À l’occasion de la mort d’un évêque missionnaire
par Davide Malacaria

Benoît XVI avec Mgr Luigi Locati, le 25 mai 2005
Personne à Isiolo n’arrive à réaliser ce qui s’est passé. Tous les gens que nous avons rencontrés ont tendance à voir la cause de cet homicide dans l’œuvre de bienfaisance du missionnaire. Ce qu’il faisait en faveur des pauvres n’était peut-être pas du goût de tout le monde, surtout des hommes riches et puissants du lieu dont la prospérité repose sur la misère d’autrui. Au moment où nous écrivons (fin juillet), la police suit toujours plusieurs pistes. L’une de celles-ci mène à deux écoles que Mgr Locati avait ouvertes peu avant sa mort, à deux cents kilomètres d’Isiolo, et qui avaient créé des tensions avec certains hommes puissants du lieu. Les écoles avaient été soustraites au contrôle de l’évêque et gérées à l’avantage exclusif d’une ethnie. Aussi l’évêque les avait-il fermées, ce qui n’était pas pour plaire aux caïds de la région. Une autre piste, peut-être liée à la première, peut-être liée à la gestion des fonds pour le développement, suit une autre voie plus intérieure à l’Église. Confirmation éventuelle de cette piste, l’arrestation par la police de deux gardiens de la cathédrale et de deux prêtres locaux qui ont été en conflit par le passé avec l’évêque. La zizanie, on le sait, pousse partout, même dans les champs de l’Église. Mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions et il faut attendre les résultats de l’enquête et du procès. Pour l’instant, nous repensons à l’espoir qu’exprimait l’une de nos sources d’Isiolo qu’il ne s’agisse pas d’un autre cas Kaiser (le père John Antony Kaiser a été tué en août 2000; l’enquête sur ce meurtre a souffert de différentes tentatives d’ensablement) et à son soupçon que l’enquête sur l’homicide de l’évêque puisse, comme l’autre, réserver des surprises.
En réalité, le père Kaiser n’a pas été le seul missionnaire tué au Kenya ces dernières années: il y a eu depuis 1997 cinq missionnaires catholiques assassinés en différentes circonstances. Un nombre vraiment élevé et plus élevé que dans d’autres États africains. Est-ce un malheureux hasard ou le signe que l’insécurité règne dans ce pays? Une situation qui a été fatale à Mgr Locati lequel, depuis longtemps, faisait l’objet de sérieuses intimidations. En mai de l’année dernière, une bombe de petite dimension avait été placée chez lui et, en septembre dernier, des agresseurs inconnus lui avaient mis une machette sur la gorge puis s’étaient enfuis devant la réaction imprévue du prélat. Mgr Luigi Paiaro, évêque de Nyahururu, raconte que Mgr Locati se sentait menacé, qu’il avait confié ses craintes à sa sœur la dernière fois qu’il était venu en Italie, en mai dernier. Tout le monde se rappelle sa rencontre avec le Pape, durant ce séjour, à l’occasion de l’audience du mercredi. La photo des deux hommes souriants a fait le tour des journaux après la mort de l’évêque missionnaire. Ce mercredi-là, c’était la journée pour l’Afrique. Et la photo prend, à la regarder aujourd’hui, une valeur nouvelle; elle devient en quelque sorte le symbole de la sollicitude de l’Église pour ce continent oublié.

Mgr Luigi Locati à Isiolo, au Kenya
Sur cette terre lointaine, Mgr Locati avait eu aussi l’occasion de faire la connaissance d’Annalena Tonelli, la missionnaire laïque qui, partie de Forlì, avait travaillé plusieurs années parmi les Somaliens du Kenya, avant que les autorités ne la chassent pour ses prises de position en faveur de cette population. C’est ce que raconte Mgr Givone qui rappelle que, lorsqu’Annalena était encore au Kenya, elle se trouvait à Wajr, au nord-est d’Isiolo, lieu, où elle avait l’habitude de s’arrêter pour se reposer, quand elle allait à Nairobi. L’histoire d’Annalena est différente, elle est liée à la Somalie. Mais il est malgré tout étrange que dans ce lointain coin d’Afrique, le destin ait lié le sort de ces deux personnes qui ont été toutes deux assassinées, à deux ans de distance, de manière analogue: le soir, à quelques mètres de chez elles.
Qui sait à quoi aura pensé Mgr Locati dans ces moments terribles? À toutes sortes de choses, certainement, mais probablement surtout à celui qui l’avait entraîné dans cette longue aventure, si loin de chez lui, qui était resté près de lui ces années durant et qui était, à ce moment-là, plus proche que jamais. Oui, il aura, probablement, pensé à Jésus.