Le dernier Pape en parfaite communion avec Constantinople
Profil du Saint-Père dont on fait mémoire le 19 avril, jour de l’élection de Benoît XVI
par Lorenzo Cappelletti

LÉON IX
Ceux qui connaissent l’histoire médiévale savent cela et ils savent aussi beaucoup d’autres choses intéressantes qui, selon nous, n’ont rien de fortuit et qui nous amènent à le considérer, à côté de saint Benoît, comme le protecteur du Pape régnant.
Il faut avant tout rappeler, bien qu’il n’ait jamais été bénédictin, sa dévotion pour saint Benoît auquel il attribue sa guérison lors d’une grave maladie qui, dans son adolescence, l’a retenu longtemps au lit dans le château familial. C’est par cet épisode que commence sa biographie: Vita Leonis IX (PL 143, 470-471).
Il est ensuite intéressant de noter que Brunon, parent de l’empereur Henri III et nommé par lui Souverain Pontife, comme c’était la coutume et comme le voulait, en quelque sorte, le droit de l’époque, «déclara à l’empereur qu’il ne pouvait accepter cette nouvelle charge que si les Romains l’élisaient à l’unanimité comme leur évêque», comme l’écrit le jésuite Friedrich Kempf, grand historien de l’Église médiévale (Storia della Chiesa, dir. H. Jedin. Vol. IV, p. 460). Au point qu’il vint à Rome, humblement habillé en pèlerin et ne prit possession du Siège de Pierre qu’après avoir été élu, le 2 février 1049, par le clergé et le peuple romain. «Léon n’envisageait aucun bouleversement constitutionnel, mais il était pleinement conscient de l’indépendance de l’institution juridique ecclésiastique et donc de sa position» (ibidem).
Il était tellement conscient de cette indépendance qu’il crut qu’il fallait combattre avant tout la simonie, comme il l’avait fait d’ailleurs en tant qu’évêque de Toul. Mais il ne le fit pas tout seul: «Il donna de l’importance aux cardinaux… [et] constitua autour de lui un groupe d’amis et de conseillers» (M. Parisse, in Dictionnaire historique de la papauté, dir. Ph. Levillain, p. 1026). Du point de vue dogmatique, c’est lui qui condamna les erreurs concernant la doctrine eucharistique. Il intervint contre les thèses de Bérenger de Tours (pour lequel le pain et le vin eucharistiques n’étaient qu’un symbole du Corps et du Sang du Seigneur), en déclarant que le Christ est – soit est contenu – dans le sacrement ou sous les espèces sacramentelles. Mais l’intervention de Léon IX fut très discrète. La discussion théologique étant encore ouverte, «ce furent les théologiens à la poursuivre, Rome se limitant à en surveiller le déroulement (Storia della Chiesa, dir. H. Jedin. Vol. IV, p. 605). Il affronta aussi avec pondération et sans intransigeance le problème du nicolaïsme (concubinage des membres du clergé) (cf. M. Parisse, in Dictionnaire historique de la papauté, dir. Ph. Levillain, p. 1025).
Revenons pour finir au schisme de 1054 dont nous sommes partis: non seulement on ne peut l’imputer au Pape, mais il semble même que l’ambassade qui en a marqué le début a été envoyée par lui à Constantinople dans un but amical. «Les relations entre Rome et l’Orient étaient encore amicales», écrit le père Justo Collantes, «bien que l’on eût déjà commencé à manigancer pour la rupture qui allait se consommer après la mort du Pape» (La fede della Chiesa cattolica, p. 918 note 14). Malheureusement, Léon s’était dans l’entre-temps engagé, en accord avec Byzance et avec l’aide des Allemands et des Italiens, contre cette bande de mercenaires qu’étaient les Normands du centre-sud de l’Italie. Ceux-ci le firent prisonnier en juin 1053 et ne le relâchèrent pas avant qu’il n’eût reconnu leurs possessions. Revenu à Rome en mars 1054, il mourut le 19 avril suivant. Que saint Léon protège le pape Benoît XVI et prie pour lui avec le troupeau, comme l’a expressément demandé le nouveau Pape: «Priez pour moi, pour que j’apprenne à aimer toujours plus Son troupeau – vous tous, la Sainte Église, chacun de vous personnellement et vous tous ensemble. Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. Priez les uns pour les autres, pour que le Seigneur nous porte et que nous apprenions à nous porter les uns les autres».