti de la lumière inaccessible dans laquelle il demeure. Lui-même est venu au milieu de nous. C’était pour l’Église antique la grande joie de Noël: Dieu est apparu. Il n’est plus seulement une idée, non pas seulement quelque chose à deviner à partir des paroles. Il est «apparu».
Mais demandons-nous maintenant: comment est-Il apparu? Qui est-Il vraiment? La lecture de la Messe de l’aurore dit à ce sujet: «Apparurent la bonté de Dieu (…) et son amour pour les hommes» (Tt 3, 4). Pour les hommes de l’époque préchrétienne, qui face aux horreurs et aux contradictions du monde craignaient que Dieu aussi ne fût pas totalement bon, mais pouvait sans doute être aussi cruel et arbitraire, c’était une vraie «épiphanie», la grande lumière qui nous est apparue: Dieu est pure bonté. Aujourd’hui aussi, des personnes qui ne réussissent plus à reconnaître Dieu dans la foi, se demandent si l’ultime puissance qui fonde et porte le monde, est vraiment bonne, ou si le mal n’est pas aussi puissant et originaire que le bien et le beau, que nous rencontrons à des moments lumineux dans notre cosmos. «Apparurent la bonté de Dieu (…) et son amour pour les hommes»: c’est une certitude nouvelle et consolante qui nous est donnée à Noël.
Dieu est apparu – comme un enfant. Par cela même il s’oppose à toute violence et apporte un message qui est la paix. En ce moment où le monde est continuellement menacé par la violence en de nombreux endroits et de diverses manières; où il y a toujours encore des bâtons de l’oppresseur et des manteaux roulés dans le sang, nous crions vers le Seigneur: Toi, le Dieu-Fort, tu es apparu comme un enfant et tu t’es montré à nous comme Celui qui nous aime et Celui par lequel l’amour vaincra. Et Tu nous as fait comprendre qu’avec Toi nous devons être des artisans de paix. Nous aimons Ton être-enfant, Ta non-violence, mais nous souffrons du fait que la violence persiste dans le monde, c’est pourquoi nous te prions aussi: montre Ta puissance, ô Dieu.
Noël est une épiphanie – la manifestation de Dieu et de sa grande lumière dans un enfant qui est né pour nous. Né dans l’étable de Bethléem, non pas dans les palais des rois. Quand, en 1223, François d’Assise célébra Noël à Greccio avec un bœuf et un âne et une mangeoire pleine de foin, une nouvelle dimension du mystère de Noël a été rendue visible. François d’Assise a appelé Noël «la fête des fêtes» – plus que toutes les autres solennités – et il l’a célébré avec «une prévenance indicible» (2 Celano 199: Fonti Francescane, 787). Avec une profonde dévotion, il embrassait les images du petit enfant et balbutiait des paroles de tendresse à la manière des enfants, nous raconte Thomas de Celano (ibid.).
Pour l’Église antique, la fête des fêtes était Pâques : dans la résurrection, le Christ avait ouvert les portes de la mort et il avait ainsi changé radicalement le monde: il avait créé en Dieu même une place pour l’homme. Eh bien, François n’a pas changé, il n’a pas voulu changer cette hiérarchie objective des fêtes, toute la structure de la foi centrée sur le mystère pascal. Toutefois, par lui et par sa façon de croire, quelque chose de nouveau s’est produit: François a découvert avec une profondeur toute nouvelle l’humanité de Jésus. Cet “être homme” de la part de Dieu, lui a été rendu évident au maximum au moment où le Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, fut enveloppé de langes et fut couché dans une mangeoire. La résurrection suppose l’incarnation. Le Fils de Dieu comme un enfant, comme un vrai fils d’homme – cela toucha profondément le cœur du Saint d’Assise, transformant la foi en amour. «Apparurent la bonté de Dieu et son amour pour les hommes»: cette phrase de saint Paul acquérait ainsi une profondeur toute nouvelle. Dans l’enfant dans l’étable de Bethleem, on peut, pour ainsi dire, toucher Dieu et le caresser.
Celui qui aujourd’hui veut entrer dans l’église de la Nativité de Jésus à Bethléem découvre que le portail, qui un temps était haut de cinq mètres et demi et à travers lequel les empereurs et les califes entraient dans l’édifice, a été en grande partie muré. Est demeurée seulement une ouverture basse d’un mètre et demi. L’intention était probablement de mieux protéger l’église contre d’éventuels assauts, mais surtout d’éviter qu’on entre à cheval dans la maison de Dieu. Celui qui désire entrer dans le lieu de la naissance de Jésus, doit s’abaisser. Il me semble qu’en cela se manifeste une vérité plus profonde, par laquelle nous voulons nous laisser toucher en cette sainte Nuit: si nous voulons trouver le Dieu apparu comme un enfant, alors nous devons descendre du cheval de notre raison «éclairée». Nous devons déposer nos fausses certitudes, notre orgueil intellectuel, qui nous empêche de percevoir la proximité de Dieu. Nous devons suivre le chemin intérieur de saint François – le chemin vers cette extrême simplicité extérieure et intérieure qui rend le cœur capable de voir. Nous devons nous baisser, aller spirituellement, pour ainsi dire, à pied, pour pouvoir entrer à travers le portail de la foi et rencontrer le Dieu qui est différent de nos préjugés et de nos opinions: le Dieu qui se cache dans l’humilité d’un enfant qui vient de naître.
Message Urbi et orbi
dimanche 25 décembre 2011
Viens nous sauver!
Dieu est le Sauveur, nous sommes ceux qui sont en danger. Il est le médecin, nous sommes les malades
![Benoît XVI au cours de la messe de la nuit de Noël 2011 [© Osservatore Romano]](http://www.30giorni.it/upload/articoli_immagini_interne/16-12-012.jpg)
Benoît XVI au cours de la messe de la nuit de Noël 2011 [© Osservatore Romano]
Une antique antienne liturgique l’invoque ainsi: «Ô Emmanuel, notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations, viens, Seigneur, viens nous sauver!» Veni ad salvandum nos! Viens nous sauver!
Oui, voici le sens du nom de cet Enfant, le nom que, par volonté de Dieu, lui ont donné Marie et Joseph: il s’appelle Jésus, c’est-à-dire «Le-Seigneur-sauve» (cf. Mt 1, 21; Lc 1, 31). Il a été envoyé par Dieu le Père pour nous sauver surtout du mal profond, enraciné dans l’homme et dans l’histoire: ce mal qui est la séparation d’avec Dieu, l’orgueil et la présomption d’agir par soi-même, de se mettre en concurrence avec Dieu et de se substituer à Lui, de décider ce qui est bien et ce qui est mal, d’être le maître de la vie et de la mort (cf. Gn 3, 1-7). C’est le grand mal, le grand péché, dont nous les hommes, nous ne pouvons pas nous sauver si nous ne nous en remettons pas à l’aide de Dieu, si nous ne crions pas vers Lui: «Veni ad salvandum nos! – Viens nous sauver!»
Le fait même d’élever vers le Ciel cette invocation, nous met déjà dans la juste condition, nous met dans la vérité de nous-mêmes: en effet, nous sommes ceux qui ont crié vers Dieu et qui ont été sauvés (cf. Est [grec] 10, 3f). Dieu est le Sauveur, nous sommes ceux qui sont en danger. Il est le médecin, nous sommes les malades. Le reconnaître est le premier pas vers le salut, vers la sortie du labyrinthe dans lequel nous nous enfermons nous-mêmes par notre orgueil. Lever les yeux vers le Ciel, tendre les mains et demander de l’aide c’est la voie de sortie, pourvu qu’il y ait Quelqu’un qui écoute, et qui peut venir à notre secours.
C’est pourquoi, chers frères et sœurs de Rome et du monde entier, en ce Noël 2011, tournons-nous vers l’Enfant de Bethléem, vers le Fils de la Vierge Marie, et disons : «Viens nous sauver!».
Fête de saint Étienne Protomartyr
lundi 26 décembre 2011
Le martyre secret
Ceux qui mettent en pratique les commandements du Seigneur lui rendent témoignage
et invoquent fidèlement Son nom
Au lendemain de la liturgie solennelle de la Nativité du Seigneur, nous célébrons aujourd’hui la fête de saint Étienne, diacre et premier martyr de l’Église. L’historien Eusèbe de Césarée le définit comme le «parfait martyr» (Die Kirchengeschichte, V, 2, 5: GCS II, 1, Leipzig 1903, 430) parce qu’il est écrit dans les Actes des Apôtres: «Étienne, rempli de grâce et de puissance, opérait de grands prodiges et signes parmi le peuple» (6, 8).
Après la génération des apôtres, les martyrs acquièrent une place de premier plan dans la considération de la communauté chrétienne.
Chers amis, la véritable imitation du Christ, c’est l’amour, que certains écrivains chrétiens ont défini comme «le martyre secret». À ce propos, saint Clément d’Alexandrie écrit: «Ceux qui mettent en pratique les commandements du Seigneur lui rendent témoignage dans toutes leurs actions, puisqu’ils font ce que lui veut, et qu’ils invoquent fidèlement le nom du Seigneur» (Stromatum IV, 7, 43, 4: SC 463, Paris 2001, 130). Comme dans l’antiquité, aujourd’hui aussi l’adhésion sincère à l’Évangile peut requérir le sacrifice de la vie et de nombreux chrétiens dans différentes régions du monde sont exposés à la persécution, et parfois au martyre. Mais le Seigneur nous rappelle que «celui qui aura tenu bon jusqu’au bout sera sauvé» (Mt 10, 22).
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