Courrier du Directeur
Questions et préjugés sur l’Évangile de Jean
Monsieur le Directeur,
J’ai quatre-vingt-sept ans et j’habite en Ciociaria [région du Sud de Rome d’où est originaire une partie de la famille de Giulio Andreotti] et, en tant que tel, je me permets de vous écrire pour obtenir des éclaircissements et des conseils que vous serez certainement en mesure de me donner et dont je vous remercie par avance.
Si je suis venu soumettre à votre attention particulière “une feuille” issue de l’un de mes livres in pectore, c’est en raison de votre appartenance notoire à notre religion et en raison aussi de votre caractère indompté, de la franchise peu commune que vous avez gardée dans l’adversité.
Cette feuille dit sous une forme très synthétique ce que tout le livre cherche à démontrer, à savoir que l’Évangile de Jean est vraiment un faux et que c’est justement et bien sûr justement pour cette raison qu’il a été considéré par l’Église comme l’Évangile le plus important, dans la mesure où il dit des choses que les trois Évangiles synoptiques ne disent pas. Mais ces choses sont pour l’Église d’une importance stratégique et théologique extrême en raison des effets collatéraux qu’ils ont toujours produits sur les masses des fidèles!
J’ai l’idée que vous avez vous aussi éprouvé les mêmes doutes que ceux que contient cette feuille, mais je ne suis pas sûr que vous ayez trouvé une réponse rationnelle, dans la mesure où vous avez certainement ce que Jean Paul II a prêché aux deux millions de jeunes réunis dans la plaine de Tor Vergata [lors des JMJ]: la foi!
Je cherche justement à savoir par cette lettre si les doutes contenus dans la feuille, vous les avez vaincus rationnellement ou non!
On tire de la perspective qui est celle de cette feuille que tout est faux et d’une fausseté immense dans la mesure où l’on conclut que toute la chrétienté est infectée dès sa naissance à cause des opportunistes qui se sont immédiatement précipités dans l’organisation religieuse, comme le font les faucons sur toutes les proies qui se montrent à l’horizon!
Je ne me suis pas limité à la lecture des Évangiles!
On voit clairement dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée qu’existent au même moment à Éphèse deux personnages importants qui portent le même nom: Jean l’apôtre et Jean le prêtre.
Le premier, un homme de quatre-vingt-quatorze ans, est une personne importante et vénérable mais totalement incapable d’écrire quoi que ce soit; le second est une personne de grande autorité de l’Église locale que le peuple considérait comme le véritable auteur de l’Évangile de Jean.
L’écrivain anglais Dorothy Sayers, qui connaît très bien ce sujet, en arrive à soutenir que Jean l’Évangéliste a écrit son Évangile avec l’aide de son ami de confiance Jean.
C’est là le minimum de ce que l’on peut imaginer qu’il a dû arriver! Mais, en réalité – et c’est une évidence –, il est logique que le jeune fonctionnaire de l’Église, fort de son expérience, ait fait ce qu’il avait l’intention de faire face à la vénérable figure de Jean l’apôtre: pour obtenir immédiatement l’adhésion des foules il fallait absolument que Jean apparaisse comme le véritable auteur.
Il y a longtemps, comme je faisais remarquer à quelqu’un qu’il y avait de nombreuses et notables divergences entre les Évangiles synoptiques et l’Évangile de Jean, celui-ci m’a répondu: «Mais les Évangiles synoptiques sont théologiques!»
Non seulement j’ai été stupéfait de cette réponse, mais il m’est venu l’idée que je devrais suivre un cours de théologie pour trouver les explications que je cherche.
De toutes façons, Monsieur le Sénateur, veuillez me donner votre réponse pour qu’elle vienne calmer mon esprit inquiet qui aspire à une vie quotidienne sereine, à l’abri de ces cas extraordinaires qui troublent plus qu’ils ne rassérènent.
Je vous prie de recevoir mes salutations distinguées et mes excuses pour le dérangement que ma lettre vous aura occasionné.
Pasquale Lupi
Frosinone, 16 août 2003
La lettre contient des questions légitimes en même temps que des affirmations qui semblent dictées par un préjugé anti-catholique.
1. Ce que croit l’Église au sujet des quatre Évangiles.
Le Concile œcuménique Vatican II dans la Constitution dogmatique Dei Verbum, sur l’indication autorisée de Paul VI, déclare que l’historicité des Évangiles et leur origine apostolique est une donnée de foi.
«Que les quatre Évangiles aient une origine apostolique, l’Église partout et toujours l’a affirmé et l’affirme. Ce que les Apôtres ont prêché sur l’ordre du Christ, plus tard, eux-mêmes et des hommes apostoliques nous l’ont, sous l’inspiration de l’Esprit divin, transmis dans des écrits qui sont le fondement de notre foi, c’est-à-dire l’Évangile quadriforme, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean» (Dei Verbum 18).
«De façon ferme et absolument constante, la Sainte Mère Église a affirmé et affirme que les quatre Évangiles énumérés, dont elle atteste sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, pendant qu’Il vivait parmi les hommes, a réellement fait et enseigné en vue de leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Act. 1, 1-2)» (Dei verbum 19).
Comme on le voit dans le texte conciliaire, il existe une totale liberté de recherche sur la façon dont se sont formés les quatre écrits évangéliques et sur leurs auteurs immédiats.
Récemment, le cardinal Ratzinger, à l’occasion du centenaire de la constitution de la Commission biblique pontificale a commenté en ces termes les affirmations du Concile:
«La réalité de la naissance de Jésus de la Vierge Marie, l’institution effective de l’Eucharistie de la part de Jésus dans la dernière cène, sa résurrection corporelle des morts – c’est là la signification du sépulcre vide – sont des éléments de la foi en tant que telle, éléments que la foi peut et doit défendre contre une connaissance historique qui n’est que prétendument meilleure.
Que Jésus – en tout ce qui est essentiel – ait été effectivement celui que nous montrent les Évangiles n’a rien d’une conjecture historique, c’est une donnée de foi. Les objections qui veulent nous convaincre du contraire ne sont pas l’expression d’une connaissance scientifique effective, mais sont une surévaluation arbitraire de la méthode.
Que, par ailleurs, beaucoup de questions doivent rester ouvertes dans leur détail et être soumises à une interprétation consciente de ses responsabilités, c’est ce que nous avons appris entre temps» (J. Ratzinger, «La foi exige le réalisme de l’événement», in 30Jours, n. 6, 2003, p. 60).
2. En ce qui concerne l’auteur du quatrième Évangile, nous rapportons les observations simples et claires de la Bible de Jérusalem.
«Presque unanimement [à la question concernant l’auteur] la tradition répond: Jean l’apôtre, le fils de Zébédée. Déjà, dans la première moitié du IIe siècle, nous voyons que le quatrième Évangile est connu et utilisé par de nombreux auteurs: saint Ignace d’Antioche, l’auteur des Odes de Salomon, Papias, Saint Justin et peut-être déjà saint Clément de Rome […], preuve qu’il possédait déjà une autorité apostolique. Le premier témoignage explicite est celui de saint Irénée vers 180: “Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui reposa sur sa poitrine, a publié l’Évangile lui aussi pendant son séjour à Éphèse”. Presque à la même époque, Clément d’Alexandrie, Tertullien, le canon de Muratori attribuent formellement le quatrième Évangile à Jean l’apôtre. Si, aux confins entre le IIe et le IIIe siècle, on peut relever une opinion opposée, c’est celle de ceux qui sont en réaction contre les “spirituels” montanistes, qui utilisaient l’Évangile de Jean à des fins tendancieuses. Mais cette opposition se réduit à peu de chose et, fondée sur des raisons théologiques, elle n’a aucune racine dans la tradition».
Le témoignage d’Irénée, évêque de Lyon et martyr, qui appartient à la seconde génération après les apôtres, dans son œuvre Adversus haereses (III, 1,1), est particulièrement significatif parce qu’Irénée avait été «dans son jeune âge» disciple de Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, à son tour, avait connu l’apôtre Jean (Adversus haereses III, 3,4).
3. Dans la revue Rassegna di Teologia, numéro 4, juillet-août 2003, il y a un article de Yves Simoens, L’Évangile selon Jean.
Le chapitre sur l’auteur du quatrième Évangile est divisé en deux paragraphes: “Jean, le fils de Zébédée? ” et “Le prêtre Jean et ‘le disciple que Jésus aimait’”. L’auteur de l’article, en mettant en valeur des études récentes qui soulignent la dimension sacerdotale du quatrième Évangile (il est significatif que le nom de Zébédée figure dans la liste des noms des classes sacerdotales), semble dans sa conclusion préférer l’hypothèse traditionnelle qui identifie l’apôtre Jean, le fils de Zébédée et l’auteur du quatrième Évangile.
Au sujet de ce que dit Lupi dans sa lettre sur Jean l’apôtre, à savoir que celui-ci aurait été incapable d’écrire un Évangile aussi riche et beau, on lit dans cet article:
«L’argument que l’on a toujours proposé pour contester à Jean, fils de Zébédée, la paternité de cet Évangile, consiste justement dans la beauté et la richesse de ce texte exceptionnel. Comment un pêcheur de Galilée aurait-il pu écrire un tel chef-d’œuvre? Ce scepticisme doit être pourtant tout de suite tempéré. Le vocabulaire de cet Évangile – et cela vaut aussi pour les lettres – est beaucoup plus pauvre que celui de Luc, sans parler de Paul. De cette palette réduite l’auteur réussit cependant à tirer un ensemble de couleurs et de demi-teintes qui finissent par créer des tableaux faits de nuances et peints avec des touches délicates et parfois très fines. L’approfondissement dans la foi et dans l’amour, durant tant d’années, de ce qui avait été vécu en compagnie d’une personne comme Jésus doit bien pouvoir transformer un esprit et une sensibilité pour les rendre capables de communiquer le mieux possible la splendeur fulgurante d’une telle expérience humaine et spirituelle».
J’ai quatre-vingt-sept ans et j’habite en Ciociaria [région du Sud de Rome d’où est originaire une partie de la famille de Giulio Andreotti] et, en tant que tel, je me permets de vous écrire pour obtenir des éclaircissements et des conseils que vous serez certainement en mesure de me donner et dont je vous remercie par avance.
Si je suis venu soumettre à votre attention particulière “une feuille” issue de l’un de mes livres in pectore, c’est en raison de votre appartenance notoire à notre religion et en raison aussi de votre caractère indompté, de la franchise peu commune que vous avez gardée dans l’adversité.
Cette feuille dit sous une forme très synthétique ce que tout le livre cherche à démontrer, à savoir que l’Évangile de Jean est vraiment un faux et que c’est justement et bien sûr justement pour cette raison qu’il a été considéré par l’Église comme l’Évangile le plus important, dans la mesure où il dit des choses que les trois Évangiles synoptiques ne disent pas. Mais ces choses sont pour l’Église d’une importance stratégique et théologique extrême en raison des effets collatéraux qu’ils ont toujours produits sur les masses des fidèles!
J’ai l’idée que vous avez vous aussi éprouvé les mêmes doutes que ceux que contient cette feuille, mais je ne suis pas sûr que vous ayez trouvé une réponse rationnelle, dans la mesure où vous avez certainement ce que Jean Paul II a prêché aux deux millions de jeunes réunis dans la plaine de Tor Vergata [lors des JMJ]: la foi!
Je cherche justement à savoir par cette lettre si les doutes contenus dans la feuille, vous les avez vaincus rationnellement ou non!
On tire de la perspective qui est celle de cette feuille que tout est faux et d’une fausseté immense dans la mesure où l’on conclut que toute la chrétienté est infectée dès sa naissance à cause des opportunistes qui se sont immédiatement précipités dans l’organisation religieuse, comme le font les faucons sur toutes les proies qui se montrent à l’horizon!
Je ne me suis pas limité à la lecture des Évangiles!
On voit clairement dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée qu’existent au même moment à Éphèse deux personnages importants qui portent le même nom: Jean l’apôtre et Jean le prêtre.
Le premier, un homme de quatre-vingt-quatorze ans, est une personne importante et vénérable mais totalement incapable d’écrire quoi que ce soit; le second est une personne de grande autorité de l’Église locale que le peuple considérait comme le véritable auteur de l’Évangile de Jean.
L’écrivain anglais Dorothy Sayers, qui connaît très bien ce sujet, en arrive à soutenir que Jean l’Évangéliste a écrit son Évangile avec l’aide de son ami de confiance Jean.
C’est là le minimum de ce que l’on peut imaginer qu’il a dû arriver! Mais, en réalité – et c’est une évidence –, il est logique que le jeune fonctionnaire de l’Église, fort de son expérience, ait fait ce qu’il avait l’intention de faire face à la vénérable figure de Jean l’apôtre: pour obtenir immédiatement l’adhésion des foules il fallait absolument que Jean apparaisse comme le véritable auteur.
Il y a longtemps, comme je faisais remarquer à quelqu’un qu’il y avait de nombreuses et notables divergences entre les Évangiles synoptiques et l’Évangile de Jean, celui-ci m’a répondu: «Mais les Évangiles synoptiques sont théologiques!»
Non seulement j’ai été stupéfait de cette réponse, mais il m’est venu l’idée que je devrais suivre un cours de théologie pour trouver les explications que je cherche.
De toutes façons, Monsieur le Sénateur, veuillez me donner votre réponse pour qu’elle vienne calmer mon esprit inquiet qui aspire à une vie quotidienne sereine, à l’abri de ces cas extraordinaires qui troublent plus qu’ils ne rassérènent.
Je vous prie de recevoir mes salutations distinguées et mes excuses pour le dérangement que ma lettre vous aura occasionné.
Pasquale Lupi
Frosinone, 16 août 2003
La lettre contient des questions légitimes en même temps que des affirmations qui semblent dictées par un préjugé anti-catholique.
1. Ce que croit l’Église au sujet des quatre Évangiles.
Le Concile œcuménique Vatican II dans la Constitution dogmatique Dei Verbum, sur l’indication autorisée de Paul VI, déclare que l’historicité des Évangiles et leur origine apostolique est une donnée de foi.
«Que les quatre Évangiles aient une origine apostolique, l’Église partout et toujours l’a affirmé et l’affirme. Ce que les Apôtres ont prêché sur l’ordre du Christ, plus tard, eux-mêmes et des hommes apostoliques nous l’ont, sous l’inspiration de l’Esprit divin, transmis dans des écrits qui sont le fondement de notre foi, c’est-à-dire l’Évangile quadriforme, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean» (Dei Verbum 18).
«De façon ferme et absolument constante, la Sainte Mère Église a affirmé et affirme que les quatre Évangiles énumérés, dont elle atteste sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, pendant qu’Il vivait parmi les hommes, a réellement fait et enseigné en vue de leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Act. 1, 1-2)» (Dei verbum 19).
Comme on le voit dans le texte conciliaire, il existe une totale liberté de recherche sur la façon dont se sont formés les quatre écrits évangéliques et sur leurs auteurs immédiats.
Récemment, le cardinal Ratzinger, à l’occasion du centenaire de la constitution de la Commission biblique pontificale a commenté en ces termes les affirmations du Concile:
«La réalité de la naissance de Jésus de la Vierge Marie, l’institution effective de l’Eucharistie de la part de Jésus dans la dernière cène, sa résurrection corporelle des morts – c’est là la signification du sépulcre vide – sont des éléments de la foi en tant que telle, éléments que la foi peut et doit défendre contre une connaissance historique qui n’est que prétendument meilleure.
Que Jésus – en tout ce qui est essentiel – ait été effectivement celui que nous montrent les Évangiles n’a rien d’une conjecture historique, c’est une donnée de foi. Les objections qui veulent nous convaincre du contraire ne sont pas l’expression d’une connaissance scientifique effective, mais sont une surévaluation arbitraire de la méthode.
Que, par ailleurs, beaucoup de questions doivent rester ouvertes dans leur détail et être soumises à une interprétation consciente de ses responsabilités, c’est ce que nous avons appris entre temps» (J. Ratzinger, «La foi exige le réalisme de l’événement», in 30Jours, n. 6, 2003, p. 60).
2. En ce qui concerne l’auteur du quatrième Évangile, nous rapportons les observations simples et claires de la Bible de Jérusalem.
«Presque unanimement [à la question concernant l’auteur] la tradition répond: Jean l’apôtre, le fils de Zébédée. Déjà, dans la première moitié du IIe siècle, nous voyons que le quatrième Évangile est connu et utilisé par de nombreux auteurs: saint Ignace d’Antioche, l’auteur des Odes de Salomon, Papias, Saint Justin et peut-être déjà saint Clément de Rome […], preuve qu’il possédait déjà une autorité apostolique. Le premier témoignage explicite est celui de saint Irénée vers 180: “Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui reposa sur sa poitrine, a publié l’Évangile lui aussi pendant son séjour à Éphèse”. Presque à la même époque, Clément d’Alexandrie, Tertullien, le canon de Muratori attribuent formellement le quatrième Évangile à Jean l’apôtre. Si, aux confins entre le IIe et le IIIe siècle, on peut relever une opinion opposée, c’est celle de ceux qui sont en réaction contre les “spirituels” montanistes, qui utilisaient l’Évangile de Jean à des fins tendancieuses. Mais cette opposition se réduit à peu de chose et, fondée sur des raisons théologiques, elle n’a aucune racine dans la tradition».
Le témoignage d’Irénée, évêque de Lyon et martyr, qui appartient à la seconde génération après les apôtres, dans son œuvre Adversus haereses (III, 1,1), est particulièrement significatif parce qu’Irénée avait été «dans son jeune âge» disciple de Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, à son tour, avait connu l’apôtre Jean (Adversus haereses III, 3,4).
3. Dans la revue Rassegna di Teologia, numéro 4, juillet-août 2003, il y a un article de Yves Simoens, L’Évangile selon Jean.
Le chapitre sur l’auteur du quatrième Évangile est divisé en deux paragraphes: “Jean, le fils de Zébédée? ” et “Le prêtre Jean et ‘le disciple que Jésus aimait’”. L’auteur de l’article, en mettant en valeur des études récentes qui soulignent la dimension sacerdotale du quatrième Évangile (il est significatif que le nom de Zébédée figure dans la liste des noms des classes sacerdotales), semble dans sa conclusion préférer l’hypothèse traditionnelle qui identifie l’apôtre Jean, le fils de Zébédée et l’auteur du quatrième Évangile.
Au sujet de ce que dit Lupi dans sa lettre sur Jean l’apôtre, à savoir que celui-ci aurait été incapable d’écrire un Évangile aussi riche et beau, on lit dans cet article:
«L’argument que l’on a toujours proposé pour contester à Jean, fils de Zébédée, la paternité de cet Évangile, consiste justement dans la beauté et la richesse de ce texte exceptionnel. Comment un pêcheur de Galilée aurait-il pu écrire un tel chef-d’œuvre? Ce scepticisme doit être pourtant tout de suite tempéré. Le vocabulaire de cet Évangile – et cela vaut aussi pour les lettres – est beaucoup plus pauvre que celui de Luc, sans parler de Paul. De cette palette réduite l’auteur réussit cependant à tirer un ensemble de couleurs et de demi-teintes qui finissent par créer des tableaux faits de nuances et peints avec des touches délicates et parfois très fines. L’approfondissement dans la foi et dans l’amour, durant tant d’années, de ce qui avait été vécu en compagnie d’une personne comme Jésus doit bien pouvoir transformer un esprit et une sensibilité pour les rendre capables de communiquer le mieux possible la splendeur fulgurante d’une telle expérience humaine et spirituelle».