«André et Jean sont la figure de ce que nous devons faire»
Extraits de l’œuvre de don Luigi Giussani sur la rencontre de Jésus avec ses deux premiers disciples
Extraits de l’œuvre de don Luigi Giussani édité par Lorenzo Cappelletti
Introduction

«Je me trompais lorsque je pensais que la foi par
laquelle nous croyons en Dieu n’était pas un don de Dieu mais
venait de nous en nous […]. Je ne pensais pas en effet que la foi
était précédée par la grâce de Dieu
[…]. Je pensais, certes, que nous ne pourrions croire s’il
n’y avait pas auparavant l’annonce de la vérité,
mais je pensais qu’une fois que l’Évangile nous avait
été annoncé, l’adhésion était
notre œuvre et qu’elle nous venait de nous-mêmes. Cette
erreur se trouve dans beaucoup des livres que j’ai écrits
avant mon épiscopat» (Augustin, De
praedestinatione sanctorum 3,7).
Dans le De praedestinatione sanctorum, œuvre des dernières années de sa vie, Augustin confesse avec simplicité – et c’est là l’un des aspects de sa personnalité, et non le moindre, qui le rend si moderne et si convaincant à nos yeux – cette erreur présente dans des ouvrages qui précèdent son ordination épiscopale, laquelle remonte à trente ans auparavant (395 ou 396).
Sans qu’on l’avoue, l’erreur d’Augustin semble avoir dominé ces dernières années la scène du catholicisme le plus combatif et le plus en vue.
Chez don Giussani, au contraire, les paroles, le regard, l’attrait de la grâce nous sont continuellement proposés et décrits dans leur unité, à partir du commentaire que don Luigi fait de la rencontre de Jésus avec ses deux premiers disciples, Jean et André, rencontre qui peut être résumée par cette expression: «Ils Le regardaient parler». Et si l’on en croit le témoignage que lui a rendu lors de ses funérailles celui qui était alors le cardinal Ratzinger, cela vient de l’expérience personnelle de don Giussani: «Giussani», disait le cardinal, «a toujours fixé les yeux de sa vie et de son cœur sur le Christ. Il a ainsi compris que le christianisme est une rencontre, une histoire d’amour, qu’il est un événement». Dire que la foi naît d’un émerveillement tel que l’ont ressenti Jean et André – c’est ainsi que l’on pourrait traduire le mot suavitas qu’emploie le Concile œcuménique Vatican I dans la constitution dogmatique sur la foi (dans laquelle est cité, et ce n’est pas un hasard, le second concile anti-pélagien d’Orange que don Giussani aimait à rappeler) – ne veut pas dire que l’on ne soit pas attentif à la façon de présenter les vérités chrétiennes. Cela signifie que l’on fait prévaloir l’humble fidélité à la doctrine («Qui va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine de Jésus-Christ, ne possède pas Dieu. Celui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils», 2Jn9) et la prière de chaque instant à Celui qui seul peut toucher et attirer l’esprit et le cœur de l’homme.
Par ailleurs, il y a aussi dans l’Abrégé du Catéchisme de l’Église catholique une petite phrase qui, réaffirmant avec simplicité que la grâce pré-cède et pré-vient, éclaire, comme le fait un rayon de soleil à travers les vitraux d’une cathédrale, toutes les vérités qu’il contient. Cette petite phrase, la voici: «La prière est toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme» (n° 534).
édité par Lorenzo Cappelletti
IL EST ALLÉ SE FAIRE BAPTISER COMME TOUS LES AUTRES
Qu’est-il arrivé avant? Avant il est arrivé que Jésus est né à Bethléem, comme un enfant; et les bergers se sont réunis. Puis il est devenu grand chez lui. Et après il est devenu plus grand, il est allé se faire baptiser, comme tous les autres. Et Jean et André, lorsque Jésus a quitté la foule, sur ce mot de Jean Baptiste qui a dit: «Voici l’agneau de Dieu», se sont mis à suivre cet homme. Et ils ont établi un rapport avec cet homme, ils sont restés là à l’écouter. Je dis toujours: «Ils Le regardaient parler»1.
1 L’attrattiva Gesù, Bur, Milan 1999, op. cit. p. 27.
CE TOI REMPLISSAIT LEUR VISAGE ET LEUR CŒUR
Et André et Jean – comme le raconte le premier chapitre de saint Jean – qui suivaient Jésus-Christ, presqu’intimidés, lorsque celui-ci s’est retourné et a dit: «Que cherchez-vous?», n’ont pas dit Toi, mais Lui ont dit: «Où demeures-tu?». C’était une façon de dire Toi. Et quand ils sont rentrés et qu’ils ont dit: «Nous avons trouvé le Messie», c’était ce Toi qui remplissait leur visage et leur cœur.2
2Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 5, mai 1991 de Litterae Communionis-CL, p. 25.
SOUS LEURS YEUX
Pour André et Jean, le christianisme, ou mieux, l’accomplissement de la loi, la réalisation de l’ancienne promesse, de l’attente de laquelle vivait le bon peuple juif […] ce à quoi le peuple s’attendait, Celui qui devait venir, était un homme là sous leurs yeux: ils l’ont trouvé là, sous leurs yeux.
[…] C’était un homme sous leurs yeux […]. C’était quelque chose qui arrivait.
[…] Et Jean et André n’ont pas dit: «C’est un événement qui nous est arrivé». Évidemment, il n’était pas nécessaire qu’ils expliquent par une définition, déjà alors par une définition, ce qui leur arrivait: leur arrivait!3
3 L’avvenimento di Cristo e la sua permanenza nella storia, in Litterae Communionis-Tracce, n° 9, octobre 1994, p. III.
ILS LE REGARDAIENT PARLER
Nous nous identifions facilement avec ces deux disciples assis là à regarder parler cet homme qui dit des choses inouïes et pourtant si proches, si adhérentes, si résonnantes.
C’étaient les mots par lesquels la grande promesse biblique se manifestait au coeur de chaque juif, passait de génération en génération dans leur sang; les mots qu’employaient cet homme faisaient partie de cette promesse, mais ils ne comprenaient pas, ils étaient simplement saisis, entraînés, bouleversés par ce qu’il disait: Ils Le regardaient parler.4
4 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 24.

UNE CORRESPONDANCE
PLUS GRANDE
Si c’était un film, il aurait pour scène initiale Jean et André qui regardent le Christ parler chez lui.
Un impact: l’impact avec une réalité qu’ils sentent correspondre comme jamais rien n’a correspondu […].
André et Jean, plus ils Le regardaient, plus ils entraient dans ce qui, en Jésus-Christ, était déjà en acte, c’est-à-dire, la connaissance de la vérité, la connaissance de la justice, la connaissance du bonheur et de la joie, «pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleine». Une correspondance plus grande.5
5 L’attrattiva Gesù, op. cit., pp. 44-45.
AINSI NAQUIT LA PREMIÈRE CERTITUDE SUR JÉSUS-CHRIST
Ce que l’homme leur avait dit correspondait à leur cœur, à l’attente de leur cœur, si intensément, si évidemment, si immédiatement que c’était comme s’ils disaient: «Si nous ne croyons pas en cet homme, nous ne devons plus croire non plus en nos yeux». C’est ainsi que naquit, surgit dans l’histoire du monde la première certitude publique, au-delà de celle de Sa mère et de Son père: la première certitude sur Jésus-Christ. […]
Pensez donc: ils sont revenus chez eux et ils se sont mis à dire à tous leurs frères, à leurs connaissances et aux gens qui participaient à leur petite coopérative de barques: «Nous avons trouvé le Messie».6
6 La comunione come strada, in Litterae Communionis-Tracce, n° 7, juillet/août 1994, p. III.
LA MÉMOIRE COMMENCE
Jean et André se sont mis à suivre cet homme et cet homme s’est retourné, et ils Lui ont demandé, ils sont allés chez Lui… ils entendaient – ils n’étaient pas distraits – mais, à Le voir, ils entendaient.
C’est cela la mémoire. C’est alors qu’a commencé la mémoire, qui, de ces deux hommes, est parvenue jusqu’a nous.7
v v v
Vous vous rendez compte, nous nous sommes mis en branle à cause de ces deux hommes! Ces deux hommes qui L’ont regardé parler, qui Le regardaient parler avec une grande simplicité, humilité, ingénuité de cœur, ils nous ont ébranlés: ces deux hommes ont ébranlé nos vies et les ébranlent encore!8
7 Affezione e dimora, Bur, Milan 2001, p. 215.
8 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 24.
TOUT DE SUITE UN RAPPORT

DE FAMILIARITÉ
Mais ces deux hommes-là, ces deux premiers hommes, Jean et André – André probablement était marié et avait des enfants – comment ont-ils fait pour être conquis aussi rapidement et pour Le reconnaître (il n’y a pas d’autre mot à dire, pas de mot différent de reconnaître)?
Mais je dirai que, si ce fait s’est produit, reconnaître cet homme, qui était cet homme, non pas qui Il était dans le fin fond de lui même ni en détail, mais reconnaître que cet homme était quelque chose d’exceptionnel, de non commun – Il était absolument non commun –, d’irréductible à toute analyse, reconnaître cela devait être facile.9
v v v
Cette maison était une maison différente et cet homme traitait les gens de façon différente, Il pensait, on le voyait à ses yeux, de façon différente et puis, quand ses pensées s’exprimaient à travers des mots, Il parlait d’une façon différente: c’était quelque chose de différent.
Et s’établissait aussitôt un rapport de familiarité avec Lui; vraiment c’était Lui qui établissait aussitôt un rapport de familiarité avec ceux qu’Il rencontrait. Et avec dignité, et avec douceur Il disait des choses qui intéressaient la vie de ceux qui L’écoutaient, des gens qu’Il rencontrait. Comme dans ce cas: il changea leur vie!10
9 Il tempo e il tempio, Bur, Milan 1993, p. 46-47.
10 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 6, juin 1995 de Litterae Communionis-Tracce, p. 13.
ILS SONT UNE SEULE CHOSE TANT ILS SONT PLEINS DE LA MÊME CHOSE
Et ils sont revenus le soir, à la fin de la journée, – reparcourant probablement la route en silence, parce que jamais ils ne s’étaient parlé entre eux comme dans ce grand silence dans lequel un Autre parlait, dans lequel Il continuait et résonnait à l’intérieur d’eux.11
v v v
Mais imaginez ces deux hommes qui restent là à L’écouter plusieurs heures et puis qui doivent rentrer chez eux. Il les congédie et ils s’en vont silencieux. Silencieux parce qu’envahis par l’impression qu’ils ont eue du mystère senti, pressenti, senti. Et puis ils se séparent. Ils vont chacun chez eux. Ils ne se saluent pas, non pas qu’ils ne se saluent pas, mais ils se saluent d’une autre manière, ils se saluent sans se saluer, parce qu’ils sont pleins de la même chose, ils sont une seule chose tous les deux, tant ils sont pleins de la même chose.12
11Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994
de Litterae Communionis-Tracce, p. 25.
12 Il tempo e il tempio, op. cit., p. 48.
CE QU’EST LA FOI
Ce qu’est la foi, on le comprend si on se met dans la peau des deux hommes, André et Jean, qui Le suivirent et Lui demandèrent: «Maître. Où demeures-tu?» (Jn 1,38).
Face à cet homme, qu’était-ce que la foi? C’était le fait de reconnaître la présence divine. Ils n’osaient pas même le penser, ils n’en avaient pas une idée claire, mais ils reconnaissaient en cet homme la présence qui libérait, qui sauvait.13
v v v
Jean et André avaient la foi parce qu’ils avaient la certitude d’une présence expérimentable: quand ils étaient là, dans le premier chapitre de Jean, assis chez lui, vers le soir, à Le regarder parler, c’était la certitude, dans une présence expérimentable, de quelque chose d’extraordinaire, du divin dans une présence expérimentable. Puis – c’est moi qui ajoute – ils sont allés dormir chez eux: André, chez sa femme, Jean, chez sa mère. Ils sont allés chez eux, ils ont mangé chez eux, ils ont dormi chez eux, ils se sont levés, ils sont allés pêcher avec leurs camarades.
Celui qu’ils avaient vu l’après-midi précédent dominait dans leur tête, oui ou non? Oui. Le voyaient-ils? Non.14
13Nella fede, uomo e popolo, in Litterae Communionis-Tracce, n° 9, octobre 1998, p. III.
14 Si può vivere così?, Bur, Milan, p. 257-258.

C’ÉTAIT LUI MAIS IL ÉTAIT DIFFÉRENT
Elle lui a demandé: «Q’est-il arrivé?», lui l’a serrée dans ses bras. André a serré sa femme dans ses bras et a embrassé ses enfants: c’était lui mais jamais il ne l’avait ainsi serrée dans ses bras! C’était comme l’aurore ou l’aube ou le crépuscule d’une humanité différente, d’une humanité nouvelle, d’une humanité plus vraie. Presque comme s’il disait: «Finalement!», sans en croire ses yeux. Mais c’était trop évident pour qu’il n’en crût pas ses yeux!15
v v v
Son mari était devenu quelque chose d’autre; non quelque chose de pensé, d’imaginé, mais quelque chose de réel, parce que son mari ne l’avait jamais serrée comme cela dans ses bras. Elle s’en était aperçue: d’abord parce que son mari ne l’avait jamais regardée comme cela, ensuite parce son mari ne l’avait jamais serrée comme cela dans ses bras.
Et puis, le jour suivant ausssi, elle voyait comment il traitait ses amis, comment il parlait avec ses enfants: il était arrivé quelque chose qui était en train de transformer le visage concret, charnel, temporel de leur vie.16
15 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 25.
16 L’avvenimento di Cristo e la sua permanenza nella storia, op. cit., p. III.
COMME SI TOUTE
LEUR PERSONNE ÉTAIT
UNE DEMANDE
Imaginons-nous Simon Pierre, Philippe et Jean en présence de Jésus, pendant qu’ils Le suivent le long des sentiers de campagne ou là, sur la place du temple, ou dans une maison où ils sont assis en train de manger. Comment sont-ils là? Ils sont en train de Le regarder, de L’écouter, attentifs à apprendre, mais ces termes sont encore insuffisants, inachevés: car c’est comme si toute leur personne était une demande.17

17 Exercices de la
Fraternité de Communion et libération, Rimini 1988, p. 25.
IL SUFFIT DE LA PERCEPTION EMBRYONNAIRE DE CE QU’IL EST, QUI FAIT QUE TU LE DEMANDES
Il n’est pas nécessaire que ton rapport avec Jésus- Christ soit évolué, fin, mûr pour que ta personnalité en naisse et que ta personnalité sache, à partir de lui, créer une compagnie. Il suffit – pourrait-on dire – de la surprise qu’éprouvèrent Jean et André, qui ne comprenaient rien; il suffit de la surprise, il suffit du mouvement de dévotion, il suffit de l’émerveillement. Plus précisément: il suffit de le demander, il suffit de cette perception embryonnaire de ce qu’Il est, qui fait que tu le demandes, à cause de laquelle tu le demandes.18
18 L’attrattiva Gesù, op. cit

Sur ces pages, des détails des fresques de la Chapelle des Scrovegni, Giotto, Padoue
Dans le De praedestinatione sanctorum, œuvre des dernières années de sa vie, Augustin confesse avec simplicité – et c’est là l’un des aspects de sa personnalité, et non le moindre, qui le rend si moderne et si convaincant à nos yeux – cette erreur présente dans des ouvrages qui précèdent son ordination épiscopale, laquelle remonte à trente ans auparavant (395 ou 396).
Sans qu’on l’avoue, l’erreur d’Augustin semble avoir dominé ces dernières années la scène du catholicisme le plus combatif et le plus en vue.
Chez don Giussani, au contraire, les paroles, le regard, l’attrait de la grâce nous sont continuellement proposés et décrits dans leur unité, à partir du commentaire que don Luigi fait de la rencontre de Jésus avec ses deux premiers disciples, Jean et André, rencontre qui peut être résumée par cette expression: «Ils Le regardaient parler». Et si l’on en croit le témoignage que lui a rendu lors de ses funérailles celui qui était alors le cardinal Ratzinger, cela vient de l’expérience personnelle de don Giussani: «Giussani», disait le cardinal, «a toujours fixé les yeux de sa vie et de son cœur sur le Christ. Il a ainsi compris que le christianisme est une rencontre, une histoire d’amour, qu’il est un événement». Dire que la foi naît d’un émerveillement tel que l’ont ressenti Jean et André – c’est ainsi que l’on pourrait traduire le mot suavitas qu’emploie le Concile œcuménique Vatican I dans la constitution dogmatique sur la foi (dans laquelle est cité, et ce n’est pas un hasard, le second concile anti-pélagien d’Orange que don Giussani aimait à rappeler) – ne veut pas dire que l’on ne soit pas attentif à la façon de présenter les vérités chrétiennes. Cela signifie que l’on fait prévaloir l’humble fidélité à la doctrine («Qui va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine de Jésus-Christ, ne possède pas Dieu. Celui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils», 2Jn9) et la prière de chaque instant à Celui qui seul peut toucher et attirer l’esprit et le cœur de l’homme.
Par ailleurs, il y a aussi dans l’Abrégé du Catéchisme de l’Église catholique une petite phrase qui, réaffirmant avec simplicité que la grâce pré-cède et pré-vient, éclaire, comme le fait un rayon de soleil à travers les vitraux d’une cathédrale, toutes les vérités qu’il contient. Cette petite phrase, la voici: «La prière est toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme» (n° 534).
édité par Lorenzo Cappelletti
IL EST ALLÉ SE FAIRE BAPTISER COMME TOUS LES AUTRES
Qu’est-il arrivé avant? Avant il est arrivé que Jésus est né à Bethléem, comme un enfant; et les bergers se sont réunis. Puis il est devenu grand chez lui. Et après il est devenu plus grand, il est allé se faire baptiser, comme tous les autres. Et Jean et André, lorsque Jésus a quitté la foule, sur ce mot de Jean Baptiste qui a dit: «Voici l’agneau de Dieu», se sont mis à suivre cet homme. Et ils ont établi un rapport avec cet homme, ils sont restés là à l’écouter. Je dis toujours: «Ils Le regardaient parler»1.
1 L’attrattiva Gesù, Bur, Milan 1999, op. cit. p. 27.
CE TOI REMPLISSAIT LEUR VISAGE ET LEUR CŒUR
Et André et Jean – comme le raconte le premier chapitre de saint Jean – qui suivaient Jésus-Christ, presqu’intimidés, lorsque celui-ci s’est retourné et a dit: «Que cherchez-vous?», n’ont pas dit Toi, mais Lui ont dit: «Où demeures-tu?». C’était une façon de dire Toi. Et quand ils sont rentrés et qu’ils ont dit: «Nous avons trouvé le Messie», c’était ce Toi qui remplissait leur visage et leur cœur.2
2Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 5, mai 1991 de Litterae Communionis-CL, p. 25.
SOUS LEURS YEUX
Pour André et Jean, le christianisme, ou mieux, l’accomplissement de la loi, la réalisation de l’ancienne promesse, de l’attente de laquelle vivait le bon peuple juif […] ce à quoi le peuple s’attendait, Celui qui devait venir, était un homme là sous leurs yeux: ils l’ont trouvé là, sous leurs yeux.
[…] C’était un homme sous leurs yeux […]. C’était quelque chose qui arrivait.
[…] Et Jean et André n’ont pas dit: «C’est un événement qui nous est arrivé». Évidemment, il n’était pas nécessaire qu’ils expliquent par une définition, déjà alors par une définition, ce qui leur arrivait: leur arrivait!3
3 L’avvenimento di Cristo e la sua permanenza nella storia, in Litterae Communionis-Tracce, n° 9, octobre 1994, p. III.
ILS LE REGARDAIENT PARLER
Nous nous identifions facilement avec ces deux disciples assis là à regarder parler cet homme qui dit des choses inouïes et pourtant si proches, si adhérentes, si résonnantes.
C’étaient les mots par lesquels la grande promesse biblique se manifestait au coeur de chaque juif, passait de génération en génération dans leur sang; les mots qu’employaient cet homme faisaient partie de cette promesse, mais ils ne comprenaient pas, ils étaient simplement saisis, entraînés, bouleversés par ce qu’il disait: Ils Le regardaient parler.4
4 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 24.

PLUS GRANDE
Si c’était un film, il aurait pour scène initiale Jean et André qui regardent le Christ parler chez lui.
Un impact: l’impact avec une réalité qu’ils sentent correspondre comme jamais rien n’a correspondu […].
André et Jean, plus ils Le regardaient, plus ils entraient dans ce qui, en Jésus-Christ, était déjà en acte, c’est-à-dire, la connaissance de la vérité, la connaissance de la justice, la connaissance du bonheur et de la joie, «pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleine». Une correspondance plus grande.5
5 L’attrattiva Gesù, op. cit., pp. 44-45.
AINSI NAQUIT LA PREMIÈRE CERTITUDE SUR JÉSUS-CHRIST
Ce que l’homme leur avait dit correspondait à leur cœur, à l’attente de leur cœur, si intensément, si évidemment, si immédiatement que c’était comme s’ils disaient: «Si nous ne croyons pas en cet homme, nous ne devons plus croire non plus en nos yeux». C’est ainsi que naquit, surgit dans l’histoire du monde la première certitude publique, au-delà de celle de Sa mère et de Son père: la première certitude sur Jésus-Christ. […]
Pensez donc: ils sont revenus chez eux et ils se sont mis à dire à tous leurs frères, à leurs connaissances et aux gens qui participaient à leur petite coopérative de barques: «Nous avons trouvé le Messie».6
6 La comunione come strada, in Litterae Communionis-Tracce, n° 7, juillet/août 1994, p. III.
LA MÉMOIRE COMMENCE
Jean et André se sont mis à suivre cet homme et cet homme s’est retourné, et ils Lui ont demandé, ils sont allés chez Lui… ils entendaient – ils n’étaient pas distraits – mais, à Le voir, ils entendaient.
C’est cela la mémoire. C’est alors qu’a commencé la mémoire, qui, de ces deux hommes, est parvenue jusqu’a nous.7
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Vous vous rendez compte, nous nous sommes mis en branle à cause de ces deux hommes! Ces deux hommes qui L’ont regardé parler, qui Le regardaient parler avec une grande simplicité, humilité, ingénuité de cœur, ils nous ont ébranlés: ces deux hommes ont ébranlé nos vies et les ébranlent encore!8
7 Affezione e dimora, Bur, Milan 2001, p. 215.
8 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 24.
TOUT DE SUITE UN RAPPORT

Mais ces deux hommes-là, ces deux premiers hommes, Jean et André – André probablement était marié et avait des enfants – comment ont-ils fait pour être conquis aussi rapidement et pour Le reconnaître (il n’y a pas d’autre mot à dire, pas de mot différent de reconnaître)?
Mais je dirai que, si ce fait s’est produit, reconnaître cet homme, qui était cet homme, non pas qui Il était dans le fin fond de lui même ni en détail, mais reconnaître que cet homme était quelque chose d’exceptionnel, de non commun – Il était absolument non commun –, d’irréductible à toute analyse, reconnaître cela devait être facile.9
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Cette maison était une maison différente et cet homme traitait les gens de façon différente, Il pensait, on le voyait à ses yeux, de façon différente et puis, quand ses pensées s’exprimaient à travers des mots, Il parlait d’une façon différente: c’était quelque chose de différent.
Et s’établissait aussitôt un rapport de familiarité avec Lui; vraiment c’était Lui qui établissait aussitôt un rapport de familiarité avec ceux qu’Il rencontrait. Et avec dignité, et avec douceur Il disait des choses qui intéressaient la vie de ceux qui L’écoutaient, des gens qu’Il rencontrait. Comme dans ce cas: il changea leur vie!10
9 Il tempo e il tempio, Bur, Milan 1993, p. 46-47.
10 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 6, juin 1995 de Litterae Communionis-Tracce, p. 13.
ILS SONT UNE SEULE CHOSE TANT ILS SONT PLEINS DE LA MÊME CHOSE
Et ils sont revenus le soir, à la fin de la journée, – reparcourant probablement la route en silence, parce que jamais ils ne s’étaient parlé entre eux comme dans ce grand silence dans lequel un Autre parlait, dans lequel Il continuait et résonnait à l’intérieur d’eux.11
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Mais imaginez ces deux hommes qui restent là à L’écouter plusieurs heures et puis qui doivent rentrer chez eux. Il les congédie et ils s’en vont silencieux. Silencieux parce qu’envahis par l’impression qu’ils ont eue du mystère senti, pressenti, senti. Et puis ils se séparent. Ils vont chacun chez eux. Ils ne se saluent pas, non pas qu’ils ne se saluent pas, mais ils se saluent d’une autre manière, ils se saluent sans se saluer, parce qu’ils sont pleins de la même chose, ils sont une seule chose tous les deux, tant ils sont pleins de la même chose.12
11Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994
de Litterae Communionis-Tracce, p. 25.
12 Il tempo e il tempio, op. cit., p. 48.
CE QU’EST LA FOI
Ce qu’est la foi, on le comprend si on se met dans la peau des deux hommes, André et Jean, qui Le suivirent et Lui demandèrent: «Maître. Où demeures-tu?» (Jn 1,38).
Face à cet homme, qu’était-ce que la foi? C’était le fait de reconnaître la présence divine. Ils n’osaient pas même le penser, ils n’en avaient pas une idée claire, mais ils reconnaissaient en cet homme la présence qui libérait, qui sauvait.13
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Jean et André avaient la foi parce qu’ils avaient la certitude d’une présence expérimentable: quand ils étaient là, dans le premier chapitre de Jean, assis chez lui, vers le soir, à Le regarder parler, c’était la certitude, dans une présence expérimentable, de quelque chose d’extraordinaire, du divin dans une présence expérimentable. Puis – c’est moi qui ajoute – ils sont allés dormir chez eux: André, chez sa femme, Jean, chez sa mère. Ils sont allés chez eux, ils ont mangé chez eux, ils ont dormi chez eux, ils se sont levés, ils sont allés pêcher avec leurs camarades.
Celui qu’ils avaient vu l’après-midi précédent dominait dans leur tête, oui ou non? Oui. Le voyaient-ils? Non.14
13Nella fede, uomo e popolo, in Litterae Communionis-Tracce, n° 9, octobre 1998, p. III.
14 Si può vivere così?, Bur, Milan, p. 257-258.

C’ÉTAIT LUI MAIS IL ÉTAIT DIFFÉRENT
Elle lui a demandé: «Q’est-il arrivé?», lui l’a serrée dans ses bras. André a serré sa femme dans ses bras et a embrassé ses enfants: c’était lui mais jamais il ne l’avait ainsi serrée dans ses bras! C’était comme l’aurore ou l’aube ou le crépuscule d’une humanité différente, d’une humanité nouvelle, d’une humanité plus vraie. Presque comme s’il disait: «Finalement!», sans en croire ses yeux. Mais c’était trop évident pour qu’il n’en crût pas ses yeux!15
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Son mari était devenu quelque chose d’autre; non quelque chose de pensé, d’imaginé, mais quelque chose de réel, parce que son mari ne l’avait jamais serrée comme cela dans ses bras. Elle s’en était aperçue: d’abord parce que son mari ne l’avait jamais regardée comme cela, ensuite parce son mari ne l’avait jamais serrée comme cela dans ses bras.
Et puis, le jour suivant ausssi, elle voyait comment il traitait ses amis, comment il parlait avec ses enfants: il était arrivé quelque chose qui était en train de transformer le visage concret, charnel, temporel de leur vie.16
15 Exercices de la Fraternité de Communion et libération, supplément au n° 7, juillet/août 1994 de Litterae Communionis-Tracce, p. 25.
16 L’avvenimento di Cristo e la sua permanenza nella storia, op. cit., p. III.
COMME SI TOUTE
LEUR PERSONNE ÉTAIT
UNE DEMANDE
Imaginons-nous Simon Pierre, Philippe et Jean en présence de Jésus, pendant qu’ils Le suivent le long des sentiers de campagne ou là, sur la place du temple, ou dans une maison où ils sont assis en train de manger. Comment sont-ils là? Ils sont en train de Le regarder, de L’écouter, attentifs à apprendre, mais ces termes sont encore insuffisants, inachevés: car c’est comme si toute leur personne était une demande.17

IL SUFFIT DE LA PERCEPTION EMBRYONNAIRE DE CE QU’IL EST, QUI FAIT QUE TU LE DEMANDES
Il n’est pas nécessaire que ton rapport avec Jésus- Christ soit évolué, fin, mûr pour que ta personnalité en naisse et que ta personnalité sache, à partir de lui, créer une compagnie. Il suffit – pourrait-on dire – de la surprise qu’éprouvèrent Jean et André, qui ne comprenaient rien; il suffit de la surprise, il suffit du mouvement de dévotion, il suffit de l’émerveillement. Plus précisément: il suffit de le demander, il suffit de cette perception embryonnaire de ce qu’Il est, qui fait que tu le demandes, à cause de laquelle tu le demandes.18
18 L’attrattiva Gesù, op. cit