Les témoignages de vingt et un cardinaux sur le nouveau Pape
Vingt et un cardinaux parlent du nouveau Pape

Bernardin Gantin
par le cardinal Bernardin Gantin
doyen émérite du Sacré Collège
Je suis très content que Benoît XVI m’ait reçu avant que je ne retourne au Bénin pour continuer à être un missionnaire romain en Afrique. Et je suis très content que le Pape ait aussi reçu, le même matin, le cardinal vicaire Camillo Ruini et les responsables du CELAM. Rome, l’Afrique et l’Amérique latine ensemble. J’ai souhaité au Pape un pontificat long et fructueux. Et j’ai rappelé les problèmes de mon continent qui, souvent oublié par les puissants de ce monde, est toujours dans le cœur du successeur de Pierre. Celui de Jean Paul II hier, celui de son successeur aujourd’hui. J’ai parlé des guerres qui ensanglantent notre terre, de la faim qui tue grands et petits, des sectes qui empoisonnent la foi des simples, de l’Islam qui progresse, du sida qui massacre des innocents. À ce sujet, j’ai été frappé par le fait que le premier appel du Pape, dans le premier Regina Cæli récité depuis la fenêtre de son appartement du Palais Apostolique, ait été pour la paix au Togo, pays qui confine avec le mien, le Bénin. Je suis ému de la rapidité du Pape, même si, évidemment, j’aurais préféré que son intervention ne fût pas rendue nécessaire. Durant cette brève audience, nous avons parlé du présent et de l’avenir. Le temps a manqué pour tout “amarcord”. En tout cas, je ne peux pas oublier que Benoît XVI a été créé cardinal par Paul VI en 1977 et que, dans ce qui a été un véritable “mini-consistoire” – il n’y a eu que quatre nouveaux cardinaux –, la pourpre cardinalice a été accordée également à mon humble personne. Je suis aussi reconnaissant de cela au grand pape Paul VI.
SIMPLE, HUMBLE, TRANQUILLE
par le cardinal Alfonso López Trujillo
président du Conseil pontifical pour la Famille
«La première œuvre de Ratzinger que j’ai lue est Introduction au christianisme. J’ai été impressionné par sa clarté et par la façon dont sont traités, à partir de la foi, les problèmes du monde contemporain. Son œuvre ecclésiologique, Parole dans l’Église m’a donné ensuite matière à réflexion. Cela a été comme d’ouvrir toutes grandes les fenêtres pour respirer le bon oxygène de la foi. Ses jugements sont justes. J’avais l’habitude d’offrir ce livre à mes prêtres, à Medellín, à l’occasion de leur ordination; il doit faire partie de la bibliothèque de tout prêtre. Je crois que j’ai lu tout ce qui a été publié en espagnol du cardinal Ratzinger, et aussi en italien et en français». Ces lignes que j’ai écrites pour mon livre Testimonios (Témoignages) sorti en espagnol il y a longtemps, en 1977, conservent toute leur valeur.
Je peux ajouter que j’ai connu Joseph Ratzinger, qui était alors professeur, en 1971. J’étais évêque depuis peu de temps et nous avions organisé au siège de la Conférence épiscopale colombienne un mois de cours de mise à jour théologique pour les évêques du pays, et, parmi les conférenciers, il y avait le pape actuel Benoît XVI. Je me rappelle comme si c’était aujourd’hui que le jeune professeur, Joseph Ratzinger, “disparaissait” parfois de la circulation et se retirait dans un coin pour réciter le bréviaire ou pour préparer la conférence suivante. À ce propos, j’ai été témoin de sa grande habileté à utiliser la sténographie pour rédiger rapidement ses leçons.
Par la suite, en 1988, alors que j’étais président de la Conférence épiscopale colombienne, j’ai organisé une semaine de rencontres entre les évêques et Ratzinger qui, dans l’entre-temps, était devenu cardinal et préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Comme membre de cette Congrégation, j’ai eu ensuite l’occasion d’apprécier ces vingt dernières années et plus, les grandes qualités humaines et spirituelles du Souverain Pontife actuel. Son attitude simple, humble, tranquille. Sa capacité à écouter et à synthétiser. Son ouverture patiente au dialogue. Sans qu’il ne manque jamais, cependant, à l’obligation de rappeler à tous ce que le Seigneur attend de son Église.
Dans mon livre de 1997, j’ai encore écrit: «Franchement, le fait de le voir injustement traité de “grand inquisiteur” nous fait plutôt rire, nous, qui le connaissons bien. D’abord, je crois que seule son obéissance exemplaire l’a amené à assumer une responsabilité si difficile, exercée avec l’autorité de qui se risque avec sérénité dans la vérité et la sert avec fermeté […]. Un trait peu connu, peut-être, c’est sa patience, dont pourraient témoigner ceux qui on eu à faire avec lui dans l’accomplissement des charges que lui a confiées l’Église, théologiens de la libération compris». Ce sont là aussi des remarques qui, huit ans après, n’ont rien perdu de leur valeur… Au contraire.
Je voudrais terminer ce bref entretien en me déclarant très honoré d’avoir été reçu parmi les premiers, en audience privée, par le Pape. J’ai eu la possibilité à cette occasion de le mettre au courant des derniers préparatifs de la Rencontre mondiale des familles avec le Pape, qui doit se dérouler la première semaine de juillet 2006, à Valence, en Espagne.

Giovanni Battista Re
par le cardinal Giovanni Battista Re
préfet de la Congrégation pour les Évêques
Si le nom de Benoît XVI a été pour beaucoup de gens une surprise, on ne peut en revanche parler de véritable surprise à propos de la brièveté du conclave et de l’élection du cardinal Ratzinger. La personnalité du nouveau Pape permettait qu’on s’y attende.
Il était, en effet, il y a bien des années déjà, parmi les théologiens de plus grand renom (il a été titulaire d’une chaire d’université à trente et un ans, il était parmi les experts du Concile Vatican II, etc.); en outre, depuis 1977, c’est-à-dire depuis que Paul VI l’avait nommé archevêque de Munich et, quelques mois plus tard, cardinal, il était l’un des personnages les plus connus dans le monde pour sa valeur intellectuelle, pour la vision qu’il avait des problèmes de notre temps et pour son engagement dans la défense de l’identité chrétienne.
La nouveauté du nom ne doit pas faire penser à une discontinuité avec ses prédécesseurs: Benoît XVI restera certainement dans la ligne de Jean Paul II, fidèle à la tradition bimillénaire de l’Église. Il l’a déclaré lui-même, le lendemain de son élection, lorsqu’il a dit qu’il lui semblait «sentir la forte main» du pape Jean Paul II serrer la sienne, et s’entendre dire par son prédécesseur «N’aie pas peur! » (L’Osservatore Romano, 21 avril).
Benoît XVI unit la vigueur et la rigueur intellectuelles à la finesse humaine et à la simplicité des manières. Son humanité se révèle aussi dans les mots par lesquels, aussitôt après son élection au pontificat, il s’est présenté lui-même comme «un simple et humble travailleur de la vigne du Seigneur».
La grandeur d’un pape réside dans le fait qu’il est le successeur de saint Pierre et, par conséquent, le vicaire du Christ sur la terre, lequel a pour tâche de confirmer ses frères dans la foi et d’être le fondement de l’unité de l’Église. La personne change, mais la même mission se poursuit.
Cependant, chaque pape apporte avec lui sa personnalité, ses origines, l’empreinte du milieu dans lequel s’est déroulée sa formation humaine et chrétienne. Aussi le style de Benoît XVI sera-t-il différent de celui de son prédécesseur, mais son amour pour le Christ et le désir de servir l’humanité en l’aidant à croître dans la fraternité, dans la solidarité, dans le respect des autres, dans l’amour, dans la justice et dans la coexistence pacifique, seront les mêmes.
Dans l’homélie du jour où s’est ouvert le conclave, commentant saint Paul qui exhortait «à ne pas se laisser emporter par le vent, par n’importe quelle doctrine ou invention des hommes», le cardinal Ratzinger a prononcé des paroles fortes contre la «dictature du relativisme», si diffusé aujourd’hui, «qui n’a comme mesure que l’ego et ses désirs». Et il a conclu qu’une foi adulte n’est pas une foi qui «suit les courants à la mode et les dernières nouveautés», mais une foi «qui est profondément enracinée dans l’amitié avec le Christ (L’Osservatore Romano, 19 avril). Ce sont des mots qui font comprendre quel est l’horizon de sa pensée et de sa mentalité et qui manifestent un esprit courageux. Homme d’une foi profonde, il est disposé à rencontrer n’importe qui, à dialoguer avec n’importe qui, pourvu qu’il s’agisse de quelqu’un qui cherche sincèrement la vérité.
Tandis que Jean Paul II était, par nature, mystique et philosophe, ce qui prédomine chez Benoît XVI, c’est une spiritualité enracinée dans la tradition des Pères de l’Église et une forte dimension théologique.
Le choix du nom est lié à l’engagement pour la paix qui a caractérisé Benoît XV (1914-1922), lequel a parlé de la guerre comme d’un «massacre inutile» et a cherché inlassablement des solutions pacifiques. Mais ce nom reprend surtout l’héritage de saint Benoît, fondateur du monachisme qui, de Mont-Cassin, s’est diffusé dans toute l’Europe et a eu une telle influence sur la formation de la civilisation européenne. Celle-ci est en effet fondée sur la reconnaissance de la primauté de Dieu sur l’histoire et de l’esprit sur la matière. Le nom de Benoît a donc une profonde racine de foi, de culture et de civilisation. Des seize papes qui ont choisi ce nom, dix étaient romains. Il y a donc aussi dans ce nom une racine de romanité.
L’expérience nous enseigne que toute époque a le pape dont elle a besoin, car l’Esprit Saint agit dans l’Église et dans les cœurs.
L’intérêt extraordinaire que la papauté a suscité dans le monde, ces dernières semaines, et la façon dont elle a marqué les cœurs ne manifestent pas seulement combien est vivante l’Église catholique mais sont aussi le signe de l’espoir que l’on met dans l’action du nouveau Pape. On espère que cette action portera – éventuellement au milieu des tempêtes et des épreuves qui ne manqueront pas – d’abondants fruits de bonté et de bien à l’humanité d’aujourd’hui, laquelle est marquée par un désir d’infini que personne ne pourra jamais effacer du cœur des hommes.
Benoît XVI, va désormais suivre sa route qui sera à la fois nouvelle et ancienne. Dans son homélie pour la messe d’inauguration du ministère pastoral comme successeur de Pierre, Benoît XVI a voulu rappeler et faire siennes les paroles que Jean Paul II avait prononcées le 22 octobre 1978: «Ouvrez la porte au Christ!». Il a souligné avec force que «le chrétien n’est jamais seul» et que celui qui fait entrer le Christ dans sa vie «ne perd absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande» (L’Osservatore Romano, 25 avril).
Désormais, Benoît XVI n’aura plus jamais le temps de jouer du Mozart au piano. Ce sera un Pape qui renforcera la foi dans le monde; ce sera un grand Pasteur. Exigeant sur le plan de la foi et des principes, il se montrera plein de bonté à l’égard de ceux qui sont proches comme de ceux qui sont lointains, dans un monde assoiffé d’amour et de raisons d’espérer et de vivre.

Francis Arinze
EST L’EXPRESSION DE LA FOI
par le cardinal Francis Arinze
préfet de la Congrégation pour le Culte divin
et la Discipline des Sacrements
J’ai connu celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger quand il était archevêque de Munich, en 1977 ou 1978, durant une visite en Allemagne que j’ai faite alors que j’étais évêque d’Onitsha, au Nigeria. J’avais entendu parler de lui comme théologien, mais je ne l’avais jamais rencontré auparavant. Je l’ai beaucoup mieux connu lorsque j’ai été nommé par Jean Paul II président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, c’est-à-dire en 1984, puis en qualité de membre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Je dirais qu’il s’agit d’une grande personnalité. Je vois en lui un prêtre, un évêque, un cardinal et maintenant un Pape qui se consacre à Jésus-Christ et à l’Église; une personne de foi, de foi catholique exigeante, intelligente. Le pape Benoît XVI sait présenter la foi sous une forme claire, lumineuse; sous une forme qui convient aux savants et qui n’est pas trop difficile pour les gens simples. Quand on a la chance de l’écouter, on se trouve enrichi sur les plans doctrinal et spirituel. C’est quelqu’un de très intelligent, mais qui, en même temps, n’écrase pas les autres, il sait écouter. Si son interlocuteur lui présente un argument positif, il n’hésite pas à l’accepter. Je l’ai vu personnellement prêt à renoncer à ses positions quand il s’est trouvé devant des arguments qu’il trouvait vraiment convaincants.On oublie souvent que le rôle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de diffuser et de défendre la foi et non de réprimer les théologiens qui sont en désaccord avec la doctrine officielle. Aussi, les gens se sont imaginés Ratzinger comme un arbitre sévère et pointilleux toujours prêt à siffler le hors jeu ou à annuler des goals non valides… Eh bien – même s’il est juste qu’il y ait un arbitre pour éviter que le jeu ne se termine en bagarre – la foi est quelque chose de beaucoup plus important qu’un match de football et la figure du cardinal Ratzinger, aujourd’hui le pape Benoît XVI, ne peut être réduite à celle d’un arbitre tatillon. Il suffit de voir la liste, publiée par L’Osservatore Romano du 24 avril, des œuvres qu’il a produites ces dernières quarante années. Deux pages serrées de titres, c’est vraiment impressionnant! Je dis aux gens qui ne le connaissent pas personnellement: attendez, ouvrez les yeux, ouvrez aussi vos oreilles, car on ne peut pas voir si l’on ferme les yeux et l’on ne peut pas entendre si l’on ne veut pas écouter.Certains ont peur de la vérité; c’est pourquoi, quand ils entendent parler de Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ils ont tout de suite mal à la tête ou une hausse de tension, mais moi je leur dis de ne pas avoir peur: si vous lisez davantage les textes de ce Pape, vous sentirez davantage, vous goûterez davantage la joie d’être les fidèles témoins de Jésus! Le pape Benoît XVI a beaucoup écrit, en tant que théologien et cardinal, sur la liturgie, car «lex credendi, lex orandi»: la liturgie est l’expression de la foi et c’est la foi qui guide la liturgie. La liturgie n’est pas le domaine de ceux qui aiment faire ce que bon leur semble, elle n’est pas le domaine du bricolage individuel. La liturgie est l’expression officielle de la foi de l’Église, la célébration des mystères du Christ. Et le cardinal Ratzinger – aujourd’hui le pape Benoît – a des idées très claires sur la liturgie et il n’a pas eu peur de les exprimer. Comme on peut le deviner, cela nous encourage beaucoup, à la Congrégation pour le Culte divin, dans notre travail. Que ceux qui n’ont pas peur d’ouvrir les oreilles entendent!

Bernard Francis Law
par le cardinal Bernard Francis Law
archiprêtre de la basilique patriarcale libérienne
de Sainte-Marie-Majeure
Je connaissais les livres de Joseph Ratzinger théologien, mais la première rencontre avec l’actuel Souverain Pontife remonte aux années Quatre-vingt, quand il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et que j’étais, moi, délégué ecclésiastique de la Conférence épiscopale américaine pour la pastoral provision des membres du clergé anglican marié, qui voulaient entrer dans l’Église catholique comme prêtres. En pratique, je servais de trait d’union entre la Congrégation qui, formellement donnait aux anglicans l’autorisation d’être consacrés prêtres, et les évêques particuliers qui étaient disposés à donner un rôle pastoral à ces nouveaux prêtres de l’Église catholique. Après le Synode extraordinaire de 1985, j’ai eu la possibilité de fréquenter de plus près le cardinal Ratzinger. En effet, à la suite de ce Synode, le Pape a demandé que l’on prépare un Catéchisme officiel de l’Église catholique. Jean Paul II a nommé Ratzinger président de la Commission chargée de sa rédaction et j’ai été, quant à moi, nommé parmi les membres de cette Commission. J’ai eu la possibilité, à cette occasion, de travailler aux côtés de Ratzinger. Et cela a été pour moi une expérience extraordinaire, une richesse pour ma vie. Je ne peux, à ce propos, oublier un fait qui me lie personnellement à la figure du nouveau Pape et à celle de son prédécesseur. C’était le 27 mai 1994, le dernier jour d’hospitalisation de Jean Paul II au Gemelli, où il était entré pour une opération à la hanche. Ce matin-là, le Pape – qui était encore dans sa chambre au dixième étage de l’hôpital – a reçu du cardinal Ratzinger et de moi-même le premier exemplaire, avec la couverture classique de cuir blanc, de la version anglaise du Catéchisme de l’Église catholique.
J’ai participé avec le cardinal Ratzinger à de nombreuses réunions de différentes Congrégations de la Curie romaine, et j’ai toujours été impressionné, durant ces réunions, par ses avis, qui étaient toujours précieux. Sa capacité à écouter, sa capacité à faire la synthèse des interventions qu’il avait entendues dans le cours des réunions, à clarifier ce qui était confus, était quelque chose de merveilleux.Il y a ensuite un aspect du cardinal Ratzinger qui m’a toujours beaucoup frappé, c’est qu’on apprend toujours quelque chose quand on le lit ou quand on l’écoute, c’est le charisme particulier, extraordinaire qu’il a comme enseignant. Ce n’est pas tout. Le nouveau Pape est aussi un homme qui vit sa vie sans peur, parce qu’il met toute sa confiance en Dieu, en Jésus et dans la Bienheureuse Vierge Marie. Cela s’est vu dans la simplicité avec laquelle il a accepté la tâche humainement inouïe d’évêque de Rome et de successeur de Pierre.

Dionigi Tettamanzi
DE LA LUMIÈRE DU CHRIST»
par le cardinal Dionigi Tettamanzi
archevêque de Milan
«Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église» (Mt 16, 18). Ces paroles de Jésus sont le fondement indestructible et la motivation la plus profonde de tout ce que nous avons vécu ces dernières semaines. C’est en effet cette déclaration de Jésus qui explique l’amour que le peuple chrétien nourrit pour le Pape, pour tout Pape.
Jésus prononce ces paroles au terme d’un dialogue serré et toujours plus intense avec ses disciples. Elles sont comme la réponse et le sceau du Seigneur lui-même à la profession de foi incisive de l’apôtre Pierre: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant».C’est cette page qui a été lue dans le silence de la chapelle Sixtine, en fin d’après-midi, le mardi 19 avril, dès que le nouveau Pape a eu accepté son élection canonique à la charge de Souverain Pontife et a eu choisi de s’appeler Benoît XVI. Ce qui s’était réalisé un jour, dans un lointain passé, dans le dialogue décisif entre Pierre et le Seigneur Jésus, s’est renouvelé et s’est réalisé à nouveau, en cet instant précis, entre le même Seigneur et le nouveau Pierre, qui avait le nom et le visage du cardinal Ratzinger.Je suis certain que la riche et remarquable personnalité du nouveau Pape se révélera peu à peu, au cours de son pontificat.Il y a un aspect de l’histoire et de la personnalité du nouveau Pape que j’aimerais souligner. C’est sa fidélité au Concile et à son application.Et c’est encore aujourd’hui le Concile qui oriente le ministère du Pape qui vient à peine de commencer. En effet, suivant les traces du regretté Jean Paul II, il a l’intention de poursuivre son chemin dans le troisième millénaire «en portant dans ses mains l’Évangile, appliqué au monde actuel à travers l’interprétation qui fait autorité du Concile Vatican II», comme il l’a dit le lendemain de son élection, dans la chapelle Sixtine.Or, «où il y a Pierre, il y a l’Église de Milan», comme le soutenait déjà l’un de mes prédécesseurs, l’archevêque Luigi Nazzari di Calabiana, en reprenant l’expression célèbre de notre père saint Ambroise («Ubi Petrus, ibi Ecclesia»). Oui, notre Église s’engage elle aussi à marcher dans la fidélité au Concile Vatican II.Ce Concile, en effet, a indiqué avec une nouvelle force, aux hommes de notre temps, Jésus-Christ comme «lumière des nations» et a désiré «ardemment illuminer tous les hommes de la lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église, en annonçant l’Évangile à toute créature» (Lumen gentium, n. 1). Comme le disait déjà saint Ambroise, notre patron, «l’Église resplendit non de sa propre lumière mais de celle du Christ et prend sa splendeur du Soleil de la justice» (Hexaméron IV, 32).Celui qui fixe son regard sur le Christ Seigneur et le reconnaît dans la foi comme le Sauveur unique, universel et nécessaire de l’homme et du monde, participe au dynamisme missionnaire de l’Église: il devient témoin du Christ ressuscité. Comme l’a dit le Pape le dimanche 24 avril, «nous existons pour montrer Dieu aux hommes», pour leur proclamer à tous, par la parole et par la vie qu’«il n’y a rien de plus beau que d’être rejoint, surpris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de Le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec Lui».Celui qui fixe son regard sur le Christ Seigneur, fait sien son ardent désir, sa volonté précise: ut unum sint (Jn 17, 21) et marche sur la voie de l’œcuménisme. Et encore: qui fixe son regard sur le Christ s’ouvre au dialogue interreligieux, s’ouvre – dans la vérité et dans l’amour – à l’homme, à tous les hommes et à chacun, en particulier aux nombreuses personnes qui vivent dans le désert.Je suis frappé par la requête que le nouveau Pape nous a adressée et continue de nous adresser avec une insistance singulière: la requête du précieux soutien de nos prières. «Priez pour moi»: c’est là la demande, et même l’exhortation extrêmement personnelle et forte que Benoît XVI m’a faite dans le bref mais très émouvant moment de salut et d’hommage, dans la chapelle Sixtine, juste après son élection, et de nouveau, le matin du vendredi 22 avril, au terme de la rencontre avec tous les cardinaux. Agenouillé devant lui, je l’assurais de la présence près de lui et de l’affection de notre Église ambrosienne et j’évoquais les prières qui l’accompagnaient. Et lui m’a adressé, sur un ton à la fois ferme et ému, ces paroles simples mais incisives: «Et priez pour moi!».Que de la flèche la plus haute de la cathédrale, la Très Sainte Mère de Jésus et de l’Église, notre Madone, atteigne de son regard et de son sourire Benoît XVI et qu’elle l’accompagne dans son service de pasteur universel.

Francis Eugene George
par le cardinal Francis Eugene George
archevêque de Chicago
Le pape Benoît XVI est un homme de foi, de foi catholique, et c’est aussi un homme de prière dont l’une des tâches principales sera d’affronter un processus de sécularisation agressif, particulièrement en Occident.
J’ai eu l’occasion d’écouter celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger durant une conférence de théologie à Philadelphie, aux États-Unis, avant que je ne sois nommé évêque. J’avais déjà lu ses livres, non seulement ceux sur la doctrine de l’Église, sur la théologie fondamentale et sur l’ecclésiologie, mais aussi ses ouvrages de spiritualité qui ont été pour moi une aide dans la prière.Quand je suis devenu évêque, j’ai eu l’occasion de le rencontrer et de parler à différentes reprises avec lui. Il m’a toujours donné l’impression d’un homme serein et plein de capacités. Capacité à écouter et à trouver les points d’accord, en renvoyant à une autre occasion la confrontation sur les points de dissension.Quand Benoît XVI est apparu sur le balcon de Saint-Pierre et a fait ce geste chaleureux pour saluer la foule, j’ai pensé: voilà la grâce de cet état, le cardinal Ratzinger n’était pas avant si expansif. Je dois dire que le moment où le cardinal Ratzinger a accepté son élection à la papauté a été pour moi très important. J’ai pensé à ce moment-là: voilà, nous avons maintenant une Église complète, il n’y a pas un comité de cardinaux mais il y a quelqu’un qui a dans ses mains le pouvoir des clefs.Je dois dire que le choix du nom, qui se réfère à la paix du monde (le pape Benoît XV) et à l’avenir de l’Europe (saint Benoît de Nursie), m’a aussi frappé. Je crois que nous avons un Pape qui se montrera profondément sensible aux courants culturels d’aujourd’hui.Benoît XVI, ensuite, connaît bien l’histoire de la liturgie et est conscient qu’avec ce que l’on appelle la réforme liturgique quelque chose a été perdu. Il est lui, sans aucun doute, un homme du Concile Vatican II, comme l’était Jean Paul II. Mais quarante ans sont passés et nous devons voir ce qu’il y a de bien et de mal dans la réforme. Le nouveau Pape rétablira peut-être l’équilibre dans le domaine contesté de la liturgie.

Paul Shan Kuo-hsi
ET ESPOIR POUR L’HUMANITÉ
par le cardinal Paul Shan Kuo-hsi
Évêque de Kaohsiung (Taiwan)
Je suis très heureux que nous ayons un nouveau Pape qui est assez semblable, sous bien des aspects, à son prédécesseur. C’est un fait qu’il a été un grand ami de Jean Paul II, qu’il a été son bras droit, et ainsi beaucoup de grands projets du Souverain Pontife précédent pourront être poursuivis.
Le nouveau Pape est un homme de foi profonde. Ainsi, dans une société où l’on trouve toutes sortes de courants et de mouvements doctrinaux – que les gens ont tendance à suivre car, ayant perdu leur direction, le sens de leur vie, la signification des choses, ils ne savent plus vers où se diriger – ce Pape, avec sa foi profonde en Dieu et en Jésus, sait très clairement dans quelle direction vont l’Église et l’humanité.Et puis, c’est un grand théologien. Il a été pendant un quart de siècle préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et gardien de la foi de l’Église. Il a une vision très claire des choses et des perspectives très précises, et c’est ce dont l’Église et l’humanité ont besoin. Ce que j’attends d’abord de ce nouveau Pape, c’est qu’il puisse donner à l’Église un sentiment de sécurité. Il sait que ces dernière décennies, les chrétiens eux-mêmes, suivant des doctrines et des croyances diverses, sont devenus des chrétiens de “self-service”: ils choisissent ici et là, ils prennent une chose et en refusent une autre, ils ne savent plus que la foi vaut dans sa plénitude et doit être prise dans sa totalité, qu’on ne peut la couper en morceaux, sous peine de lui faire perdre son authenticité. Ce Pape peut nous donner la certitude de la foi.Deuxièmement, le pape Benoît peut apporter à l’humanité lumière et espoir. Beaucoup de jeunes cherchent pour leur avenir un guide, une lueur, un espoir que ni leurs professeurs ni leurs gouvernants ne sont en mesure de leur donner. Dans la grande confusion qui règne aujourd’hui, le Pape peut offrir une lumière, non pas la sienne mais celle du Seigneur Jésus qui a dit de lui-même: «Je suis la lumière du monde; celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres», car ce n’est qu’en Jésus que nous avons espoir et paix.Troisièmement, son nom, Benoît, est un beau nom, c’est celui du saint patron de l’Europe occidentale. Jean Paul II venait de l’Europe de l’Est qu’il a libérée du communisme athée. L’Europe de l’Ouest est aujourd’hui très sécularisée et la foi est devenue très faible. Comme saint Benoît et ses moines ont maintenu en Europe la tradition et la culture chrétiennes durant les invasions des barbares, de la même façon le pape Benoît XVI peut revitaliser les traditions et les racines de la culture et de la société européennes.Nous savons aussi qu’en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, a été élu le pape Benoît XV qui ne voulait pas et n’aimait pas la guerre et a toujours cherché la paix et la réconciliation. Rappelons aussi qu’il a écrit – et ce texte a eu une grande portée – la célèbre lettre apostolique Maximum illud pour relancer les activités missionnaires et amener à la création et à la formation du clergé. Ce Pape va lui aussi s’occuper des missions, chercher à susciter de nouvelles vocations locales, étendre l’évangélisation dans le monde. J’espère que, dans le soin qu’il prendra des terres de mission, il suivra son prédécesseur Jean Paul II. Celui-ci, en 1995, à Manille, parlant à la Fédération des Conférences épiscopales de l’Asie, a dit que le troisième millénaire serait celui de l’Évangélisation de l’Asie, conviction qu’il a répétée dans son exhortation apostolique Ecclesia in Asia, après le Synode des évêques asiatiques. Pour Jean Paul II, le premier millénaire a vu l’évangélisation de la Méditerranée, le second celle des Amériques du Nord et du Sud et d’une partie de l’Afrique, et le troisième doit être consacré à l’Asie. J’espère que cela n’a pas été seulement l’expression d’un désir ou d’une prière mais qu’il s’agit d’une prophétie à laquelle le nouveau Pape puisse adhérer lui aussi.Enfin, j’espère que sous la conduite du pape Benoît XVI, les théologiens pourront trouver des termes nouveaux qui permettront de présenter notre foi sous une forme acceptable pour le monde moderne et compréhensible pour le commun des hommes.J’offre ces espoirs au nouveau Pape.

Theodore Edgar McCarrick
POUR NOUS TOUS
par le cardinal Theodore Edgar McCarrick
archevêque de Washington
Je crois que nous pouvons tous être vraiment contents que le Seigneur nous ait donné ce nouveau Pape, Benoît XVI. Je pense que si le conclave s’est terminé en si peu de temps, c’est que cet homme nous a frappés non seulement par la façon dont il a prié pour notre Saint-Père Jean Paul II; non seulement par la manière humble, gentille, affable mais également pleine de bonté et de dignité avec laquelle il a joué son rôle de doyen du Sacré Collège dans les jours qui ont séparé la mort du Saint-Père du conclave; mais aussi par toutes les choses extraordinaires qu’il a faites ces vingt-cinq dernières années aux côtés du Saint-Père et que nous avons commencé à nous rappeler quand nous nous sommes trouvés en sa présence. Il a splendidement accompli sa tâche de théologien du Saint-Père et de gardien de la doctrine de la foi, une tâche qui était si importante pour Jean Paul II et pour nous tous.
Avec leur sagesse, Jean Paul II et Ratzinger formaient une excellente équipe qui a travaillé pour le bien de l’Église et pour guider les fidèles. Je crois que, quand nous l’avons regardé et écouté, nous nous sommes rappelés qu’il n’est pas seulement un grand théologien mais aussi un homme de foi.Je me rappelle que j’ai lu ses livres de spiritualité et ceux de méditation. Ce sont des ouvrages qui non seulement révèlent sa sagesse et son intelligence, mais aussi son humilité, sa piété et sa bonté.Ainsi, quand nous avons choisi le nouveau Pape, le premier à être élu dans le troisième millénaire, nous nous sommes trouvés en présence d’un homme qui nous avait frappés par la façon dont il nous avait guidés pendant trois semaines et qui nous rappelait par sa bonté et sa sainteté les dons extraordinaires qu’il avait déjà faits à l’Église durant toutes les années où il avait été aux côtés du pape Jean Paul II.Dans le monde d’aujourd’hui, il semble avoir la force et la grâce nécessaire pour nous guider dans le temps à venir. C’est le motif pour lequel nous avons tous cru que l’Esprit Saint nous disait: voici votre homme, choisissez-le, suivez-le, réjouissez-vous, parce que je vous ai donné ce nouveau guide qui vous servira de pasteur. Soyez-lui fidèles comme vous avez cherché à l’être à ses prédécesseurs.Aux États-Unis existe l’usage suivant: le nouveau président, à peine élu, fait un discours à l’État de l’Union dans lequel il explique sa position, sa vision de l’état présent des choses et ses projets pour l’avenir. Je crois que le Saint-Père, avec une grande prévoyance, a fait la même chose dans sa première homélie du 20 avril.Il ne pouvait pas l’avoir préparée trop à l’avance, parce qu’il ne pouvait pas savoir qu’il deviendrait Pape. Mais c’est comme si l’Esprit Saint lui avait dit: «Dis leur ce dont l’Église a besoin dans son chemin». Et c’est de tout cela qu’il a parlé et, en particulier, de sa volonté de se fonder sur le travail du Concile Vatican II, de se fonder sur ces grands documents.Nous avons toujours été conscients que Jean Paul II a été un important Père du Concile, qu’il y a joué un rôle de premier ordre et que le cardinal Ratzinger, le pape Benoît XVI, a eu lui aussi une fonction importante, en tant que l’un des plus grands théologiens du Concile.Comme nous avons de la chance d’avoir deux hommes qui savent interpréter authentiquement le Concile et en suivre les grands enseignements, les grandes grâces, les grandes visions! Je considère donc que nous avons de la chance d’avoir ce grand homme. Parfois les media (assurément pas 30Jours!), présentent leur interprétation de certaines personnes et le cardinal Ratzinger a souvent été décrit comme un homme dur, fort, un homme qui travaille seul sans partager avec les autres. Eh bien, durant les trois semaines que nous avons passées avec lui, nous avons remarqué son sens de la collégialité, de la collaboration, sa volonté de travailler en groupe et son affabilité: il y a en lui une grande gentillesse et ses rapports avec ses frères cardinaux sont empreints d’une grande humilité.
Nous devons remercier Dieu de l’avoir comme pape et je prie pour que le Seigneur continue à le bénir dans sa tâche qui est celle de guider le grand troupeau de cette grande l’Église catholique dans les années qui s’ouvrent devant nous.
Le Pape nous a expliqué qu’il a choisi le nom de Benoît parce que le pape Benoît XV a travaillé en faveur de la paix et de la réconciliation des peuples du monde, un monde déchiré par la Première Guerre mondiale. Il a ensuite ajouté qu’il l’avait choisi parce que saint Benoît a été l’un des grands patrons de l’Europe. L’Europe qui, maintenant, doit s’unir pour s’engager dans les années à venir sur le juste chemin.
Quand j’ai entendu le nom choisi par le Pape, j’ai pensé qu’il était “Benedictus” pour nous, parce qu’il serait une bénédiction pour l’Église et pour nous tous. Non pas qu’il ait prétendu l’être. Il le sera. Ce sera une bénédiction pour nous en ce moment si critique pour la vie de l’Église et du monde.

Desmond Connell
MERVEILLEUSES
par le cardinal
Desmond Connell
archevêque émérite de Dublin
L’élection de Benoît XVI m’a fait une excellente impression.
À l’annonce du cardinal Medina, certaines personnes se sont probablement demandé si le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, était un pasteur ou s’il n’était pas plutôt un théologien ou peut-être même un homme sans grand contact avec les gens du commun. Ce que nous avons vu depuis son élection nous montre qu’il est un vrai pasteur.
J’ai été très frappé par son homélie du jour de l’inauguration de son ministère, en particulier par son usage de l’image du désert. Beaucoup de gens, pour des raisons diverses, pauvreté et abandon inclus, vivent dans le désert de la société séculière moderne. Il m’a semblé qu’il y avait dans les paroles du Pape une compassion et une compréhension merveilleuses de la souffrance des gens dans le monde moderne. J’ai vu le Pape ouvrir son cœur à la souffrance.
J’ai été aussi très frappé par les questions qui lui tiennent à cœur. Il a l’intention de développer la collégialité. Je crois que cela a suscité une certaine surprise, mais il est clair qu’il désire trouver une voie pour avancer dans la réalisation des idées du Concile Vatican II. Il est clair que, comme Jean Paul II, c’est un homme du Concile Vatican II et qu’il veut faire entrer dans l’Église la pensée de ce Concile.
Il a aussi fort à cœur la paix et la réconciliation dans le monde. Il est en train de suivre l’exemple de son prédécesseur Benoît XV, lequel, durant la Première Guerre mondiale, a fait accomplir au Saint-Siège ses premiers grands pas en faveur de la paix et de la réconciliation, pour que la vie redevienne vivable.
Le pape Benoît XVI s’intéresse aussi beaucoup au développement de la mission œcuménique de l’Église, parce que celle-ci est une partie fondamentale de la recherche de l’unité pour laquelle le Christ a prié durant la Dernière Cène. Voilà quelques-unes de mes pensées.

José da Cruz Policarpo
LE MESSAGE D’UN NOM
par le cardinal José da Cruz Policarpo
patriarche de Lisbonne
Joseph Ratzinger était l’un des cardinaux les plus connus. La responsabilité exigeante de la mission qu’il a accomplie, les presque vingt-quatre ans durant lesquels il a été préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’ont placé au centre de toutes les questions vives de la créativité théologique. Il a toujours été à la recherche de la synthèse entre la foi de l’Église, les cultures et les problèmes du monde contemporain. Dans cette mission, il a su concilier l’ouverture dialoguante avec la fermeté dans l’affirmation de la foi. Mais les critiques ne lui ont pas été épargnées et celles-ci, unilatéralement médiatisées, ont tendu à donner de lui une image bien particulière.
Son élection met l’Église et le monde face à un dilemme: voulons-nous classer un pontificat qui vient à peine de commencer, à partir de l’image incomplète et pas toujours exacte, imposée par les media, ou préférons-nous accueillir le changement que seul l’Esprit de Dieu opère?
Ce changement, accompagné d’émotion, est survenu en nous cardinaux, au moment où nous sommes passés de l’accomplissement d’un acte électoral – durant lequel il était l’un de nous – à notre inclination, faite avec déférence et foi, devant lui et à notre promesse de fidélité et d’obéissance à sa personne parce qu’il était le pasteur à qui, à travers notre vote, Dieu venait de confier la conduite de Son Église.
Sa capacité de nous surprendre s’est révélée immédiatement dans le nom qu’il a choisi: Benoît.
Le jour précédant la mort de Jean Paul II, le nouveau Pape avait été à Subiaco, dans le sanctuaire de saint Benoît, patron et grand évangélisateur de l’Europe. Dans la grande crise de civilisation qui a suivi la chute de l’Empire romain, l’Église a montré qu’en termes d’évangélisation de l’Europe, il est toujours possible de commencer à nouveau puisque Jésus porte avec lui un espoir qui indique le sens suprême de la vie et de l’histoire de la civilisation.
La volonté de développer la dimension missionnaire de l’Église a été également un trait historique d’un grand Souverain Pontife du début du XXe siècle: Benoît XV. Le nouveau Pape a voulu tout de suite expliquer aux cardinaux réunis dans la Sixtine que c’est précisément la personne et l’action de Benoît XV qui lui ont inspiré le choix de ce nom. Benoît XV a été le Pape de la mission, le Pape de la paix, un homme qui a jeté des ponts.
Saint Benoît, patron de l’Europe, et le grand Pape qu’a été Benoît XV ont donc conduit le nouveau Souverain Pontife à choisir un nom qui signifie un projet d’Église, une Église qui est au service de l’homme et qui est en même temps maîtresse d’humanité, parce que sacrement de Jésus-Christ.
Dans sa première homélie, le jour qui a suivi son élection, le nouveau Pape a tracé avec fermeté le chemin à parcourir dans ces nouveaux temps de mission. Il a souligné l’unité des chrétiens, la route à suivre avec «des gestes concrets qui pénètrent les âmes et remuent les consciences»; le dialogue interreligieux et interculturel ainsi que la collaboration avec ceux qui décident des destins du monde, pour la recherche de la paix et l’édification d’un monde à visage humain.
Il a voulu indiquer le Concile Vatican II comme «la boussole qui permet de s’orienter» et il a rappelé sa «ferme vol